A I). LÉONORE DESTE
U met la beauté de l'aine au-dessus de la beauté du corps : combien il enviera l’époux qui lui est destiné!
Il est une beauté qui peut plaire à la foule Et dont les jeunes cœurs subissent le pouvoir,
Édifice léger qui par le temps s’écroule,
Corps frêle dont les yeux sont le plus beau miroir!
C’est la feuille des bois qu’entraîne l’eau qui coule; Beauté que le destin un instant nous fait voir,
Üuand sa main la retire, elle en brise le moule ;
Bien fou qui met en elle un périssable espoir !
Plus noble est la beauté dont tu dois être fière,
C’est la beauté de l’âme;... humble en ton sanctuaire, Attends, et tu verras chacun à tes genoux.
Si tu sais embellir ta beauté naturelle
Par les dons de l’esprit, oh ! bien heureux l’époux
Pour qui tu te feras si charmante et si belle!
LE TASSE
Il voit sa dame cueillir des fleurs sur les rives dt lu limita.
J’ai revu sur ces bords une Nymphe admirée,
Qui des fleurs de ces lieux nuançait les couleurs:
Et plus elle en cueillait de sa main adorée,
Plus, sous ses beaux pieds blancs, il renaissait de fleurs.
De ses cheveux flottait chaque tresse dorée,
Dont l'Amour fait un nœud pour enchaîner les cœurs, Et j’ouvris, à sa voix, mon oreille enivrée.
Et mon front s’inclina sous ses regards vainqueurs.
La Brenta, qui la vit errer sur son rivage,
A suspendu son cours, et fit, |>our son visage,
Un miroir de ses flots arrêtés sous sa loi.
O Nymphe, dis-je alors, ta belle image blonde,
Lorsque tu vas partir, va s’effacer de l’onde,
Mais au fond de mon cœur je 1’emporte avec moi.
SONNKTS.
VH.
Quelquefois il s’élève à la contemplation des choses célestes; mais la heaute de sa dame le ramène ici-bas.
L’âme, avide toujours d’espace et de lumière, Jusqu’aux cieux, quelquefois, s’élance hardiment, Mais son corps aussitôt lui pèse, et promptement Elle abaisse le vol de son aile trop fière ;
Car ici-bas l’Amour, qui la veut prisonnière,
Si doucement l’appelle, et l’engage, et lui tend De roses et de lis un piège si charmant,
Que ce nouveau bonheur la retient tout entière.
C’est ainsi que l’oiseau, dans les airs envolé, Attiré par la faim, redescend sur la terre,
Et rentre dans sa cage, en captif volontaire.
Ainsi, par votre voix, je me sens rappelé,
Et mon âme, un instant dans le ciel égarée, Revient trouver en vous sa prison adorée.