A D. LÉONORE D’ESTE
Dans ce parc ombragé qui j>our vous se décore Des chefs-d’œuvre des Grecs et de l’antiquité,
Mon i>enser me ramène, ô belle Léonore ;
Car je sens, loin de vous, mon cœur trop agité.
A l’ombre de ces bois qui retardent l’aurore,
Seul, étendu sur l’herbe et d’amour trans|>orté, J’espère raconter, sur ma lyre sonore,
Les conduits des héros à la postérité.
Les arbres, les ruisseaux qu’un doux murmure agite, M’apprendront à chanter le grand nom d’Hippolyte (t), Et ma muse va prendre un essor merveilleux.
A travers les remparts de nos Alpes, quel ange M’a ramené vers vous pour chanter sa louange,
Le front ceint des lauriers qu’il planta dans ces lieux?
(1) Le cardinal Hippolyte d'Kste, à qui l'AriosIc cl le Tasse ont adresse tant de louanges.
LE TASSK.
il loue les lH>au(és «le In dame qu’il aime, el célèbre sa ImhioIic sur
toutes choses.
Quand l'or de ses cheveux flotte aux vents, elle est belle, Belle, quand ses beaux yeux font un doux mouvement, Belle, quand la pudeur donne à son front charmant Les roses el l’éclat de la neige nouvelle.
Nous fait-elle un salut, ou bien incline-t-elle Son beau front sur sa main, elle est belle, vraiment!
Et belle en ses dédains, quand je la crois cruelle,
Quand j'achète la gloire au prix de mon tourment!
Mais ce qui passe encore en beauté toute chose,
C’est son divin sourire et sa bouche mi-close,
Porte dont les rubis dessinent le contour;
C’est le seuil du palais où l’âme est prisonnière,
Et d’où sortent souveilt les messagers d'amour Pour porter autour d'eux ou la paix ou la guerre.
SONNETS
Il s'excuse de ne pouvoir cacher la violence de son amour.
Ma fière souveraine, en se laissant aimer,
Impose à mon amour le dur frein du silence;
Mais comment pourra-t-elle, ignorant ma souffrance, Me donner le secours qui peut me ranimer?
Comment, plein de l’amour qui vient de m'enflammer, Pourrais-je de mon mal cacher la violence ,
Lorsque de ma poitrine une flamme s’élance Telle que le Vésuve en peut seul allumer ?
Hélas! je me tairai, parce qu’on peut se taire;
Mais puis-je dérober aux regards de la terre Le sang de ma blessure et le feu de mon cœur?
J’ai dans un faible corps une trop grande flamme;
Si malgré moi souvent j’ai trahi son ardeur,
C’est la faute d’ Amour et celle de ma Dame.
il peint la jalousie qui le dévore.
Amant jaloux, partout j’ouvre et darde mes veux,
Et je vois mille écueils dont ma route s’encombre;
A chaque instant j’ai peur d’un fantôme et d'une ombre, Et m’effarouche, ainsi qu’un cheval ombrageux.
Si son sourire adresse un espoir plus heureux ,
Si, plus tendres, ses yeux étoilent le ciel sombre,
Si, de pitié touchée, à ses amants sans nombre Elle daigne accorder un sort moins rigoureux,
Je crains qu’on n’en profite, en cet instant propice .
Et c’est pour mon amour un rude sacrifice De la voir prodiguer ses rayons de beauté;
Si je n’en puis jouir, qu’au moins nul n’en jouisse,
Et, quand cet astre à tous refuse sa clarté,
Je vis heureux encor dans mon obscurité.
SONNETS
ii aime, el. avant <l<* mourir, il voudrait être aime.
Le souffle de l'amour sur vos lèvres respire, Entr’ouvre votre cœur comme une fleur au jour,
Et, dans vos yeux divins arrêtant son empire,
Ne cherche pas ailleurs de plus noble séjour.
Les beaux jours revenus, je rêve et je désire ;
Je revois dans vos yeux le printemps de retour,
Et je sens trop, hélas ! qu’au souffle du zéphire , Comme aux bois la verdure, au cœur revient l’amour.
Aussi, lorsque l’amour, qui déchire et qui brûle, Émané de vos yeux, autour de vous circule,
D’un seul de ses soupirs, d’un soupir enflammé
Il peut rendre au bonheur l’infortuné qui pleure,
Car il me suffirait, avant que je ne meure,
D’entendre ces deux mots : Amant, amant aimé!