‹ Dans les montagnes Rocheuses [microforme]Chapitre 11 sur 36 · SE EE · texte numérisé non relu

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à fonctionner, les quatre associés étaient endettés de quatorze cents dollars. Heureusement la chance ne les abandonna pas. La moyenne du premier mois de travail fut de cent trente dollars par jour. Il y eut même plus tard des journées de quatre cents dollars. Maintenant ils économisent sou à sou pour acheter une batterie de vingt pilons, et surtout un moteur à vapeur; car leur chute d'eau, à sec en été, gelée en hiver, ne leur donne que quatre mois de travail effectif dans l'année.

C'est l'ainé des frères Weber qui nous raconte luimême celte histoire. C'est un grand beau garçon de trente à trente-deux ans, à la figure calme et énerÿique. Cet homme gagne déjà vingt ou vingt-cinq dollars par jour. IL est sûr, absolument sûr, d'avoir, dans un an ou deux, une superbe fortune qu'il pourrait escompter tout de suite. Nous l'avons trouvé en bras de chemise, pelletant les morceaux de quartz dans la cuve en fer où se meut le pilon. Une abominable masure en troncs de sapin pourris leur sert de maison; ils n'ont pas de lit et ne se nourrissent exclusivement que de lard rance qu'ils cuisinent eux-mêmes.

Axiome. — L'Américain est une merveilleuse machine à faire de l'argent, mais il ignore absolument l'art de s’en servir.

Nous descendons dans la mine où les trois autres associés sont au travail. L'installation est sommaire. Dans un coin du puits, on a placé un sapin dans lequel sont enfoncés de distance en distance des bâtons plus ou moins longs et souvent pourris. L'ours Martin, ce vieil ami de mon enfance, se plaindrait certainement à l'administration du Jardin des Plantes, ou même se mettrait en grève, si son échelle était aussi mal assurée. Nous descendons verticalement une cinquantaine de

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pieds, et puis encore autant par une galerie inclinée. On vient de donner un coup de mine, de sorte que l'air n'est pas trop respirable. Mais la fumée se dissipe vite, et nous voyons à nos pieds les blocs de quartz qui viennent d'être détachés.

Toutes les fois qu'on vient proposer une mine d'or à un Européen, sa première demande est toujours : « Donnez-moi un échantillon pour le faire analyser. » C'est seulement maintenant que nous comprenons l'embarras dans lequel cette question met un mineur consciencieux.

Lorsque l'or vaporisé au sein de Ja terre par la chaleur centrale a été projeté vers la surface par quelque convulsion intérieure, analogue à l'explosion d'une chaudière, cette vapeur a rencontré une couche solide de quartz qui l'a arrêtée. Elle a pénétré dans toutes les petites crevasses irrégulières de cette couche et s'y est solidifiée : devenant ici paillette, quand elle n'avait rencontré qu'une fissure, d’une ténuité extrême; plus loin pépite, si par hasard un défaut existait dans la couche de quartz. Plus tard, sur certains points, de nouvelles convulsions ont brisé à leur tour ces couches de quartz, les ont redressées et les ont projetées jusqu’à la surface de la terre. Ce sont ces débris qui constituent les mines d'or que nous exploitons.

D'après cette théorie, on comprend facilement que le métal soit très-inégalement réparti dans la masse cristalline qui l'enserre. Ce n'est que sur de grandes quantitésqu'on peut prendre une moyenne. On dit alors : Telle mine contient deux, trois, dix, trente dollars à la tonne; mais un échantillon isolé ne signifie absolument rien. En faisant analyser un morceau de quartz dans lequel on voit une petite pépite, et en voulant

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conclure de la quantité trouvée le rendement de la mine, on arriverait à un chiffre extravagant.

Le mode de traitement est des plus simples : les morceaux de quartz réduits au préalable à une grosseur moyenne sont projetés à la main ou mécaniquement dans une auge en fer, dans laquelle se meut un pilon également en fer du poids de sept ou huit cents livres. Généralement une auge contient cinq de ces pilons.

Un courant d'eau, continu, qui y arrive également aide à transformer le quartz en une boue liquide qui, à travers une toile métallique recouvrant une rainure ménagée à la base de l’auge, vient couler en nappe très-mince sur une plaque de cuivre légèrement inclinée et dont la surface est rendue visqueuse par la présence du mercure versé dans l’auge à la dose de trois ou quatre cuillerées par jour. L'or mis en présence du mercure se transforme en amalgame adhérent à la plaque de cuivre, laquelle, raclée matin et soir avec une brosse en cuir, donne un produit jaunâtre et pâteux qui est un amalgame d'or. Il n'y a plus qu'à le soumettre à une haute température pour séparer de nouveau l'or du mercure et retrouver les deux métaux rendus parfaitement purs par la volatilisation du second.

