SCÈNE m
BARDl, BEATRIX.
BÉATHIX.
0 mon Dieu, pardonnez si j’espère ; Je ne veux pas braver, je veux fléchir mon père.
— Dante n’a recherché le pouvoir que pour moi;
Je veux l'aider, du moins, de mes vœux...
BARDi, s’avançant.
Sur ma foi.
Madame, mon rival, — serait-il vaincu même, —
Ne saurait plus' avoir de regrets, puisqn’on l’atine !
BEATRIX
Ce langage, seigneur... Mais mon père m’attend.
Et d’un plus long retard il serait mécontent;
Vaincu, vous le savez, par la souffrance et l'âge...
BARDI
Il a besoin de vous dont l’aspect le soulage.
Pourtant, luHmème veut que je vous parle ici ; ~
Son désir, j’en suis sûr, sera le vôtre aussi.
RËATRIX.
Parlez.
Vous \\>us bercez d’une espérance folle, Votre père déjà m’a donné sa parole;
Lui résisterez-vous, Béatrix?...
BÈATRIX.
Non. Seigneur:
Le devoir accompli remplace le bonheur!
A la voix paternelle, ou favorable ou dure,
Une fille chrétienne obéit sans murmure.
Vous serez mon époux, si mon père le veut!
Mais je le bénirai, si ma douleur l’émeut.
BASDI.
Je serai votre époux ; mais un autre. Madame,
Un autre que je hais régnera dans votre âme.
Un pareil souvenir peut-être...
BÉATRIX
Ecoutez bien :
En engageant ma foi, je ne réserve rien ;
J’ai pu pâlir d’abord devant la destinée.
Mais, aux pieds des autels, tout-à-l’heure, inclinée.
J’ai dit: Mon Dieu ! mon Dieu! mon espoir est perdu, Oue ferai-je? — Et voici ce qu’il m’a répondu:
« O femme, tu feras ce que ton père ordonne ;
)» Tu livreras ta main, sans que ta main frissonne;
» L’époux qu’on va t’offrir, tu vas le recevoir;
» Le bonheur ne peut être où n’est pas le devoir! »
Je dois donc obéir aux ordres de mon père;
Mais je puis le fléchir encore, et je l’espère.
BARDI
Vous ne connaissez pas ma force, je le. vois;
Votre père, demain, tremblerait à ma voix S’il osait retirer sa foi qu’il m’a donnée.
J’ai dans mes mains son nom, son rang, sa destinée ;
Il voüs expliquera lui-même mon pouvoir ;
Allez l’interroger, vous pourrez tout savoir.
BÊATRIX.
Puisqu'il en est ainsi, que le ciel vous pardonne;
La route où vous marchez, seigneur, n'est pas la bonne ; Je comprends, à cette heure, en vous disant adieu,
Quç c'est pour vous surtout que je dois prier Dieu.
BABOI.
Allez interroger votre père. Madame.
( Beatrix sort par la porte du fond. )