DU TASSE
SOYNITS.
HYMNE A L’AMOl IL
Ame de l’univers, esprit mystérieux,
L’Amour trace au soleil sa course au sein du monde, Et guide au firmament cette éternelle ronde Que dansent à sa voix les astres radieux.
Sous sa puissante loi, l'eau retlète les cieux,
Le feu vit, l’air soupire, et la terre est féconde,
Et l’homme, dont le cœur est mouvant comme l’onde, Est tour à tour craintif, misérable ou joyeux.
Mais, s’il a créé tout, ordonné toute chose,
Si, par sa volonté, tout se meut ou repose,
Son empire est plus grand encor sur les mortels;
Bien qu’il ait des palais de saphir et de flamme,
Il a fait son séjour des beaux veux de la femme,
Et dans le cœur de l’homme il a mis ses autels!
LF. TASSE.
Il raconte l'â^e où il détint amoureux, et dépeint la dame dont son cœur
est épris.
Ma vie était déjà dans son beau mois d’avril;
Fleur du printemps, mon âme, à peine épanouie, Cherchait, dans chaque rêve, une forme, un profil De celle qui devait un jour guider ma vie,
Quand elle m’apparut comme un ange en exil;
Et, bien quelle ait laissé dans son autre patrie Ses ailes, je le sens. Dieu me l’avait choisie Pour en donner soudain à mon esprit subtil.
0 prodige ! à mes vers elle a prêté ses ailes,
Et moi j’en attachais à son nom de plus belles,
Et l’un par l’autre, ainsi, nous volions vers les deux,
C’est elle qui m’apprit à chanter sa louange;
A mes désirs ardents elle a donné le change
Et me rend doux les pleurs tpie répandent mes yeux.
SON.NKTS.
H a bien fait un choix cuire trois daines de môme nom ( I j et de même beauté, mai* il les confond quelquefois à cause de leur ressemblance : son cœur en garde le repentir.
Trois dames de haut rang, nobles, jeunes et belles,
Au printemps de mes jours m’ont naguère enchanté; Un air de ressemblance animait leur beauté,
Et semblait dire à tous : Nous sommes sœurs jumelles.
J’ai célébré les trois, mais il est une d’elles Qui m’a si bien charmé, que, d’amour transporté, Pour elle seulement j’ai pleuré, j’ai chanté;
Je rendrai sa mémoire et ma flamme immortelles.
Si je regarde encor les autres aujourd’hui,
C’est |>our voir sa beauté dans la beauté d’autrui,
Et dans l’idole alors c’est elle que je prie.
Mais parfois je confonds erreur et vérité,
Tant l’image ressemble à la réalité ;
Puis mon co»ur se repent de cette idolâtrie.
(1) Elles portaient toutes trois le nom de Léonore : c’était D.Juéonoiv d'Este, Lt*onore Snnvitali, duchesse «le Scandiano, et Léonore
l.K TASSE.
Il ne le cède en ainour n personne, seulement il le cache.
Je ne le cède en rien à tous ceux dont le cœur Affiche à tous les veux leur flamme intéressée,
Car mon amour à moi, caché dans ma pensée,
N’ose encore au soleil épanouir sa fleur.
Le regard plein de feu, le front blanc de pâleur,
Que d’autres, affectant une cour empressée, Échauffent à l’envi leur parole glacée,
Leurs soupirs et leurs vers, pour peindre leur ardeur ;
Laissez-les, jour et nuit, de leur foule indiscrète, Vous poursuivre partout, et l’hiver et l’été,
Tels que les chiens de chasse une biche inquiète ;
Pour moi, nul dans mon cœur ne voit votre beauté;
Je me vante à moi seul de ma flamme secrète,
Et je suis seul témoin de ma fidélité.
SONNKTS.