Il est déjà dix heures quand nous sortons couverts de boue de l'unique galerie qui doit faire la fortune de la famille Weber. Nous serrons la main des propriétaires qui, par leur économie et leur travail, nous semblent se distinguer singulièrement de leurs voisins, et nous allons rejoindre nos chevaux, que nous avons laissés de l’autre côté de la rivière. Nous sommes attendus à Galena, et nous en sommes encore à six milles. Le pays est toujours charmant. Par bonheur, les mon-

tagnes sont si escarpées de ce côtè-ci que les bücherons de Deadwood les ont jur;u'à présent respectées. Nous passons à côté de pins qui, mesurés à 1 mètre de hauteur, nous donnent 2 mètres à 2",50 de tour. A chaque pas nous trouvons des traces de prospecteurs; un puits creusé sur le sommet d'un rocher, avec son treuil tout pourri ; un tunnel effondré ouvrant sa bouche noire sur le flanc d'une montagne, et, à côté, les débris de la misérable hutte où quelque malheureux mineur venait ci aque soir se coucher en sortant tout humide du trou où il espérait trouver la fortune et où, neuf fois sur dix, ou plutôt quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, il n’a récolté que désappointement et ruine.

Le succès d'un mineur heureux comme Weber décide des milliers d'hommes à abandonner leurs fermes ou des professions lucratives pour mener la vie des prospecteurs, et, quand une fois ils en ont tâté, ils ne la quittent plus.

Enfin vers midi nous nous trouvons à la tête d'un tout petit vallon tellement étroit qu'on pourrait presque jeter une pierre d'une montagne à l'autre. C'est là qu'est Galena : nous suivons un ruisseau qui s'y rend de cascade en cascade. Il fait un bruit argentin si appétissant, les petits bassins qu'il s'est creusés dans le roc jaune sont pleins d’une eau si claire et qui brille si bien au soleil, que, laissant nos chevaux s'ébattre dans l'herbe verte d’un pré grand comme la main qui se trouve là tout à point, nous nous mettons le plus modestement possible dans le costume de notre premier père et nous prenons le plus délicieux bain qui se puisse rêver. Après quoi, frais et dispos, nous faisons une entrée triomphale dans la ville de Galena, qui se compose d'une trentaine de maisons en planches, dont

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Ea route, Parker m'a fait la leçon, car il va falloir user d’une diplomatie dont la profondeur me donne le vertige. Nous avons besoin de visiter deux mines d'argent qui sont en exploitation ici ; or voici la situation, elle est typique, elle est même épique.

Un certain colonel (qui n’est, bien sûr, pas plus colonel que moi, est-il besoin de le dire ?) a découvert sur le sommet de la montagne qui s'élève à notre droite une mine d'argent d’une richesse extraordi- . naire. Il a rempli les formalités nécessaires pour se l'approprier, a construit une usine fort importante pour traiter ses minerais et a trouvé moyen depuis dix-huit mois environ de leur faire rendre la modeste somme de deux mille dollars (10,000 francs) par jour. En certains mois, la moyenne s'est même élevée à trois miile dollars.

C'est alors qu'une idée lumineuse, je dirais profondément canaille, si je ne songeais pas plus tard à l'Académie, a traversé la cervelle de certains capitalistes new-yorkais. Constatant que les galeries du vaillant colonel (‘he gallant colonel), c’esi le terme consacré, allaient s’épanouissant autour d'un puits central creusé au milieu de sa concession, ils se sont arrangés pour acquérir à petit bruit une zone de terrains faisant sur les flancs de la montagne le tour complet de ladite concession. Cela fait, ils ont mis des hommes à l'ouvrage et en quelques mois ont creusé une galerie circulaire destinée à enserrer le galant colonel chez lui. Au fond, c'était une opération de chantage conduite sur une grande échelle, et les New-Yorkais ne demandaient qu'une chose, c'est un arrangement qui eüt

amené dans leurs poches une dérivation de cette jolie cascade argentine qui coule tous les jours dans celles du colonel. Mais celui-ci était à la hauteur des circonstances. Il ne céda pas d’un pouce. Un point de droit assez obscur donne au propriétaire d’une veine ?nclinée la facilité de la suivre partout, quand il est possesseur du point où elle affleure. C’est le cas, parait-il, du colonel, qui a déclaré avec force jurons dans tous les cabarets du lieu qu'il saurait bien faire valoir ses droits. Là-dessus il s'est occupé de recruter cinq chenapans ayant chacun à leur passif une demi-douzaine d'assassinats. Dans le pays cela n’a pas dû lui offrir de bien grandes difficultés. Ces braves gens, qu'on nourrit comme des cogs de combat, sont depuis trois mois dans la mine, jour et nuit, armés de winchesters et de revolvers. Au fur et à mesure que la galerie avance, ils établissent des traverses, épaulements et autres travaux de fortification passagère, familiersaux sapeursmineurs du génie, mais d'ordinaire inconnue à leurs confrères civils. Il est entendu que, dès que les galeries se croiseront, les ouvriers démasqueront la réserve et les fighting-men ouvriront le feu immédiatement.

