PORTRAIT
Irun, sa barbe el ses cheveux épais, noirs et crépus *.
Dante, nous dit M. Jeanroy, était, de son propre aveu, de complexion amoureuse, et sa correspondance témoigne qu'il était fort eaclin aux plaisirs des sens. Ceci nous éloigne un peu du Dante de la légende, ce sombre personnage dont les femmes s'écartaient dans la rue, en disant entre elles : « Voici celui qui revient de l'enfer. »
L'imagination et la sensibilité se sont montrées chez Dante d'une précocité presque maladive. Il paraît avoir été, toute sa vie, sujet à des visions ou à des hallucinations. Les évanouissements qui suivirent plus d'une fois ses plus fortes émotions dans son voyage en enfer, avec égarement au réveil, bien que fictifs, doi-
1. Boccace était presque son contemporain. Il était né eti 1313; Bruni, un peu plus tard, en 1369.
vent être la représentation d'accidents réellement éprouvés. Il est impossible de ne pas voir, dans toutes ces circonstances, des témoignages sinon d'une hystérie proprement dite, du moins d'une constitution bien voisine de Thystérie. Ce mot, qui paraîtra peut-être à quelques personnes un peu irrévérencieux pour la mémoire du grand poète, n'exprime pas précisément un diagnostic, mais l'idée d'une certaine déséquilibration du système nerveux. Rien du reste n'est plus compatible avec le plus large développement des facultés de l'intelligence. Ne nous montre-t-on pas Jules César épileptique?
Dante alla mourir à Ravenne en 1321, âgé de cinquante-six ans, sans doute épuisé par les souffrances physiques et morales de ses longues années d'exil, et par le travail continu auquel il n'avait cessé de se livrer. Il ne nous est pas parvenu grand'