‹ Dante, Pétrarque, Michel-Ange, TasseChapitre 67 sur 88 · AUX PRINCESSES DE FERRARE · texte numérisé non relu

AUX PRINCESSES DE FERRARE

SœUrs d’ Alphonse, voici la troisième journée Qui se lève, depuis qu'en ce cachot obscur De vos yeux et du ciel je ne vois plus l'azur,

Depuis qu’aux vils railleurs ma vie est condamnée.

Partout autour de moi ma douleur indignée Ne voit que trahison et dédain lâche et dur ;

Seul, lorsque j’y descends, je trouve mon cœur pur Et ne méritant point pareille destinée.

Oui, mon cœur est encor le plus noble des cœurs; Si vous pouviez le voir tel qu'il est, nobles sœurs, Vous y verriez toujours resplendir votre image;

Oh! rendez votre vue a mon œil obscurci....

Mais peut-être qu'hélas! vous méprisez aussi Ce cœur, temple fidèle où je vous rends hommage.

Daté de Saut' Anna.

SONNETS

Heureux et lier de l'intérêt que lui portent les princesses, il se compare à Promélhée, el se félicite de ses souffrances.

tilles du grand Hercule (1), est-ce la vérité,

Ou bien d’un vain espoir l’illusion nouvelle?

L'amour vous fait pleurer sur ma captivité,

Ma soutï'rance’est bénie et ne m’est plus cruelle.

Je ne demande plus d'autre félicité.

Maintenant, si je meurs, la cause en est si belle,

Que la mort me conduit à l’immortalité Et déjà me prépare une gloire éternelle.

Ce cœur qui sous le bec de l’éternel vautour Se tord dans la douleur, meurt et naît tour à tour, Châtiment de la flamme au ciel moine ravie;

Ce cœur est bien mon cœur, mais heureux si l'amour Lui fait trouver encore, au gré de son envie,

Hans les tourments la joie, et dans la mort la vie!

Daté de Saut’ Anna.

(1) Le duc Hercule d’Este.

LK IASSK.

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