Les New-Yorkais, de leur côté, n'ont pas perdu la tête. Ils ont adressé une chaleureuse allocution à leurs hommes, et ceux-ci, enthousiasmés par l’éloquence de leurs patrons, une forte distribution de wisky et la promesse d’une haute paye qui accompagnail le tout, ont déclaré qu'ils ne laisseraient à aucun étranger l'honneur de combattre les myrmidons du colonel. En conséquence, depuis ce temps-là, ils ne travaillent plus que le revolver au côté, les carabines sont déposées dans un coin, etles fighting-men son: prévenus. qu'ils trouveront à qui parler,

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Je me rappelle une réflexion qui me vint à l'esprit il y a quelques années, un soir que j'assistais à la première représentation des Amants de Vérone, le bel opéra de mon ami le marquis d'Ivry. Après une scène de tapage nocturne qui a dù joliment les empêcher de

dormir, une foule de bons bourgeois de Vérone appa-

raissent sur la place abandonnée par les combattants et se font, sur un très-joli air, des confidences dont la substance est ceci : « Bon Dieu! que ces Capulets et ces Montaiqus sont donc ennuyeux! Quel bonheur sera le nôtre quand ils se seront tous embrochés et que nous n'entendrons plus parler d'eux!» Il me semblait qu'effectivement c'était là un côté du sujet que l’histoire avait trop négligé, et que, dans une ville aussi malheureusement divisée, la situation d'un breve homme indifférent à la querelle doit être bien désagréable. Par suite de la spéculation des New-Yorkais Montaigus et de la résistance du colonel Capulet, les citoyens paisibles de Galena, s'il y en a, se trouvent précisément dans la situation des bourgeois de Vérone. Les salons ont dû prendre parti, les auberges aussi. Le Livery-stable, étant seul de son espèce, a pu rester neutre, mais par un miracle d'équilibre. Pendant longtemps le colonel et son fils re sortaient qu'accompagnés d’un fighting-man : pas un de ceux de la mine; ceux-là ne bougent jamais, mais un autre, engagé spécialement à cet effet. Il arriva même un jour que M. Capulet junior ayant été faire une station prolongée au cabaret et y ayant abreuvèé son écuyer plus que de raison, celui-ci prit pour un Montaigu un bonhomme qui avait une discussion amicale avec son bon maitre, et, voulant faire du zèle, lui envoya deux balles de revolver dans les reins. Cette affaire fit du reste un

certain bruit, et, comme l'affirmait gravement la personne qui nous a conté la chose, « l'indignation du public a été telle, qu'il n'en a pas coûté moins de dix mille dollars au colonel, pour acheter le jury qui a acquitté l'homme! »

Nous sommes reçus en entrant dans la ville par M.R..., charmant jeune homme de vingt-sept ou vingt-huit ans, qui remplit les fonctions d'ingénieur en chef, de surintendant, comme on dit ici, des travaux new-yorkais. Il nous conduit immédiatement à son auberge, où nous faisons, bien entendu, un exécrable déjeuner.

Je relève un petit fait qui peint bien le caractère des gens de ce pays. M..., après avoir exploré consciencieusement les sept ou huit soucoupes qu'on a mises devant lui et dégusté les raiutouilles sans nom qu'elles contiennent, s'est déclaré aussi affamé qu'avant l'opération. Nous avons alors timidement demandé si l'on ne pourrait pas cuire un poulet : je ne dis pas rôtir, la broche étant un instrument qui n'est usité dans ce pays que par les Sioux, quand ils ont à la fois un « visage päle » prisonnier et le temps de le torturer à loisir. Immédiatement on nous a apporté une boîte de conserve de poulet venant de Chicago. C'était du reste fort mauvais.

Plus nous allons, et plus nous sommes surpris de l'absence complète, chez les Américaines, de goût pour les soins du ménage, notamment de ce sentiment si vif chez les Françaises, qui consiste à vouloir préparer de leurs mains toutes les conserves et menues friandises qui doivent être consommées dans la famille.

L'exécrable éducation qu'elles reçoivent en est sans doute cause. Nous voyons constamment, en Europe, des Américaines que nous savons avoir eu une origine

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des plus modestes et qui (après fortune faite) font bonne figure dans le monde , beaucoup meilleure que des Françaises dans la même situation. Nous en faisons honneur à l'instruction qu'elles ont reçue dans l'école de leur village, et nous avons raison. Mais nous ne voyons pas toutes celles dont les maris n'ont pas fait fortune, et que celte même éducation a rendues absolument impropres aux soins du ménage ou de la basse-cour. Elles aiment mieux acheter une boite de poulet de conserve, ce qui est malsair d'abord et mauvais ensuite, que de se donner la peine d’avoir des poulets. Elle font venir du lard rance de Chicago, plutôt que d'élever un cochon. J'ai déjà visité sept ou huit fermes, pas une n'a de jardin ! Hier, pendant que Parker faisait l'aimable avec les femmes de Hilly-ranch, j'ai fureté dans la maison. La cuisine était d’une saleté abominable; du linge jeté dans un coin était en loques. Les femmes elles-mêmes étaient vêtues de peignoirs en toile qui n'avaient jamais été lavés et qui étaient de véritables guenilles; les nippes du mari étaient dans le même état. Cette petite inspection faite, je suis rentré au « salon ». Il y avait dans un coin cinq ou six livres, Tennyson, Évangéline de Longfellow et quelques autres du même genre. Ces dames m'ont dit que décidément elles préféraient « Marmion » au « Song of Hyawatha ». Tout en leur répondant que j'étais de leur avis, je regardais les lamentables solutions de continuité que présentaient les culottes du mari. Quand il sera millionnaire et qu'il aura un hôtel aux Champs- Élysées, sa femme tiendra peut-être fort bien son salon, mais en attendant elle ne lui rend pas beaucoup de services.

