LE LONG DE LA COTE
voulait racheter ses inclémences par la beauté même en ces régions où Tinhospitalité des côtes, attestée par la perte, en ces dernières années, du Taygète et de VUruguay, pour ne citer que notre pavillon, aggrave Thostilité du climat.
Tantôt lointaine, à peine visible, tantôt assez proche pour qu'on en puisse à loisir examiner les détails, la terre se déroule, uniforme, semblable à elle-même pendant des centaines et des centaines de milles: c'est indéfiniment Técume de la barre, la bande jaune rougeâtre de la plage rétrécie par le défaut presque absolu de marées, la ligne sombre et régulière delà forêt, muraille dressée contre la brise du large et pressée près du rivage.
On me montre, de loin, la frontière du Togo allemand, récemment délimitée par la mission Fourne.
Pendant des heures, lugubre dans sa monotonie, la Côte défile, défile...
Puis, des toits de tuiles, des édifices blancs émergeant des arbres. Un warf, surmonté d'un pavillon tricolore, offre, par-dessus la barre, son assistance aux navires. C'est Kotonou. Nous sommes au Dahomey.
La brièveté de l'escale ne m'incite pas à descendre à terre, même par le moyen déjà décrit
de la balançoire de foire, bien appropriée à ces rades, si foraines elles-mêmes.
D'ailleurs, de la passerelle-haute du paquebot, on détaille aisément la terre. Puis on m'explique : ces quatre longues travées parallèles et surmontées d'une cheminée d'usine se détachant en contraste sur le fond de brousse, c'est le chemin de fer. Le monument qui tranche : le tribunal. C'est curieux comme, en ces pays primaires, les « Palais de Justice » sont l'objet de soins spéciaux. Par contre, je me demande quelle doit bien être l'opinion de ces nègres encore barbares sur le Gode Napoléon dont a cru devoir leur appliquer les bienfaits ?...
Le warf, plus court et moins outillé que celui de Grand-Bassam, va probablement être doublé. Construit pendant l'expédition de 1892 et achevé après, il est, depuis cette année seulement, doté d'un phare, un gouverneur arrivé la nuit à bord ayant reconnu par lui-même l'inconvénient et le danger d'un défaut d'éclairage en un point courant d'atterrissage: vérité primordiale, depuis toujours connue chez les nations à sens maritime oii le premier soin, en occupant un pays, est d'en éclairer les côtes.
Sur la droite, un grand bâtiment, neuf encore dans ses murailles blanches, ses fenêtres béantes,