SCÈNE V
DANTE, sewf. •
Le chevaKer Bardi!.. . Chez Béatrix.... chei elle!
Comme son front déjà de bonheur étincelIe,^
Et quel regard superbe il a jeté sur moi!
— Pauvre poète! Allons, pleure, souffre eUtais-toi....
11 est riche, cet homme, entre les plus prospères.
Il a cet or créé pour éblouir les pères!
Demain, à la richesse il joindra le pouvoir,
Il sera prieur, lui ! Prieur....
( Après un silence.)
Quel fol espoir !
— Portinari pour gendre accepterait peut-être
Celui que tout un peuple aurait choisi pour maître....
Moi Dante.... Moi prieur! Pourquoi pas, apres tout?
Dans mes veines c’est bien un noble sang qui bout;
Cette ardeur que je cache et tiens captive encore.
C’est peut-être un dessein vaste qui veut éclore!
— Ah! tentons le combat, enfin, puisque le prix C’est la paix pour Florence et pour moi Béatrix !
— A nous deux, chevalier Bardi ! J’ose le croire,
Tu t’es flatté trop tût d’une double victoire!
— D’ailleurs, qui sait?...' Peut-être, en me frappant ainsi. Sur moi la Providence a ses desseins aussi;
Peut-être Dieu veut-il, m’arrachant de mon ombre, Susciter un sauveur au navire qui sombre!
Mais quel parti choisir? Vers lequel incliner?
Pour parler à ce peuple et pour le dominer,
11 faut montrer mon but, mettre ma préférence Sur l’un des deux partis qui divisent Florence...,
Lequel ?. . . Les nof rs. . . . les blancs. ... Ah ! je le sens trop bien. Ni les blancs, ni les noirs n’ont accompli le bien; Chacun, aux intérêts de tous songeant à peine.
Ne parle du pays que pour servir sa haine !
A Florence, en Toscane, et bien loin à l'entour,
La force et le hasard triomphent tour à tour!
— Ah! je voudrais.... Oui, oui, dans ce désordre immense. Il faut jeter au sein de ce peuple en démence Quelque chose de grand, d’inconnu, d’inouï.
Qui fasse dire à tous : Confions-nous en lui !
Un mot.... un mot est tout quand il soulève un monde ! Au peuple, à cette foule, à cette mer profonde,
A ce sombre océan devant moi soulevé Que dirai-je demain?
( A'prés un long recueillement.)
J’ai trouvé ! j'ai trouvé !