XXXIV
A IL VINCKNZO. Prince de Mantoik.
Je languis et je meurs dans le cachot affreux Où d’un prince irrité l'ordre cruel m’envoie.
Et j’ai honte et colère en me voyant la proie,
La fable et le jouet d’un public envieux :
Cependant la prison s’entr ouvrit à mes yeux,
Au seuil de cet enfer (4) qui sous mes pieds tournoie, Le jour où, plein d'amour, d espérance et de joie. Tu voyais l’hyménée accomplir tous tes vœux !
Et, peu d’instants avant l'heure de ma misère.
Ton regard bienveillant s’était tourné vers moi :
En qui donc espérer, si je n’espère en toi?
0 noble et jeune prince, écoute ma prière :
Si tu n’es pas ému, tu serais donc de pierre?
O temps, o mœurs des cours, ô cœurs de peu de foi !
Daté «le Saut' Anna.
(I) l/liupilal îles finis
SONNETS
Alî DUC DE MANTOUE.
Il impion* , au nom de son génie qui s’éteint, la vie, la raison et la
liberté.
Dans l'abîme où déjà je suis précipité,
Plus je sens mon corps faible et mon âme oppressée, Plus je sens, dans l’oubli, s’éteindre ma pensée,
Plus je me plains, et moins je me vois écouté.
Captif, je vois le ciel : mais pourquoi sa clarté Me paraît-elle pâle et parfois éclipsée?
Ces flambeaux dont la nuit au ciel est pavoisée,
Qui les couvre, à mes yeux, de cette obscurité ?
Et j’ai crié vers toi du fond de cet abîme:
Tends-moi, tends-moi la main pour sortir des enfers: Toi seul peux me sauver, ô prince magnanime!
Tu le peux,... tu le dois; et du poids de mes fers Si tu veux dégager l’aile de mon génie,
Tu le verras s’ouvrir une route infinie!
Daté dr Saul* Anna.