‹ Dante et Béatrix drame en cinq actes et en versChapitre 22 sur 68 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

Beatrix, n’est-ce pas? Au lieu d'y parvenir,

Tu t’éloignes du but. Eh bien, je t'y ramène.

Je te rends Beatrix. Ma parole est certaine.

— Si tu songes encore au pouvoir désormais.

C’est que tu n’ainiais pas et n’aimeras jamais.

DANTB.

O mon Dieu!... Bôirtrixl... Béatrix!... C’est un songe Bardi, ce n’est donc pas une feinte, un mensonge?' Tu ne l’aimes donc pas? Réponds vite, à* ton tour!

BARDI

l/amhition en moi l’emporte sur l’amour.

— Mais toi, que te faut-il ? L’heureux loisir, poète ; La nature, au printemps, qui pour toi semble faite; L’éternel paradis ouvert aux amoureux.

Laisse-moi le pouvoir, te dis-je, et sois heureux!

DANTB.

Eh bien, puisqu'à mes pas s’ouvre encor cette voie. J’accepte, chevalier, et j'accepte avec joie; J’accepte... Mais si Dieu, juge mieux éclairé.

Juge que je fais mal, qu’un indice assuré Vienne rendre à mes yeux sa lumière évidente...

vont DO PEOPLE, ail-dehors.

Vive Dante prieur! Vive le prieur Dante!

DAKTB..

Le peuple... C'est sa voix; cette voix, entends-tu? Quand onia comprend’hien, enseigne la .vertu!' Comme moi tu l'enfends, cette voix qui me crie : Dante, songe avant tout au bien de la patrie!

BARDI

' • Tu n’acceples donc pas?

DANTE

Je veux d'abord savoir Si je peux en tes mains remettre le pouvoir.

Dis, si je te cédais le pouvoir, ton envie,

Qu'en ferais-tu? Réponds. Renîrais-tu ta vie ? Voudrais-tu maintenir à Florence la paix,

La concorde? Réponds. Et si tu me trompais.

Malheur à toi !

HARDI

Je n'ai pas le désir de feindre.

Mais de moi que veux-tu que le peuple ait à craindre?

DANTE

Tout. D'après le passé je puis le préjuger.

Pourquoi toi me répondre et moi t’interroger?

Ton regard me répond d'une façon trop claire,

Ton désir du pouvoir ressemble à la colère !

BARDI

Tu me refuses donc?

DANTE

Oui. Tu crois que j’irais

^ Te livrer mon pays pour mes seuls intérêts!

Eh quoi! Je promettais au peuple tout-à-l’heure,

Mes efforts prodigués pour une ère meilleure;

Et, de ces soins pieux prompt à me départir.

Pouvant le faire heureux, je le ferais martyr!

C’est un crime, après tout, ce que tu me proposes:

Le piège était caché sous les plus douces choses :

Page 1