‹ Dante et le Moyen-AgeChapitre 20 sur 21 · DE LA MONARCHIE · texte numérisé non relu

DE LA MONARCHIE

Livre P*". La Monarchie universelle est-elle nécessaire au bien du monde ? — 1 . Il y a certitude que toute association des hommes renferme une concentration relative de volontés, d'intelligences, ayant un but commun et salutaire. Chaque individu, chaque chose est proposé à une fin quelconque. Dans cet ordre

d'opérations assignées à l'avance, la nature procède avec un art admirable. Tous les membres du cor ont chacun leur spéciale destination, de même que les hommes ont chacun la leur. Il en résulte que toutes les vocations auxquelles nous sommes appelés répondent à une immense concordance de pensées et de sentiments. Le moindre de nos actes se proportionne donc aux besoins de la grande famille humaine. D'où il résulte que nous sommes créés pour jouir des bienfaits de l'association, par notre personnelle vertu intelleclive, c'est-à-dire par les conseils de l'entendement. La suprématie intellectuelle est la marque du principat. Et cela se confirme d'autant que le genre humain agit par l'intellect. Il a ainsi en sa nature un sage penchant à la paix universelle , qui développe ses facultés. C'est d'ailleurs comme une intuition divine. Il n'en faut j d'autre preuve que le chant des célestes milices et q cette parole du Christ : Paix à vous. Aussi Dante établit-il la Paix Universelle comme le terme suprême i\o< aspirations de l'humanité et le principe fondamental du ses démonstrations.

2.- Aristote a dit : que l'unité doit gouverner le nombre. Ce sont nos facultés intellectuelles qui réglementent notre être tout entier De même aussi, un chef est nécessaire dans la famille pour représenter ses intérêts. Regardez ce bourg. Pour être bien administré, il faut un mandataire de tous les habitants. I! en est également du royaume où le gouvernement doit être confié à un seul, sous peine de division et de désolation. Le genre humain a été ordonné pour une seule chose :

une monarchie, un empire : — Tout se correspond dans la création, recherche la généralité; ainsi que les parties se lient au tout. Ce principe constitue une permanente relation de tous les êtres qui produisent l'ordre universel. Le symbole de la perfection de cet ordre, c'est le monarque, ouïe premier agent de Dieu. Et plus le genre humain s'assimilera à Dieu, plus il s'unifiera ; car la Trinité des Personnes enfante un seul Dieu. Donc, pour toute la terre, soumission universelle k un seul régulateur, Suivre la trace du ciel, c'est agir avec fruit. Voilà pourquoi la monarchie est nécessaire au bien universel.

3. — Si deux princes égaux ne sont pas d'accord, qui les départagera, rendra la justice? l'Empereur. La pluralité des principats est un mal : un seul prince pour arbitre est nécessaire à la reddition de la justice ; puisque la justice réclame la puissance, et plus celui ci sera vaste dans ses moyens d'action , mieux elle sera distribuée et reçue. 11 ne saurait y avoir d'obstacle au règne de l'équité pour le souverain. Plus n'aurons-nous à redouter et la concupiscence et la cupidité, puisque la charité se confondra avec la justice dans le cœur du souverain. Le bien général sera la première préoccupation du monarque, et comme la justice est la source de la paix universelle, elle sera chérie par lui. Il est vrai que Dante ajoute : « si un Souverain existe, il ne saurait avoir d'ennemis. » C'est clair.

4. — La plus grande somme de liberté possible doit être octroyée aux hommes; elle dérive d'un principe qui est le libre arbitre. Mais autre chose est de connaître, de

désirer avidement et de juger sainement. C'est pourquoi la liberté repose dans le sage discernement des choses bonnes ou mauvaises, discernement exempt de l'influence des passions. On est libre quand on se gouverne par sa propre grâce : tel serions-nous sous la monarchie qui ferait disparaître tous les gouvernements obliques, et alors fonctionneraient bien les rois, les aristocrates appelés Grands, et les zélateurs de la liberté du peuple. (Pourquoi le mot peuple à propos de cet état universellement libre et paisible ? Sous un souverain vertueux, y aurait- il donc encore des castes, et tout le monde ne jouirait-il pas d'une égale liberté?)

5. — Dante a dit d'abord que le genre humain était ordonné pour le monarque. Maintenant, c'est l'antithèse: le roi est institué pour la nation. La certitude, entre ces termes opposés, serait peut-être bien, d'après nous, que si la nation a besoin du monarque, celui-ci n'existerait pas s'il n'existait pas de nation (sic). Le Souverain est le ministre de tous. Ce n'est pas assez qu'il dicte des lois, il faut, entre tous, qu'il les observe bien. Si un seul ouvrier suffit à cette tâche, pourquoi y attacherionsnous plusieurs ouvriers? Pas de superfluité. C'est logique ; mais voici qui l'est beaucoup moins ou pas du tout... Si un seul fait bien une chose, plusieurs la feront mal. Pourtant, avant d'appliquer une loi, il est bon d'étudier si elle convient au pays, à la cité. 11 faut des lois dilîércntes en raison des mœurs, de l'esprit des nations ou des villes et du climat sous lequel elles vivent. Nécessité de l'unité directrice. Le souverain aura le soin des jugements supérieurs et généraux; mais

comme Moïse, il abandonnera à ses primats les prérogatives de donner, à chacune de leurs populations, des lois convenables.

6. — La nature produisant l'unité, celle-ci produit le bien; elle en est la racine aussi bien que de la concorde. Les hommes dirigés par un seul ne constitueront qu'une volonté marchant vers un seul but, forte contre les entraînements des passions , exemple frappant d'une complète harmonie. Tel le règne du divin Auguste qui fut le temps le plus heureux et celui de l'universelle paix. Le genre humain depuis lors est devenu un animal à têtes multiples, s'agitant en sens contraires.

Livre II. Le peuple Romain s'est-il attribué l'empire avec justice ? — i. L'empire Romain est une émanation de la Providence; il était prédestiné à dominer sur le monde; il avait des droits incontestables à cette prépondérance.

2.- L'office impérial appartient au peuple le plus noble; donc il revenait aux Romains. La noblesse de ses fondateurs , de ses plus anciens maîtres, tels Enée et plusieurs membres de cette illustre famille Troyenne, la magnificence et l'excellence des alliances qu'ils contractèrent , cette glorieuse filiation établit la prédestination divine. Des miracles fortifient cet argument, dans lesquels on distingue le doigt de Dieu. Ainsi le bouclier tombé du ciel sous Numa, les cris des oies du Capitole et le passage du Tibre par la vierge Clélia. Ce ne sont pas là, à mon avis, de fort célèbres ni miraculeuses manifestations.

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