CHAPITRE XIV
Dans une vallée cannibale
La route qui va de Taahauku à Atuona, suivait le côté nord-est du mouillage, à une assez grande hauteur, bordée, et parfois ombragée par les fleurs splendides du flamboyant — dont j'ignore le nom anglais. Après un tournant, Atuona apparut : une longue plage; le flot se brisant avec un bruit lourd; un village disséminé dans les arbres, le long du rivage; et des montagnes ravinées se rapprochant des deux côtés d'un précipice étroit et fertile, qu'elles surplombent ; sa réputation infâme n'était pas sans m'influencer, mais ce lieu m'apparut comme le plus ravissant de la terre, quoique le plus menaçant et du plus mauvais augure. Magnifique, il l'était à coup sûr; et salubre, plus encore. La salubrité de tout le groupe est étonnante ; celle d’Atuona, entre autres, tient du miracle. Dans Atuona où un village est situé sur un marais, le long de la côte où les maisons sont disséminées parmi les étangs des jardins de taro, nous trouvons réunies toutes les conditions de danger et d'insécurité des tropiques ; et cependant, on n’y trouve même pas de moustiques — pas même l'odieuse mouche-de-jour de Nuka-hiva — et la fièvre, ainsi que son compagnon le fe’ efe'e'! des iles, y sont inconnus.
C'est le centre principal des Français dans l’île