Aussitôt après déjeuner, nous nous engageons, sous

la conduite de M. R..., dans le sentier de chèvres qui conduit aux travaux. En longeant le flanc de la montagne, nous passons précisément au-dessus de la maison du colonel. Nous avons été évidemment signaiès, car six ou sept individus des deux sexes sont réunis sous la varangue, et deux grosses longues-vues qu'on se passe de main en main sont braquées sur nous. Comme il entre dans les plans de Parker de nous mener tout à l'heure dans l’antre du farouche colonel, nous défilons sous le feu de ces regards en prenant une attitude modeste, également éloïgnée d'une forfanterie blämable et d'une timidité exagérée, priant Dieu et notre saint patron qu'il leur plaise d'éloigner de l'esprit de ce vindicatif guerrier l'idée d'ouvrir les hostilités en ce moment, car nos personnes se délachant sur le fond gris du rocher offriraient à ses satellites un but d'une netteté déplorable. Notre prière est sans doute exaucée, car nous atteignons l'orifice du puits sans qu'aucune balle de Winchester soit venue siffler à nos oreilles, et nous y descendons le cœur reconnaissant par une échelle moins primitive que celle de nos amis d'Uncle Sam.

Les New-Yorkais ont bien fait les choses et ne ménagent pas l'argent ; cinquante-cinq mille dollars ont déjà été dépensés sans un sou de revenu bien entendu, car on n'a pas encore trouvé un kilogramme de minerai. Et jusqu'à présent, il semble qu'il n'y a guère de chances pour couper la veine du colonel en dehors de la verticale, passant par les limites de sa concession, bien qu'on soit déjà à cent pieds de profondeur. Cependant nous entendons très-distinctement les coups de pic de ses ouvriers, mais le rocher de gneïss dans lequel nous nous trouvons est si compacte que la dis-

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tance qui nous sépare est peut-être assez grande encore. En tout cas, nous ne’ serons pas témoins du combat épique qu’on annonce pour le jour de la rencontre et auquel semblent se disposer de très-bonne grâce les trois mineurs qui travaillent en ce moment. Ce sont des gaillards à la mine truculente, et j'estime que les spadassins du colonel trouveront à qui parler. Selon l'usage, on nous présente à eux; ils nous serrent la main vigoureusement, après quoi nous allons jeter un coup d'œil à la galerie tortueuse qui contourne la mine d'argent, hélas! sans la rencontrer, et nous esca- Jladons les quatre énormes échelles qui nous ramènent des ténèbres et aussi de la fraicheur intérieure au clair soleil et aux trente-cinq degrés qu'il entretient à la surface.

Avant de redescendre, nous nous arrêtons un instant pour souffler; les beaux sapins qui nous entourent s'agitent doucement à la brise; l'air est embaumé du parfum des roses ; une foule de petits écureuils noirs, appelés wood-chucks dans le pays, gambadent autour de nous. Une petite cascade coule à nos pieds, allant rejoindre le cours d'eau de la vallée presque devant la maison blanche du colonel qui sort toute brillante de l'ombre des grands arbres. Comme tout cela est joli, et quel vilain métier que celui de ces pauvres diables de mineurs dont nous entendons les coups sourds venir à nous par le puits !

Nous disons adieu à M. R..., au moins pour quelques instants, car il est décidé que nous allons rendre visite au colonel, où, naturellement, il ne nous accompagnera pas. Pour arriver chez ce dernier, nous n'avons que vingt minutes de marche par un sentier à pic que nous dégringolons moitié marchant, moitié

roulant, précédés par tous les cailloux du chemin auxquels nous donnons la volée. Aussi notre marche est bien vite signalée. Les femmes disparaissent, et, quand nous arrivons devant la varanguc de la maison, nous n'avons plus devant nous que le redoutable colonel et son inévitable fighéing-man, qui, assis dans des fauteuils en bois, les pieds à cinquante centimètres audessus du niveau de leur tête, chiquent avec l'air solennel et emprunté de gens qui ne veulent pas avoir l'air de s'attendre à une visite peu agréable.

