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CHAPITRE III

Autour de notre maison

Quand nous quittâmes le palais, nous n'étions encore que: des navigateurs à terre; sur l'heure nous nous installâmes dans une des six maisons étrangères de Butaritari, celle, précisément, qu’habitait Maka, le missionnaire hawaïen. Deux maisons de commerce sont établies là, MM. Crawford et MM. Wightman, frères ; la première tout près du palais, au centre de la ville ; l’autre à l'entrée nord ; ayant chacune un magasin et un bar-room. Notre maison était située dans la propriété des Wightman, entre le magasin et le bar, au milieu d’un enclos entouré de palissades. De l’autre côté de la route, quelques maisons indigènes se nichaient à l’orée du taillis et la verte muraille des palmes se dressait, solide, arrêtant la brise. Une petite crique sablonneuse se creusait derrière, dans le lagon, abritée par une jetée couverte, œuvre de la main des reines. C'est là qu'à marée haute, les bateaux à voiles s'arrêtaient pour prendre leur charge ; à marée basse, ils jetaient l'ancre à un demi-mille de là, et une foule de naturels descendaient le môle de pierres, se répandaient sur le sable en grappes et en files, entraient dans l'eau jusqu'à la ceinture avec les sacs de copra et revenaient en arrière pour renouveler leur charge. Le mystère du commerce de copra me tourmentait, tandis que j'étais assis là, voyant les profits s’égoutter sur le sable et les marches.

Dévant nous, depuis 4 heures du matin jusqu'à 9 heures du soir, la population de la ville s'écoulait le long de la route comme un courant intermittent : des familles traversant l’île pour aller sur leurs terres récolter le copra ; des femmes allant dans la brousse cueillir des fleurs pour leur toilette du soir ; et, deux fois par jour, les « toddy-cutters! », chacun avec son couteau et son coquillage. Aux premières lueurs de l’aube et, de nouveau, à la tombée du jour, ceux-ci abandonnaient leur besogne au sommet des arbres, se dispersaient dans la brousse et disparaissaient de la surface de la terre. Vers la même heure, si la marée est basse dans le lagon, vous ne pouvez moins faire que de traverser l'ile pour aller prendre un bain, et pénétrer sur leurs talons dans les allées du bois de palmiers. Juste en face, quoique le soleil ne soit pas levé encore, les feux qui le précèdent illuminent déjà l'orient, et l'énorme accumulation de nuages qu'amènent les vents alizés, s'embrasent à leur tour, incendiant le jour naissant. La brise vous caresse le visage ; au-dessus de vous, au sommet des palmiers, instruments de ses jeux, elle entretient un mouvement joyeux; regardez où vous voudrez, en haut ou en bas, aucune présence humaine, rien que la terre et la forêt émue. Et voici que juste au-dessus de votre tête, la voix d’un chanteur invisible jaillit de l’'épaisse feuillée ; de plus loin, une autre cime lui répond; et de plus loin encore, du cœur même des bois, un ménestrel encore plus distant, sur son perchoir, se balance et chante. Ainsi, tout autour de l’île, les « toddy-cutters », juchés sur leurs sommets, bercés par les alizés, embrassant la mer jusqu’au fond de l'horizon, surveillant les voiles qui passent, et, comme des oiseaux sans nombre, lancent leurs chansons dans le matin. Ils chantent avec une certaine fougue, une certaine allégresse bachique ; et ce volume

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