‹ Dante, Pétrarque, Michel-Ange, TasseChapitre 41 sur 88 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

Il sc rappelle encore l'heure où il la quitta sans savoir qu'il ne devait plus la revoir sur la terre; il se reproche encore de n’avoir pas su lire sur son front pâle l’arrêt qui le menaçait.

Le dernier jour, hélas! de mes jours de bonheur,

Et j’en ai vu bien peu dans cette courte vie,

Ce jour était venu... Mon cœur, neige attiédie,

Peut-être présageait sa prochaine douleur !

Tel sent déjà trembler ses membres sans chaleur,

Quand doit bientôt venir une fièvre ennemie.

Tel je tremblais déjà... Mais mon âme attendrie Ne savait pas si près son étrange malheur.

Ses beaux yeux, devenus deux étoiles sereines Qui vers un but divin me guidaient dans mes peines. Prêts à laisse renies yeux tristes et pleins de pleurs,

Leur disaient dans un doux et tout nouveau langage :

Amis, restez en paix ; au terrestre rivage

Nous ne nous verrons plus... nous nous verrons ailleurs.

PKTRARQLE.

It avait un voile devant les veut; en ta quittant, il ne croyait perdre que quelques jours de sa présence, et il a tout perdu.

0 suprême moment! dernier jour, dernier soir! Astres de mon malheur conjurés pour me nuire, 0 fidèle regard, que voulais-tu me dire Lorsque je te quittai pour ne plus te revoir?

Je comprends maintenant ce qu’il fallait prévoir; Hélas! j’ai tout perdu, moi, qui dans mon délire Croyais, en la quittant, ne perdre qu’un sourire! Ah! comme au loin le vent emporte notre espoir!

Car déjà dans le ciel était écrit l’arrêt De l’astre de ma vie, et ce fatal décret Sur son front triste et doux était déjà visible;

Mais sur les yeux alors j’avais un voile noir Qui me troublait la vue et m’empêchait de voir, Pour me rendre le coup subit et plus sensible.

SONNETS

Les jeux de Laure parlaient aux siens, il n’a pas compris leur langage.

Ce charmant, doux et chaste et bien-aimé regard Semblait dire : De moi prends ce que tu peux prendre; A jamais me revoir tu ne dois plus prétendre,

Dès l’instant où ces lieux auront vu ton départ.

Esprit, que Dieu créa plus rapide qu’un dard, Paresseux à prévoir ce qui devait t’attendre,

Comment n’as-tu pas vu dans ce regard plus tendre Ce qu’aujourd’hui tu vois, mais par malheur trop tard.

Plus tendres et brillant d’un feu plus qu’ordinaire,

Ses yeux disaient aux miens : Amis, sur cette terre, Vous vous miriez en nous comme en un beau miroir,

Mais le ciel nous attend, trop tôt pour votre espoir ; Dieu qui nous enchaîna va rompre notre chaîne,

Et veut que malgré vous la vôtre vous retienne!

l’Kl K Uiyi K.

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Il a pu chanter les beautés ilu corps de Laure; mais scs divines vertus et *a part immortelle avaient «les rayons trop vifs pour ses yeux éblouis. Aussi a-t-il échoué?

Je connus, grâce au ciel qui dessilla mes yeux,

Grâce à l’Amour, à l’art, qui m’ont donné des ailes,

Les charmantes beautés, hélas! beautés mortelles,

Que créa pour son corps chaque étoile des deux.

Mais les autres beautés aux rayons glorieux,

Les divines vertus, les formes immortelles...

Mes faibles yeux ont dû se fermer devant elles.

Tant elles dépassaient mon esprit orgueilleux.

Aussi, ce que j’écris, ce que ma voix profère,

Pour celle qui là haut me le rend en prière,

N’est qu’une goutte d’eau dans des mers sans espoir;

Car le style est plus faible encor que la pensée,

Et, quand vers le soleil la prunelle est fixée,

Plus sa splendeur est grande et moins on peut le voir.

LMI.

Comme autrefois l’Eglise envoyait ses fidèles aux tombeaux des martyrs pour y trouver de nobles souvenirs et y puiser île pieux exemples, le poète envoie ses vers sur la tombe de Laure pour se la rendre favorable.

Allez, mes vers, allez sur la fatale pierre Qui cache mon trésor sous ses aspérités ; Parlez... du haut du ciel vous serez écoutés, Bien que son enveloppe ici soit prisonnière.

KacontezTlui que, las de vie et de misère,

Et las de naviguer sur des flots irrités,

Je vais, me rappelant ses douces qualités,

Pas à pas au chemin qu elle a pris la première.

D’elle, vivante et morte, on me voit devisant D’elle plus que vivante, immortelle à présent, Afin que l’univers l’honore et l’apprécie...

Qu’il lui plaise à l’abord du périlleux chemin Venir à ma rencontre et me tendre la main,

Et que sa voix au ciel m’appelle et m’initie!

PETKARUl'E-

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