Le colonel est un petit homme d'une cinquantaine d'années, dont la sociabilité ne semble pas le défaut dominant. Le peu de cheveux qui lui restent et les quelques poils roux teintés de blanc qui constituent sa moustache paraissent avoir les mêmes dispositions, car ils se séparent les uns des autres et se hérissent chacun à sa place d'une manière vraiment inquiétante. Quant au fighting-man, que je contemple avec une certaine curiosité, il a une énorme moustache comme sa profession l'exige, mais, au demeurant, il a l'air d'un brave homme. Je ne sais si c’est celui qui a coûté si cher à son patron, mais j'incline à croire, sur sa mine, que l'autre aura été cassé aux gages, et que celui-ci n'est qu'un successeur qu'on aura choisi trop pacifique, car une sage moyenne est difficile à trouver dans lechoix d'un fighting-man comme en autre chose.

C'est Parker, l'homme des formes insinuantes, qui porte la parole. IL commence par faire une présentation en règle, qui n'est accueillie que par un grognement de mauvais augure. Voyant qu'on ne m'en offre pas, je prends une chaise; le petit œil du colonel ne me quitte plus. Sans se décourager, Parker revient à la charge.

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— Ces gentlemen, visitant le pays, désirent voir toutes les mines principales. M. R...

— M. R... est le fils d'une chienne ! rugit le colonel.

Il faut être Anglais ou Américain pour comprendre l'énormité d'un pareil propos. Un grand silence se fait.

— ..Etilne restera pas longtemps dans le pays, continue l'irascible guerrier.

Il me semble qu'i! est temps de s’interposer :

— Nous non plus, colonel, dis-je d’un air aimable; c’est pourquoi avant de partir nous aurions été désolés de ne pas présenter nos devoirs à un homme dont tout le monde nous a parlé comme du pionnier de la civilisation dans ces montagnes.

Il faut tonjours dire à un Américain qu'il est le pionnier de quelque chose ou le citoyen « proëminent », prominent citizen, de quelque part. La recette est infaillible. Au bout de cinq minutes, le colonel et moi, nous bavardons comme de vieux amis. Je lui dis, ce qui est vrai, que je trouve au moinsléger le tour qu'on veut lui jouer, que M. R... me fait l'effet d'un charmant jeune homme fort instruit et très-bien élevé, qui n’est pas responsable des procédés de ses patrons, et que d'ailleurs tout ce qu'ils feront n'arrivera qu'à mettre encore en lumière l'indomptable énergie de l'homme qui a découvert Spotted-Tails mine; c'est le nom de la mine.

Le colonel devient de plus en plus aimable. Il nous montre sa recette de la semaine, représentée par un nombre respectable de lingots d'argent qui viennent de sortir du four. Malheureusement, il ne peut pas nous mener dans sa mine, car on a mis bas le travail

pour cause de réparationsau puils; maisil nous exhibe tous ses échantillons, qui sont des plus curieux. L'argent se présente sous forme de sulfure, par couches énormes dans lesquelles il n'y a qu'à creuser. Certains blocs sont si riches, qu'ils ont.unc apparence cristalline. La moyenne du rendement est de 1,070 onces à la tonne de minerai, quelque chose comme 8,000 francs. Certains échantillons ont donné jusqu'à 8,170 onces.

Il nous mène ensuite visiter l'usine fort bien montée où se traite le minerai. Nous voyons les broyeurs, les fours à griller; mais le temps nous presse, et il faut nous arracher des bras de l'excellent colonel qui est devenu notre meilleur ami.

Il fait encore très-chaud ; aussi, avant de nous laisser partir, il veut absolument nous emmener un instant chez lui, et là, cordialement, il nous offre à chacun un grand verre d'une excellente eau très-claire et très-fraîiche, il insiste même pour que nous y revenions. C'est le dernier mot de l'hospitalité dans ce pays du éeetotalism. Il faudra que j'essaye un jour avec un fermier normand de ce genre d'accueil.

Nous rejoignons bien vite notre auberge, où nous retrouvons M. R... La société est augmentée d'un journaliste de Deadwood qui est venu faire une promenade à cheval en compagnie de la maîtresse d'école. Ils repartent après un petit lunch. Je ne sais si l’équitation fait partie du programme d'instruction des demoiselles du pays; leur professeur ne me semble pas de première force.

Trois quarts d'heure après, nous prenons le même chemin, après avoir vidé, par principe, mais sans plaisir, six ou sept des petites soucoupes qu'on a pla-

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cées devant nous, et qui sont de tous points dignes de fournir à M... le sujet d'un nouveau chapitre.

IL est plus de six heures quand nous nous mettons en route, accompagnés, un bout de chemin, par M. R..., auquel nous disons adieu en le remerciant de la façon toute cordiale dont on nous a fait les honneurs de Galena ; puis nous pressons le pas; il nous a prévenus que la route, ravinée par les dernières pluies, est particulièrement mauvaise, ce qui ne laisse pas que de nous inquiéter, car nous avons quelque dix milles à faire.

