SCÈNE PREMIÈRE
BRUNETTO, puis GLTDO. j •
•RUNKTTO, frappant à ta maison de Dante. '
Dante ! — Pmü -déjà..,. Cependant, aiij^d’hul
Il faut qoe je itti parie, il faurt....
CTfB VOTX, lAantant au dehors. \
En un verger, sous la blanche aubépine, ‘ ;
La dame tient son ami snr son cœnr; i
Lui la regarde avac un air vamqnenr.
Mais raul>e vient, l’orient s'illumine. ... j
Moa Dieu ! Mon Bleu î voici l’anbe qiu vient !
BBl'NETTO.
Ce n’est pas lui.
&U10O, entrant en dkanlant.
K Beau doux ami, la>noit, qni hchis dérobe j
» Aux yeux jaloux, devrait durer tot^eumt j
» Quand ton sourire éclaire tous mes jours,
» Point n’ai souci du sourire de l’aube....
» Mon Dieu ! Mon Dieu ! voici l’aube qui vient ! »
Voyons, que pensez-vous, tout franc, de cette aubade, • Ser Brunetto ?
Qu’il faut avoir l’esprit malade Pour chanter des couplets semés de concetti En ce moment, seigneur Guido Cavalcanti !
GUIDO, légèrement.
Le mot aubade vient de Vaube qui s’avance.
C’est un genre nouveau qui florit en Provence.
BRUNETTO
La Provence! pays d’où nous sont arrivés Ces joyeux troubadours, poètes énerves.
Ces jongleurs séduisants dont les chimères folles Avec les airs nouveaux s’élèvent des violes.
Eloignant à l’envi, dans ces jours incertains.
Des devoirs sérieux nos jeunes Florentins!
GUIDO
O Provence! pays des gracieux sirventes.
Pays des cours d’amour et des rimes savantes.
Qui prêtes une forme à ce que nous pensons.
Qui prends nos orangers et nous rends tes chansons, le donnerais, jaloux de tes joyeuses fêtes.
Tous nos hommes d’Etat pour un de tes poètes!
BRUNETTO
Le temps est bien choisi pour railler, beau rieur ! Aujourd’hui mes pouvoirs expirent; un prieur Par conséquent doit être élu.
GUIDO
Je vous admire :
Le prisonnier se plaint lorsque la peine expire!
BRUXETTO.
Mais qui nommera-t-on à ma place !
GUIDO
Ma foi,'
Qui Ton voudra... pourvu que ce ne soit pas moi!
BRÜNETTO.
Vous êtes donc mauvais citoyen?
GUIDO
Je m’en vante.
La liste des erreurs du peuple m’épouvante;
Aussi, voyant régner l’injustice à ce point.
Ma seule opinion est de n’en avoir point!
La politique, à moi, malgré vos convoitises Me semble l’abrégé des humaines sottises!
Vous dites tous avoir raison — c’est votre fort — Mais pour moi le dernier qui parle.... a toujours tort BRUNETTO.
Je vous reconnais bien et je trouve inutile De chercher à convaincre un esprit si futile. Dites-moi seulement, pour changer d’entretien.
Si Dante est près d’ici....
GUIDO
Vous vous adressez bien!
Depuis trois jours je cherche en vain à le rejoindre.
Il quitte sa maison dès qu'on voit l’aube poindre;
H semble, m’a-t-on dit, plus triste que jamais;
Moi je serais plus gai si comme lui j’aimais!
brbxbtto.
Il aime d'un amour tendre, grave et fidèle,
Mais sans espoir....
AUtDO.
L'espoir est comme l’Iiirondeîte,
11 s’élance d’un vol l apide lom de nous.
Mais il revient plus vile et nous paraît plus doux!
Béatrix aime Dante, et c^est beaucoup, j*espère....
BRUNETTO
Mais Béatrix, d’abord, obéit à son père ;
Avant d’ètre à l’amour, elle est à son devoir; ^
Elle aime Dante, mais elle ne peut le voir. y
.Ah! lorsque nous n’avions qu^un parti dans Florence Dante pouvait nourrir cette chère espérance;
Mais, depuis que Folco Portinari s’est mis
Aux mains du parti notr, l’espoir n’est plus permis; ,
Dante, par sa famille, est du parti contraire.
Et moi son maître, moi qui lui tins lieu de père ,
Je le maudirais si, par l’amour entraîné,
11 trahissait jamais le sang dont il est né !
Mais le croire, Gaido, seiait lui faire offense...
GUIDO
Il m’en souvient : souvent, dans notre heureuse enfance. Ici même, Folco, père de Béatrix,
.A Dante souriait en l’appelant son fils ;
Les maisons se touchaient, et sous le même ombrage Les deux enfants cherchaient les jeux du premier âge; Ils s’aimèrent bientôt, et c’était ravissant De voir grandir leurs fronts et leur amour naissant!
ACTET r. . r i
Hélas ! mon maître, an choc de vos lottes cruelles^
Les cœurs sont désunis...
[Montrant lès deux 7naisons.]‘ I
Les murs sont plus fidèles T “ ■
BRonarro. *
Rcoiitez : Vous aimez Dante.... oui, n’est-ce pasf
cniao» . I
Certes, j’irais pour lui me battre de ce pas !; >»•
BRONB-TTO.
Bh. bien, apprenei: donc... Ce que je vais vous dire,
Dante doit Tignonereiacoce. Je le désirei J’ai de graves rmsons. — Ma»: on. vient par id.
OÜfUO.
C’est Dof>te.
BBOTfETTO.
Vous saurez tout plus tard.,
GÜIDO.,
Le voici.
[Entre Dante, sans voir Guida et Brunetto; il porte plusieurs feuilles de parchemin à moitié déroulées. )