ONTARIO : BERCEAU DE L’INTERNATIONALISME
A l’aube de 1881 il y avait donc treize Internationales, ayant une trentaine de locales (sur environ 70 unions) qui fonctionnaient au Canada, mais surtout dans l’Ontario. Les seules qui étendaient alors leur champ d’opération sur l’Ontario, le Québec et les provinces maritimes étaient l’Internationale typographique et les quatre internationales des métiers du transport.
L’Ontario, nous le savons, était cependant leur principal centre de rayonnement ; mais pour mieux marquer combien cette province était déjà un véritable foyer d’internationalisme, rappelons que, dès 1860, l’Union Internationale des Mouleurs en fer tenait sa convention à Toronto. L’Union internationale typographique vint y tenir la sienne en 1880. Dès ce moment donc, la province d’Ontario était devenue le point d’appui de l’envahissement général de l’américanisme ouvrier au Canada.
1 Gazette du Travail, vol. II, p. 436 et suivantes.
2 La Fraternité Unie des Charpentiers-menuisiers ne put entrer au pays qu’en 1882, parce que l’Almagamated Society of Carp. and Joiners d’Angleterre l’y avait précédé depuis 1860. — G. du T. vol. II, p. 192, etc.
3 Gaz du T. vol. II, pp. 384 et 504.
I! est à noter que durant la période de dépression industrielle, de 1870 à 1879, seules l'Ontario et la Nouvelle- Ecosse furent favorisées par la formation de nouvelles unions locales internationales (18) presque uniquement dans les métiers du transport.1 Dans le Québec, au contraire, il se fit un exode d'ouvriers aux Etats-Unis.
La vie industrielle de l'Ontario s’apparentait déjà si bien à celle des “Etats" voisins qu'en 1873, on vit apparaître dans cette province l'Union Canadienne du Travail, imitation des diverses fédérations qui se disputaient alors le terrain de l’organisation du travail de l'autre côté de la frontière.
“La Fédération des Unions de Métiers et du Travail des Etats-Unis et du Canada”, et Les Chevaliers du Travail .
Comme on peut bien le comprendre, les trades unions américaines les plus intéressées à fonder, le 15 novembre 1881, à Pittsburgh, ce qu'on appelait « La Fédération des Unions des Métiers et du Travail des Etats-Unis et du Canada», ce furent bien les «internationales» qui avaient déjà des ramifications dans notre pays. Dès lors, en certains milieux, on eut préféré nommer cette organisation nouvelle une « Fédération Continentale ».
Cette Fédération fut formée aux Etats-Unis pour supplanter l'Ordre des Chevaliers du Travail qui, lui-même, depuis 1866, luttait contre plusieurs organisations semblables qui surgissaient à tout moment. Le Noble Order of Knights of Labor, dont le but avait toujours été éducationnel, donnait de plus en plus, vers 1881, dans l'action politique. Il développait en même temps un pouvoir centralisateur funeste aux unions de métiers qui lui étaient affiliées, d'autant plus que ces dernières s'y trouvaient perdues au milieu de groupements tenant des « assemblées mixtes » uniquement composées de politiciens. Aussi comprirent-elles, un jour, qu cet « Ordre » ne répondait pas à leurs besoins et que, pour s'assurer de la stabilité et un développement conforme au progrès même des industries, au sein desquelles elles fonctionnaient, il leur fallait garder une autonomie professionnelle, il fallait, en d'autres termes, que les unions
1 G. du T. vol. III, p. 173-173.
nationales ou internationales fussent les seules à posséder et à exercer une autorité dans chaque corps de métier.
C’est ce principe qui suscita la création de la « Fédération des Unions des Métiers et du Travail des Etats-Unis et du Canada ».