Au bout de deux heures, il fait noir; nous sommes au fond d'un vallon, dont nous sortons pour grimper une montagne toute droite, et puis nous retombons dans un autre vallon; mais il fait tellement sombre qu'il nous est impossible de voir où nos chevaux mettent leurs pieds. Les braves bêtes marchent cependant le nez par terre avec une sûreté admirable. Souventelles entrent dans l'eau jusqu'au ventre. Enfin, vers onze heures, nous arrivons sur un petit plateau d'où Parker nous montre au-dessous de nous une masse de lumières; nous sommes à Deadwood, ou plutôt nous allons y être; mais l'entrée n'est pas facile.

D'abord il nous faut gagner la vallée. La côte est tellement à pic, que je prends le parti de descendre de cheval et de lui prendre la queue, lui laissant le soin de me conduire. Nous marchons ainsi quelque temps. Tout à coup j'entends un bruit de planches résonner sous ses sabots; il fait un bond en arrière en me bousculant; je me baisse, et avec ma main je tâte pour me rendre compte de ce que peut faire là cette planche.

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— Faites donc attention! me dit Parker, qui est à côté de moi; vous êtes sur un toit!

C'est la pure vérité. Je suis arrivé sur le toit d’une sorte de magasin adossé au mur. Nous le contournons et nous arrivons sur le bord d'une rivière. Parker inquiet cherche un pont et hèle un homme qui passe de l’autre côté.

— Le pont? répond celui-ci; il a été enlevé avanthier!

Par bonheur, on a installé pour les piétons une passerelle. Elle se compose d'une planche épaisse, qui repose sur deux tréteaux. Nous sommes si fatigqués, et l'idée d'un passage à gué, compliqué d'un bain froid, nous séduit si peu, que l’un de nous propose d'essayer de faire passer les chevaux sur la passerelle. Jean-Leblanc, dont les talents acrobatiques commencent à faire l'admiration de tous, comprend ce qu'on Jui demande, mais hésite un peu. Il met un pied, puis flaire le bois humide, souffle bruyamment ; enfin il se décide, et les autres le suivent.

Brusquement, de l’autre côté, nous nous trouvons dans une rue large, brillamment éclairée. Je me crois un instant dans une ville chinoise. A toutes les maisons pendent des écrileaux recommandant au public Ah-Chin comme blanchisseur, ou Wan-Loo-Tingcomme tailleur; à toutes les portes, malgré l'heure avancée, on voit des «Célestes» criant, gesticulant ou bien prenant le frais, assis sur leurs talons, la queue enroulée autour de leur crâne jaune. Une vague odeur d'opium parfume l'air. Un peu plus loin, la scène change. Nous quittons le faubourg chinois pour entrer dans la ville. Sur trois des maisons en planches qui bordent la rue, il y en a deux qui sont occupées par

des bars: les trottoirs en bois sont encombrés de mineurs ou de cow-boys en grandes boites, assis les pieds en l'air. Par les fenêtres, on en voit d'autres debout devant le comptoir, buvant sans mot dire les verres de wisky que leur verse un bar-kecper en chemise blanche, bien coiflé, des bagues au doigt. Çà et là des femmes, qui boivent aussi. Aux fenêtres du premier étage il y en a une foule d'autres qui interpellent les passants. L'une d'elles nous crie :

— Hollo ! boys! stop a bit, shall 1 throw you my key ? (Arrêtez donc! voulez-vous que je vous jelte ma clef?)

Nous serions désolés de priver cette pauvre demoiselle d’un objet dont elle semble faire un si bon usage ; aussi nous pressons le pas, tout en nous remémorant quelques déclamations vertueuses du Wew-Fork-Herald sur les scandales des boulevards de Paris. Enfin nous arrivons à Wentworth-house, où le propriétaire, M. Cornell, qui nous attend, nous accueille comme de vieux amis.

2 juillet. — C'est au printemps de 1876 que l'existence de l'or dans les trois ou quatre vallons qui aboutissent à Deadwood fut officiellement constatée. L’émigralion y accourut, et vers le mois de juillet la ville comptait déjà sept mille habitants. Elle n’en a plus guère que six mille.

Comme toutes les villes de la frontière, celle-ci a eu une enfance orageuse. La marée montante de la civilisation a, comme celle de la mer, une écume, et c'est par cette écume que toutes les deux signalent leur arrivée. Les nouveaux venus, mineurs que le juge Lynch avaitchassés des placers californiens, trafiquants indiens

mo

ou cabaretiers en rupture de créanciers, tous gens aimant les aventures, ne pouvaient pas se plaindre de trouver ici une vie trop monotone. Il n'arrivait guère de convois qui n'eussent échangé quelques coups de fusil avec les partis indiens qui couraient la prairie. Les Sioux pénétraient même constamment jusque dans les montagnes, et des hommes furent scalpés près des premières maisons. En 1876, il y eut trente-cinq ou quarante victimes officiellement constatées, mais on ne saura jamais le nomôre de ceux qui, surpris isolément, devraient grossir cette funèbre liste. On ne fut complétement à l'abri des Indiens qu'à partir de 1879.

