‹ Dante et Béatrix drame en cinq actes et en versChapitre 27 sur 68 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

DANTE, puis BRUNETTO.'

DANTE, seul.

A quoi tient, ô mon Dieu,, le destin des États ?

Où donc marchent tous ceux que vous ne guidez pas?

— Cet homme qui me sert aujourd’hui, qui> m'encense. M’outragera demain si je perds ma puissance!

— Maintenant,. Brunetto va venir; mais pourquoi Ce rendez-vous secret qu’il me demande; à moi.

Ici? — N’entends-je pas frapper?... C'est lui, sans doute. {Dante ouvre la porte secrète. Brunetto entre.)

BBÜJÎETTO.

Ne perdons point de temps.

DANTE

J'ignore, maître...

BRUNETTO

Écoute

Mes conseils ne t^ont pas manqué depuis un mois.

«CTEm.

Tu m’as obstinément repou^ chaque fois.

C'est un dernier effort aiôourd'hui que je tente;

11 faut te décider. Florence est dans l'attente.

Ton système sembla réussir quelques jours;

La haine des partis reprit bientôt son cours,

Ce devait être ainsi. Dans le siècle où nous sommes Dieu seul peut rétablir la paix entre les hommes. Tu le vois, à présent les haines ont grandi.

Plus ardent est le feu que tu crus attiédi.

Quant à moi, ce n’est pas à mon âge qu’on change : Né Guelfe, je mourrai Guelfe. — Ton rêve étrange De concorde et de paix n’est pas de notre temps; Deux partis, acharnés depuis plus de trente ans.

Se disputent Florence et toute ITtalie,

Pourtant le parti noir au parti blanc s'allie !

Car tous deux de ta chute ont le même désir...

DANTE

Afin de se combattre après tout à loisir!

— Maitrc, voilà longtemps que ma réponse est prête ; Je persiste. Sans doute il y va de ma tète;

Quoi qu’il puisse advenir, je ferai mon devoir.

Vous êtes deux partis, mais je suis le pouvoir!

Et la loi doit régner seule, intacte, absolue.

— Tenez, maître, brisons; la chose est résolue.

Rélléchis bien. Les deux partis sont contre toi.

DANTE

Je sais depuis longtemps tout cela, maître.

BRUNETTO

Quoi!

Tu sais...

DANTE

Votre alliance avec Bardi; oui, certe.

. BRÜNETTO.

Eh bien! je te le dis : tu touches à ta perte;

Le peuple, aujourd'hui même, avant une heure, ici, Le peuple doit venir.

DANTE

Je le savais aussi.

Tu ne peux résister : ce palais est sans gardes.

DANTE

Mon droit me défendra mieux que les hallebardes. Mon droit,

{Montrant le gonfalon.)

Et ce drapeau. — Mais je sais encor plus.

Tous vos projets, depuis longtemps, me sont connus : Vous voulez appeler l’étranger à Florence,

— Oui, Charles de Valois, frère du Roi de France. — C’est infâme, cela!

BRÜNETTO.

Poète ! — sache bien

Que qui veut triompher doit ne négliger rien.

C'est infâme, as-tu dit! — C’est de la politique.

Et c’est ainsi partout que cela se pratique,

On eût des alliés de tout temps.

DANTE

A mon tour

Je vous dis : prenez garde ! Avant la fin du jour Vous saurez où conduit la révolte, peut-être;

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