LV1II
Il a confiance dans la constance de son amour. I,a dame qui sur la terre ne pouvait lire dans son coeur qu'à travers son visage, y pénètre maintenant comme un pur esprit, et peut rendre témoignage de la chasteté de sa pensée (1).
S’il est un prix tardif pour l’amour vertueux.
Si la pitié jamais ne dément son langage,
J’aurai, j'aurai ce prix, car, certe à tous les veux Ma foi, comme un beau jour, fut claire et sans nuage.
Sans soupçons désormais, tu me rends témoignage Que j’ai toujours voulu ce qu’aujourd’lmi je veux;
Si jadis tu n’as lu qu’à travers mon visage.
Tu peux voir maintenant et mon cœur et mes vœux ;
Et le ciel n’est pas sourd à mes soupirs sans nombre; Car, pleine de pitié, je vois souvent ton ombre,
Et ta mort ne fut pas un éternel adieu.
Oui, quand je jetterai ma dépouille fanée.
J’espère à mon départ te voir,... accompagnée De ceux qu’Amour a faits les vrais amis de Dieu.
(I) Il y a en Italie une croyance populaire qui a donné à Pétrarque l'idée du dernier tercet de ce sonnet. D’après cette croyance, quand le chrétien qui a une dévotion particulière à la Vierge est prêt à quitter la vie, elle vient, accompagnée de sainte t'rsule et des onze mille vierges, assister à sa mort et recevoir son âme.
SON N BTS.
Il vient d'avoir une vision de sa dame; elle lui est apparue dnns toute lu splendeur de sa béatitude; il invoque ses beaux yeux par lesquels la mort a pénétre duus son corps.
Je ia revis un jour si belle entre les belles,
Que de crainte et d’amour mon cœur paralysé,
Et ne se croyant plus par un songe abusé.
Ne put la comparer qu’aux âmes éternelles.
En elle, il n’était rien des faiblesses mortelles; C’était l’être parfait où Dieu s’est reposé ;
Mon âme, dont l’amour s’était divinisé,
Désireux de la suivre, étendit les deux ailes...
Mais Elle était trop haut, et le poids de mes fers Trop lourd ; car je la vis s’enfuir au sein des airs, Et je frissonne encore et pâlis quand j’y pense.
O prunelles de feu. par où sans nul remords Celle qui fait trembler toute l'humaine engeance A trouvé le moyen d’entrer dans ce beau corps !
Il In redonnait clans scs apparitions; alors il sc prend à croire qu'elle ▼it encore; mais il est bientôt désabusé et se rappelle la date précise de sa mort.
Mon esprit croit revoir... il voit, reconnaît celle Pour qui le Léthé même a détourné son cours.
Telle que je la vis au printemps de ses jours,
Et des mêmes rayons son étoile étincelle î
Et comme au premier jour elle est sereine et belle, Pudique et recueillie en ses chastes contours!
Et je lui crie alors ; Tu vis, tu vis toujours,
Et j’écoute et j’attends ; oh ! me parlera-t-elle ?
Tantôt elle répond, et tantôt ne dit mot ;
Puis, à la vérité revenant aussitôt,
Je dis à mon esprit : Erreur, erreur profonde !
Ce fut le six d'avril treize cent quarante-huit,
A l’heure qui d’abord s’oft’re au soleil qui luit,
Que sa bienheureuse âme abandonna ce monde !
SONNETS
N'en déplaise aux dames qui croient avoir la beauté en partage, ce ne fut que dans Laure qu’ou put la trouver parfaite, et ce fut une exception que le ciel ne fera plut*.
Ce trésor qu'un instant voit naître et disparaître Comme l’ombre et le vent, et qu’on nomme beauté, Ici ne fut jamais, son beau corps excepté,
Réuni dans un seul , et pour mon mal peut-être!
Ce ne fut qu'une fois -, car le ciel n’est pas maître De donner tout à l’un, laissant la pauvreté Aux autres ; et vraiment c’est prodigalité,
Belles dames, pardon, ô vous qui croyez l’être!
Non, jamais ici-bas ne fut et ne sera line beauté pareille, et pourtant si cachée,
Et si pure, qu'ici le monde l’ignora.
Elle n’est plus; mon âme alors s’est attachée A soulever enfin ce bandeau de mes veux Qui me cache ici-bas son éclat radieux !
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