La présence de l'ennemi commun n'empêchait pas, bien entendu, les amateurs d'émotions fortes de s’entretenir la main par des menus massacres entre amis, sur une petite échelle. Quelques duels à la carabine ont laissé un brillant souvenir. C'est encore à Deadwood qu'une fin prématurée arracha à l'estime de ses compatriotes un des personnages les plus sympathiques de la frontière. Ce galant homme s'appelait de son vrai nom J. B. Hicock; mais il était plus connu sous celui de Wild Bill. Chasseur d'Indiens de son métier, il se chargeait, à forfait, de la destruction des Sioux : tant pour une chevelure d'homme, tant pour une femme, tant pour un enfant. D'autres fois, aidé de quelques associés, il tombait sur quelque village d’Indiens amis, et, profitant du moment où les hommes étaient absents, prenait les chevaux et allait les vendre. Comme toutes les autres, cette profession a ses moments de morte saison. Ces moments-là, Wild Bill les passait à Deadwood, racontant ses hauts faits

.aux auditeurs sympathiques qu'il rencontrait dans

chaque bar-room.

Uu jour, il entra dans un cabaret nouvellement ouvert tenu par un Californien nommé Jack Mac Call. Celui-ci se tenait derrière son comptoir, contre lequel uint s'appuyer Wild Bill déjà à moitié ivre.

— Un verre de wisky, demanda-t-il.

— Montrez d'abord votre argent, répondit l'autre.

— Mon argent, je n'en ai plus, mais tenez, voilà une chevelure de squaw qui vaut dix dollars.

Et il jeta un paquet de cheveux noirs adhérant à une peau encore sanguinolente qu'il tira de sa poche.

— Je veux de l'argent, reprit Mac Call froidement.

Tout le monde regardait; on sentait qu'il allait se passer quelque chose d'intéressant. Wild Bill semblait cependant de bonne humeur. Il partit d'un grand éclat de rire, |

— Vrai, mon petit Tenderfoot (pied tendre)! vous ne voulez pas donner un verre de wisky au pauvre Wild Bill?

— Non.

Il se pencha en avant, attrapa Mac Call par les cheveux, et, lui mettant le bout de son revolver sous le nez :

— Allons, dit-il, il faut donc employer les grands moyens.

Mac Call le regarda un instant, puis il prit un verre et le poussa devant Wild Bill. Celui-ci, le voyant céder, lâcha sa tête, mais gardant le revolver à la main, il fi: un signe de triomphe du côté des spectateurs. Ceux-ci riaient.

Mac Call s'était baissé pour prendre la bouteille de wisky sous le comptoir; on ne le voyait plus. Tout à coup on entendit trois détonations, puis un hurlement. Wild Bill fit un tour sur lui-même et tomba roide.

Mac Call avait pris un revolver sous le comptoir et, à travers la planche de la devanture, lui avait envoyé trois balles dans le ventre.

Wild Bill faisait peur, mais il n’était pas aimé. Séance tenante, on forma un jury; deux avocats amateurs se trouvèrent également parmi les consommateurs. Les rôles se partagèrent à l'amiable. L'un parla au nom de la victime, l’eutre servit de défenseur à Mac Call, qui, toujours derrière son comptoir, fumait un cigare. Jurés et avocats expédièrent les choses lestement. Une demi-heure après le meurtre, le président du jury sortait de l'arrière-boutique où il s'était retiré avec ses collègues et déclarait Mac Call blanc comme neige; après quoi celui-ci fut invité à abreuver toute l'honorable société, ce qu'il fit d’ailleurs de fort bonne grâce, et la quantité de gum ticklers, d'eye openers, de corpse revivers et autres boissons chères aux Yankees, qui fut absorbée ce jour-là, eût suffi à faire flotter une embarcatio1 de belle dimension.

Les légistes du pays admirèrent beaucoup la régu- d larité avec laquelle les choses s'étaient passées, et tout v le monde estimait l'incident clos, lorsqu'au mois de n mars 1877 on apprit une nouvelle si étrange, que pen- h dant longtemps personne ne voulut y croire. Mac Call, h passant à Yanktown, y avait rencontré un juge fédéral q qui l'avait fait arrèter. Il s'était trouvé, pour comble (3 de malheur, tomber sur un jury farouche et un shérif 4 D incorruptible, et avait été pendu haut et court. Le 2 t‘ plus singulier de l'affaire, et quelque invraisemblables 4 l qu'en fussent les détails, la nouvelle se trouva être vraie. ; (4

Ces souvenirs sont maintenant bien vieux. Les Sioux | ti ne viennent plus guère rôder dans les environs. De b

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en signe de joie, quelques coups de revolver dans la rue, et la balle attrape un passant, mais c'est sans malice et uniquement par manière de passe-temps. On a aussi lynché cinq ou six hommes ces années dernières, et c'est avec un sincère regret que les Iyncheurs ont reconnu, une fois le coup fait, qu'ils s'étaient trompés d'homme, la chose s'étant passée de nuit. Mais, au demeurant, de l'avis général, la bonne ville de Deadwood est maintenant une des plus tranquilles et des mieux gouvernées qu'on puisse trouver à cent lieues à la ronde. Elle a seulement eu ses maladies de croissance comme toutes les autres villes américaines, dont elle a du reste passé par les épreuves ordinaires. Les premières constructions étaient des log-houses; un violent incendie ayant tout brülé, on a rebâti en planches; au prochain, qui ne tardera probablement guère, la brique remplacera le bois. C'est toujours ainsi que les choses se passent.

