AU DUC DE FERRARE
Eu échange de son portion, il lui offre l’immortalité.
Ce sonnet et le suivant paraissent avoir été écrits en prison.
Quand la mort t’atteindra d’un pas lent, mais trop sûr, Quand le juge éternel qui punit ou fait grâce,
Près des rois tes aïeux t’aura fait prendre place Sur les trônes dorés qu’environne l’azur,
Tu verras sous tes pieds chaque empire qui passe S’élever et tomber comme tombe un fruit mûr;
Tu verras les palais des enfants de ta race Aussi bas que le chaume où dort le pauvre obscur;
Tu verras et Memphis, et Rome, et Babylone,
Trois cadavres épars dont l’univers s’étonne,
Cacher dans le gazon leur front ensanglanté.
Mais le poète seul partage les couronnes A l’image de Dieu... Je puis, si tu pardonnes.
Te donner, sur la terre, une immortalité.
LE TASSE
A GONZALVE, poète tragique espagnol.
Il le remercie de scs drames qui le consolent et lui font sentir de la pitié même pour d’autres malheurs que les siens.
Oui peut, si ce n’est toi, balancer la colère Qui, puissante, s’attaque à mes esprits lassés?
Qui peut, si ce n’est toi, distraire mes pensers l)u fol attachement où ma raison s’altère,
Gonzalve, et, s’il est vrai qu’une plainte étrangère Soit un surcroît de |>eine aux cœurs déjà blessés, Comment se fait-il donc que des vieux temps passés, Dans tes nobles récits, la douleur me soit chère?
Oui pourrait adoucir par l’exemple d’autrui L’amertume des pleurs que je verse aujourd’hui.
Sinon les beaux écrits que ta bonté m’envoie?
Ah ! la vie est une ombre, et j’apprends avec toi Que, pour le moins heureux, c’esi encore une joie De sentir la pitié pour d’autres que pour soi.
SONNKTS.
Il prit* le Temps de le consoler et «le découvrir son innocence
0 Temps! roi du présent, père de l’avenir,
0 vieux contemporain de toute la nature,
Par qui, dans l’infini que ton pas nous mesure, Tout naît, et vit, et meurt, et renaît pour mourir;
Mon cœur, triste, malade et lassé de souffrir.
Qui ne peut arracher, du fond de sa blessure, L’épine dont il sent la pointe et la morsure,
0 Temps, n’espère plus qu’en toi pour le guérir!
Ah î dans ce cœur, au moins, étouffe la pensée; Verse un baume d’oubli sur ma plaie embrasée. Fais briller dans ma nuit le soleil des palais (1),
Et que la vérité, par ton bras soutenue,
Sorte entin de son puits, pour apparaître nue A ces yeux aveuglés par des bandeaux épais.
La luce onde son pieni i reiy chiostri.
LK TASSE
LM