‹ Dans les ténèbresChapitre 20 sur 29 · L'AVÈNEMENT INIMAGINABLE · texte numérisé non relu

L'AVÈNEMENT INIMAGINABLE

I C'est celui de la Troisième Personne divine, du Paraclet, du Pneuma^ comme disent les Grecs, du Souffle inspirateur qui est au commencement de toute vie et par lequel tout doit être consommé. C'est l'avènement de l'Esprit-Saint attendu par toute créature capable de gémir et d'enfanter.

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Il est écrit en propres termes que cet adorable Esprit, considérant que nous ne pouvons pas savoir ce qu'il nous faut demander ou désirer, « postule pour nous avec des gémissements inénarrables ».

« L'Esprit souffle où il veut », a dit Jésus, « ettuentendssa voix, mais tu ne sais d'où il vient, ni où il va. »

L'Esprit de Dieu et les créatures j; émissent donc ensemble, celles-ci parce qu'elles sou ffren t de leur dégradation ou de leur exil , Celui-là parce qu'il attend, avec une impatience infinie, l'accomplissement de notre Rédemption, accomplissement incompréhensible qui ne peut être opéré que par lui.

Mais il est captif, tout Dieu qu'il est. On

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acomme « l'intuition d'une sorte d'impuissance divine provisoirement concertée entre la Miséricorde et la Justice en vue de quelque ineffable récupération de Substance dilapidée par l'Amour (i) ». Il est captif, inconcevablement, jusqu'à l'heure où il régnera tout à coup. Heure sublime qui étonnera toutes les horlog-es et que l'univers attend depuis des milliers d'années. Voyez-vous, au fond du ciel nocturne, cette étoile presque imperceptible qui ressemble à une g-outte de rosée ou à une petite larme lumineuse. C'est un soleil colossal, centre d'attraction probable pour d'énormes globes invisibles. Lui aussi

{\) Lt Désespéré, par Lkon Bloy.

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attendait l'heure et il a peut-être fini par s'éteindre, à force d'attendre, ne nous laissant que l'illusion de sa lumière à la distance d'un nombre incroyable de milliards de lieues. S'il en est ainsi de cette créature inanimée, que faut-il penser du crève-cœur de l'humanité et de tant de générations qui ont attendu en g-émissant ou en blasphémant, sans même savoir ce qu'elles attendaient?

Les Patriarches, les Prophètes, les Saints ont attendu l'Heure divine. Les scélérats aussi et tous ceux d'en bas l'ont attendue également, parce qu'il n'était pas possible de ne pas l'attendre. Ceux qui pleuraient et ceux qui faisaient pleurer l'ont attendue,

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les uns parce qu'ils en espéraient leur consolation, les autres parce que leurs âmes perverses comptaient sur elle pour une aug-mentation de leur pouvoir de faire pleurer. Car tous, sans y rien comprendre, pressentaient le Dieu des Larmes.

Le Dieu des Larmes ! Que sig-nifient ces deux mots et qui est ce Dieu? Nul autre que l'Esprit-Saint. C'est par lui qu'on est vivant et les larmes sont le sig-ne de sa présence. Malheur à celui qui ne pleure pas. Les larmes sont l'huile de ces lampes que les vierges de l'Évangile ne doivent pas laisser s'éteindre, de peur que l'Époux survenant au milieu de la nuit ne leur dise : « Je ne vous connais pas ». Les larmes sont

tellement le don de l'Esprit- Saint qu'elles ne peuvent pas couler sans que Dieu s'approche, puisqu'il a dit qu'il viendrait les essuyer lui-même de tous les yeux. Elles sont si précieuses qu'il n'est pas permis de les répandre en vain.

— Ah ! Seigneur, donnez-moi de pleurer dans ma veille et dans mon sommeil, de pleurer toujours, comme faisait votre prophète. Si mes larmes ne sont pas pures, chang-ez-les en sang-, et si ce sang ne vaut rien, qu'elles deviennent des ruisseaux de feu ; mais, n'importe comment, faites que je pleure, puisque c'est le moyen d'être bienheureux, l'infaillible secret d'attirer le Consolateur! Considérez la multitude infî-

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nie des hommes qui ont pleuré depuis le commencement des siècles. Je sais bien que beaucoup de leurs larmes étaient en vain. II y avait les larmes de l'orgueil et les larmes de la concupiscence ; il y avait celles de la haine et de la colère. Mais il y avait et il y a toujours les larmes de la Douleur que vous épousâtes par amour. Leur abondance est comme le Déluge, et votre Esprit plane sur ces eaux comme autrefois, quand vous n'aviez pas encore créé le monde.

Sans doute il faut attendre et toujours attendre, je Tai beaucoup dit. Cependant l'heure attendue ne peut pas êtrebienéloignée maintenant. Il n'y a p'us d'espérance humaine. Les aveugles s'en aperçoivent

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enfin et les pires brutes commencent à sentir la nécessité d'un renouveau. Il faut que tout meure ou que tout change. On est à l'automne du monde. La végétation des âmes est interrompue et l'hiver approche avec toutes les épouvantes. Mais le changement nécessaire, universel, à opérer par l'Esprit-Saint, est absolument inimaginable... Rien ne peut en donner l'idée dans le cours entier de la symbolique histoire, et les similitudes les plus audacieuses proclament leur inanité." Ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui ne peut monter dans le cœur de l'homme...» Voilà tout ce qu'on sait, tout ce que donne la Révélation, et les rares âmes qui vivront

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encore demain ou après-demain trembleront comme on n'ajamais tremblé.

Quelques-unes sont désig-nces pour trembler d'amour : celles que le Paraclet a choisies lui-même en leur construisant un cœur merveilleux. Je connais une chrétienne qui est ainsi. Elle ne se croit pas meilleure que les plus viles et peut-être a-t-elle raison, au sens humain. Mais le Consolateur l'a élue et il n'y a rien à dire à cela. C'est le bon plaisir du Maître qui fait son délice de déconcerter la Sag-esse et qui se réjouit d'accabler de sa préférence ceux qui s'en croiraient le plus indig-nes. « Si tu savais la joie que je donne », leur dit-il, « et le g"OÛt délicieux du Saint-Esprit ! »

LA FKOINTIÈRE

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