La première impression que nous avons eue, en descendant de nos chambres ce matin, a été bonne. La ville est tellement resserrée entre deux collines, qu'elle ne se compose que d'une rue unique. Il y a sept ou huit grands hôtels dont les varangues ont déjà, à neuf heures du matin, leur contingent habituel de flâneurs qui fument leur pipe les pieds en l'air. Nous avisons un établissement de cireur de souliers indiqué par un beau fauteuil installé en face d'une boite de décrotteur. M..., dont {es instincis d'élégance souffrent cruellement du désordre de nos toileites, ne résiste pas à cette invite et s'installe dans le fauteuil, attendant patiemment le décrotteur. Un des fumeurs, d'aspect bienveillant, retire sa pipe, crache à dix pas avec une habileté extraordinaire, et puis :

— Al right! stranger ! Altendez un peu, le gentleman va venir.

An même moment, un monsieur plus élégant que les autres apparaît à la porte d'un saloon, un journal à la main.

— Bob! crie notre nouvel ami, voilà un homme (a man) qui vous demande.

— Tiens, dit M..., qui depuis quelques jours “ait des progrès extraordinaires en anglais, moi qui croyais que tout le monde était égal en Amérique!

Bob arrive avec son journal, le plie négligemment, allume un cigare, regarde un instant les nuages qui passent sur nos tèles et pris un chien qui circule dans la rue, après quoi il saisit le pied de M... d’une main, sa brosse de l'autre, et opère tant bien que mal son office : vingt-cinq sols, c'est vraiment pour rien.

Ce matin, nous avons affaire dans les banques. Il y en à deux principales : The first National Bank of Deadwood et The merchants National Bank. Toutes les deux ont été fondées, il y a quatre ans, au capital de dix mille dollars, mais bientôt il a fallu doubler et puis encore augmenter ce chiffre. Maintenant elles en sont toutes deux à cent mille dollars de capital, avec des réserves qui s'élèvent, pour la première, à sept mille cinq cents dollars, et la seconde, à quatre mille dollars. Eiles ont constamment donné de 35 à 42 pour 100 de dividende à leurs actionnaires, en opérant avec la plus grande prudence.

Ces chiffres, qui nous semblent fabuleux, s’expliquent facilement. This ès no! poor man's country (un homme pe:vre ne peut rien faire ici) est un dicton favori qui ne renferme qu'une stricte vérité; sans capital, un homme ne peutrien; mais le moindre capital

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rapportera des intérêts invraisemblables à celui qui saura l’employer. Prenons, par exemple, un ranchman. Il a employé une centaine de mille francs à l'acquisition d'un troupeau et s'est établi dans un ranch à sa convenance. Il n'est pas propriétaire de la terre qu'il occupe, elle appartient au gouvernement. Un beau jour, il voit arriver un convoi d'émigrants qui viennent exercer leurs droits et prendre les meilleures terres de son ranch pour les mettre en culture. Il lui faut déguerpir et aller quelquefois à trois où quatre nuages qui cents milles choisir un autre ranch, d'où il sera encore ircule dans chassé à bref délai par la marée montante de l’émi- ’une main, gration. C'est donc pour lui une affaire de vie ou de 18 mal son mort. Il n’a qu’une manière de se tirer d'affaire : c'est pes de se rendre acquéreur au moins de toutes celles des nques. Il Y Ÿ {erres qu'il occupe, qui peuvent être bonnes pour la il Bank of culture; mais, pour faire cette opération, il lui faut nk. Toutes aller trouver le banquier, qui lui avancera l'argent à

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, au capital 3 pour 100 par mois en prenant hypothèque sur la doubler et À terre achetée d'abord, sur le troupeau ensuite. Les ntelles en À deux font une excellente affaire. pital, avec | Ce qui nous confond, c'est que ces énormes profits ère, à sept ne tentent pas la concurrence. Le Far-West est élonà quatre namment peu connu à New-York. Nous l'avions déjà ëde 35 à À remarqué quand nous étions dans celte ville il y a naires, En M quinze jours. Nous avions toutes les peines du monde à avoir les renseignements les plus simples, et nous x, S'expli- À constatons tous les jours que la plupart de ceux qu'on puniry (un N° nous donnait de la meilleure foi du monde et avec la un dicton bonne volonté la plus évidente étaient absolument faux.

FASRR Es Il y a bien décidément deux peuples en Amérique qui re capital sont séparés par les Alleghany; tous les jours ils deviendront plus étrangers l’un à l'autre.

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