ACTE U
DANTE
Quoique l’orgueil soit grand, je ne m’en défends pas.
BARDI
Alors, écoute-moi, Dante : tu perds tes pas; (
Folco Portinari ne peut plus se dédire.
Sur de trop bons appuis j’ai fondé mon empire.
{Tirant des papiers de sa poche.)
Regarde... Tu connais sa signature... Vois!
Sa fortune, son nom... Ah! tu restes sans voix!
Je suis son créancier. 1
DANTE. ,
Mais ce .serait iufàme, ' .
Chevalier : à ce prix acheter une femme?
Ce serait trop infâme et trop lâche, en effet ;
Tu ne le feras pas.
BARDI
Npn, je l’ai déjà fait!
J'ai de l’or. Je m’en sers. C’est logique. Raisonne:
A quoi penses-tu donc que la richesse est bonne?
Comprends ceci : Folco ne peut, en vérité.
Pour toi seul se réduire à la mendicité ;
Beatrix, apprenant ce secret qu’elle ignore, t
Fera tout pour sauver un père qu’elle honore;
D’ailleurs, elle est déjà résignée, et bientôt...
DANTE
11 suffit, chevalier; n’ajoute pas un mot.
Tu me ferais douter de tout ce qu’on vénère.
De la vertu, de Dieu fui retient son tonnerre!
Je sors. Reste flétri pour cette lâcheté,
Triomphe d’un bonheur ce prix acheté;
Hais tu sauras peut-être un jour ce- qu’il en coûte Pour braver les remords...
BARDI
Ecoute encor^^ écoute :
Si tu veux, Béatrix... je vais te la céder,
Et.moi-même pour toi je vais intercéder Près de Portinari.
DANTE
Comment! Que veux-tu dire?
Est-ce une raillerie? Assez. Je me retire.
IbaBDI:
Reste. Je te l’ai dit, je te le dis encor:
Béatrix, ton espoir, ton rêve, ton trésor,
Béatrix est à toi, si tu le veux.
DANTE
Qu*eBtends-je?
Je ne puis m’expliquer ce changement étrange;
Vous que d’un tel bonheur je croyais si jaloux,
Pour un si grand bienfait que me demandez-vous?
BABDl.
Presque rien, ou, du moins, bien peu pour toi sanfi<loute : Renoncer au pouvoir.
DAEUh
Ah! je comprends...
BABDI:
• Ecoute:
Obtenant le pouvoir, tu pensais obtenir