‹ Dans les ruesChapitre 17 sur 59 · Baguenaude, poche · texte numérisé non relu

Baguenaude, poche

glaise, qui s'installèrent dans la tonnelle prochaine. Jacques se mit à siffloter, avec un sourire roide; ses yeux rencontraient l'œil rond de la Poule, phosphorescent, et la prunelle vive de ^argaille. Quelque chose de nouveau lr<ssailait dans leurs poitrines, ou plutôt, (a parole ie Jacques coordonnait les volontés éparses. ils concevaient depuis longtemps la nécessité d'en venir à des opérations mieux combinées et plus productives, et les Gargaille en avaient imaginé plus d'une, mais il y manquait la mystérieuse consonance des mentalités. C'est Jacques, au fond, qui avait été l'obstacle.

Dans l'évolution qui le transportait vers la iorde. il s'était trouvé, à chaque adaptation, devant une résistance intérieure.

D'abord il borna ses larcins aux objets qui traînent sur la voie publique. Puis, il s'accoutuma à voler des friandises et de la nourriture. Plus tard, il passait aux marchandises non comestibles mais exposées à des étalages en plein nirou dans les bazars. Ces vols ne lui semblaient oas tout à fait des vols : une épicerie, une crémerie, un bazar étaient des prolongements de a rue. En les pillant, on pillait en quelque sorte la masse anonyme.

Les boutiques dont la porte est close et qui

n'exposent rien au dehors ont une apparence plus individuelle : en y pénétrant, on se trouve chez quelqu'un. Quant aux maisons ou aux appartements, Jacques ne s'était pas encore vu violant leurs portes, et pour lui, l'absence d'images signifiait l'absence de projets. C'est l'arrestation de Cadrousse qui déterminait l'orientation nouvelle : puisque le camarade était traité pour un larcin de bazar comme pour un vol privé, pourquoi reculer devant les grosses affaires? D'autre part, le demi-lçuis de Rosalie avait à la fois déterminé une poussée de convoitise et la volonté furieuse de ne rien devoir à la fille. — Il fera jour demain! grommela Jacques en se levant... On se reverra...

Il se trouva seul avec Rosalie. Parsemée des traces de la vieille banlieue, la rue des Plantes s'étendait devant eux. Deux grands jardins l'aèrent, dont l'un se cache derrière des murailles du temps de Paul de Kock, dont l'autre abrite les convalescents et les infirmes de Notre-Dame- • de-Bon-Secours. La jeune fille se pressait timidement contre le petit chef; et lui, plein de sa pensée, n'y prenait pas garde :

— Oh! s'exclama-t-elle, écoute donc... c'est pas un rossignol?

— La barbe! grogna- t-il. Les rossignols, je m'en contrebats le blair et les châsses1 !

Les yeux levés vers un platane qui éployait ses mains fraîches, elle soupira et, dans son cœur corrompu, s'élevait une candeur de vierge :

— - Pourquoi c'est pour toi que je suis chipée? susurra- t-elle. Dis, mon petit' n'homme, pourquoi c'est pour toi que je me ferais mourir?

— J'en sais rien. Pour sûr, t'as mal fait ton marché. Je ne suis pas ton type!

— Si tu voulais, mon grand gosse, si tu voulais!... On serait si heureux... Va, tu aurais pas besoin de manigancer de sales coups qui peuvent te faire mettre à l'ombre, peut-être jusqu'à tes vingt ans!... et Biribi ensuite! Ce que ça me rendrait contente de bosser2 pour toi. Tu ne manquerais de rien... t'aurais toujours la grosse pièce dans la poche! On vivrait si honnêtes!

Elle parlait, langoureuse et pleine d'une abnégation infinie.

- La clef sur la malle! fit-il en donnant un coup de pied contre un réverbère. Et pas de magnes! Celle qui me mettra dans la ligo-

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