‹ Dante, introduction a l'étude de la Divine ComédieChapitre 43 sur 71 · F. D'Ovidio, Il Purgatorio, p · texte numérisé non relu

F. D'Ovidio, Il Purgatorio, p

transformé cette matière inerte et confuse en la spiritualisant, en lui donnant une signification, une âme, une beauté jusqu'alors insoupçonnées.

Le plan du poème, merveilleusement clair dans sa complexité, et l'interprétation allégorique, en vertu de laquelle toutes les dispositions de l'ensemble, aussi bien que les moindres détails, acquièrent une portée inattendue, seront examinés dans les chapitres suivants. Il faut dès ici indiquer encore un caractère purement formel de la Divine Comédie : la S3niiétrie, tell< que peut la concevoir un géomètre, un esprit constamment en quête de formules arithmétiques, et qui n'abandonne rien au hasard dans l'agencement de toutes les parties de son œuvre. Ce souci tout nouveau de la composition, poussé jusqu'à la plus extrême minutie, mérite d'être considéré dans quelques-unes de ses manifestations extérieures, avant que l'on pénètre plus profondément dans la vie intime du poème.

Dante présente son récit sous forme de vision, sans d'ailleurs insister, ni au début ni à la fin, sur les circonstances dans lesquelles son imagination s'échappe au delà des limites de notre monde et y revient : les tableaux se déroulent ex ahrufto, comme une aventure réelle, datée avec précision — semaine sainte et semaine de Pâques de l'année 1300, — et le récit prend presque aussitôt l'allure très nette d'un voyage, avec ses étapes, ses obstacles, ses incidents pittoresques. La vision ou le voyage se divise en trois parties, contenues dans trois << cantiche >>. On a déjà vu (p. 100), quel rôle jouaient dans la Yita Nuova le nombre 3, le nombre 9 (produit de 3x3) et aussi le nombre 10 — nombre parfait. Chacune des trois régions décrites dans la Divine Comédie se décompose en neuf zones auxquelles s'en ajoute une dixième, prélimi-

naire dans l'Enfer et le Purgatoire, terminale dans le Paradis. Chaque << cantica >> devrait se composer de 33 chants — ce qui ferait un total de 99 ; mais pour atteindre le chiffre 100 (10x10, perfection de la perfection), la première partie en a 34, soit un ' chant initial d'introduction générale ; d'où la formule : 1 +33+33+33=100. La strophe adoptée est celle de v trois vers — terza rima — avec un agencement de rimes si industrieux et si précis que les métriciens modernes n'ont su y apporter aucun perfectionnement^. Enfin chacune des trois << cantiche >> s'achève, non pas sur la même rime, mais sur le même mot, stelle — les étoiles.

Un examen plus attentif permet de découvrir d'autres combinaisons numériques. En voici un seul exemple. Le vers où Béatrice, apparue dans le Paradis terrestre, se fait connaître de Dante : << Kegarde-moi bien; c'est moi, oui, je suis Béatrice >>, vers qui paraît renfermer le motif générateur de toute la vision, et qui en constitue le centre idéal ainsi qu'on l'a vu (p. 253 et suiv.), est le soixante- treizième du chant XXX du Purgatoire : ce chant ayant 145 vers, le vers 73 en occupe tout juste le milieu (72 + 1+72=145), place éminemment honorable ; et le chiffre 30 est à son tour un des plus nobles que l'on puisse imaginer, étant le produit de 10x3 2. Mais il y a plus : ce chant XXX du Purgatoire, s'il n'occupe pas le centre arithmétique du poème, comme l'épisode de la folie de Koland dans VOrlando furioso, se place du moins à un endroit qui

1. Le schéma en est : aba, bob, cdc, ded, etc... xyx, yzy, z.

2. On se rappellera (voir p. 111) que dans certaine poésie sur les soixante plus belles dames de Florence, Dante avait placé au centre, sous le no 30, celle à laquelle il voulait faire honneur.

s'exprime par une formule numérique curieuse : il est précédé de 63 chants (34 de l'Enfer et 29 du Purgatoire) et suivi de 36 (3 du Purgatoire et 33 du Paradis) ; or 63 et 36 ont pour caractère commun d'être composés chacun de chiffres qui, additionnés, ont pour total 9. Est-ce un pur hasard ? On hésite à l'affirmer quand on voit avec quel soin, un peu puéril à nos yeux, Dante a cultivé ces coïncidences ; un brin de cabale n'était pas pour lui déplaire.

Un poème dans la composition duquel entrent des éléments aussi disparates que ceux qui viennent d'êtr^ sommairement indiqués résiste à toute déiinitioi simple : il échappe aux classifications habituelles Est-ce une épopée? Certainement non; autant vaudrai! dire qu'il relève du théâtre parce qu'il s'intitule << Comédie^ >> et renferme quelques épisodes vraiment dramatiques. L'inspiration personnelle, c'est-à-dire lyrique, y domine en souveraine ; et cependant ce poème n'est ni une ode ni une série d'odes. L'intention didactique, capitale assurément aux yeux de Dante, ne rend pourtant pas compte des beautés les plus sublimes de son œuvre. Il résulte de là que certains critiques, embarrassés pour caractériser d'un mot le genre auquel appartient la Divine Comédie, l'ont qualifié, un peu naïvement, de << genre dantesque >>. Ce truisme a du moins l'avantage de bien faire ressortir l'absolue originalité d'une œuvre réellement unique.

Entre les définitions qui en ont été proposées, ilj faut retenir celle-ci : << La Divine Comédie est unej ^^rande prophétie en forme de vision, en prenant le mot prophétie dans l'acception d'avertissement, qui est son sens primitif ^ >>. Allons plus loin, et prenons ce

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