‹ DantonChapitre 110 sur 208 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

est prêt à se lever, et cependant le peuple était tranquille. Il n'y avait pas de marche plus sûre pour amener Dumouriez à ses fins, que de ravaler la Convention et de faire valoir Dumouriez ; c'est ce qu'a fait Danton.

Pour protéger la conspiration, il fallait exagérer les dangers de la patrie, c'est ce qu'ont fait Delacroix et Danton. On savait qu'en parlant de revers, il en résulterait deux choses : la première, que les âmes timides se cacheraient; la seconde, que le peuple, en fureur de se voir trahi, se porterait à des mouvements qu'il est impossible de retenir.

En criant sans cesse contre la faction des hommes d'État , ne scmble-t-il jas qu'on se ménageait ici un mouvement, tandis que Dumouriez se serait Avancé à la tète de son armée?

Citoyens, voilà les nuages que j'ai vus dans la conduite de vos commisses. Je demande, comme Danton, que vous nommiez une commission ad pour examiner les faits et découvrir les coupables. Cela fait, je vous pro- ^e une mesure de salut public. Je crois que la conduite de Dumouriez, mal me de son armée, pourrait produire quelques mouvements funestes. Il | l'éclairer; il faut qu'elle et la France entière sachent les mesures que avez prises ; car Dumouriez est comme le fut jadis Lafayette, l'idole de [publique. [De violents murmures et des cris: Non, non ! s'élèvent dans toutes pics de la salle.) Pour prévenir les inquiétudes que nos revers ont pu |u\Hre dans l'âme des Français, il faut que la nation sache que si l'armée ftattue, c'est qu'elle a été trahie; il faut que la nation sache que tant général a voulu la liberté, l'armée a marché à des triomphes, -mine par une observation : vous voyez maintenant à découvert le |e ceux qui parlaient au peuple de couper des têtes, vous voyez s'ils lient pas la royauté. Je sais bien que le peuple ne la voulait pas, îtait trompé. On lui parle sans cesse de se lever. Eh bien! peuple lève-toi, suis le conseil de tes perfides ennemis, forge-toi des frar c'est la liberté qu'on veut perdre, et non pas quelques memhrcs^VB| Convention.

Et vous, mi s collègues , souvenez-vous que le sort de la liberté est entre souvenez-vous que le peuple veut la justice. Il a vu assez longipitole et le trône* il veut voir maintenant la roche Tarpéienne Jd. (Applaudissements.) Le tribunal que vous avez créé ne marche je demande :

mde compte tous les trois jours des procès qu'il a jugés et de ^■struit ; de cette manière on saura s'il a fait justice. ï' h* demai -I que les citoyens Égalité et Sillery, qui sont inculpés, mais que je su^|Rn de croire coupables, soient mis en état d'arrestation chez eux. 3" Je (^Hide que la commission demandée par Danton soi! à l'instant

cès-verbal qui vous a été lu soit imprimé, envoyé aux départearmées, qu'une adresse soit jointe à ce procès-verbal; ce ant; car, lorsque le peuple voit une adresse de l'Assemblée it voir un oracle. Je demande enfin, pour prouver à la nation

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que nous ne capitulerons jamais avec un tyran, que chacun d'entre nous prenne rengagement de donner la mort à celui qui tenterait de se faire roi ou dictateur. {Une acclamation unanime se fait entendre ; Les applaudissements et les cm; Oui, oui! se répètent à plusieurs reprises L'assemblée entière est levée; tous les membres, dans l'altitude du serment, répètent celui de Lasource. Les tribunes applaudissent. )

Biroteai". — Je demande la parole pour un fait intéressant.

Au comité de défense générale, où Ton agita les moyens de sauver la patrie, Fabre d'Églantine, qu'on connaît très lié avec Danton; qui, dans une séance précédente avait fait son éloge, Fabre d'Églantine, dis-je, annonce qu'il avait un moyen sûr de sauver la république, mais qu'il n osait pas en faire part, attendu qu'on calomniait sans cesse les opinions. On le rassura, en lui disant que les opinions étaient libres, et que d'ailleurs tout ce qui se disait au comité y demeurait enseveli. Alors Fabre d'Églantine à mots couverts proposa un roi. [De violents murmures se font entendre.)

Plusieurs membres s'écrient à la fois. - Cela n'est pas vrai !

Danton. — C'est une scélératesse : vous avez pris la défense du roi, et vous voulez rejeter vos crimes sur nous.

Biroteai . - - Je vais rendre les propres paroles de Fabre avec la réponse qu'on lui lit. Il dit... (De nouveaux murmures s'élèvent.)

Delmas. — Je demande la parole au nom du salut public.

Citoyens, je me suis recueilli ; j'ai écouté tout ce qui a été dit à cette tribune. Mon opinion est que l'explication qu'on provoque dans ce moment, doit perdre la République. Le peuple vous a envoyés pour sauver la chose publique; vous le pouvez; mais il faut éloigner cette explication; et moi aussi j'ai des soupçons, mais ce n'est pas le moment de les éclaircir.

Je demande que l'on nomme la commission proposée par Lasource ; qu'on la charge de recueillir tous les faits, et ensuite on les fera connaître au peuple français.

La proposition de Delmas est adoptée unanimement.

Danton. — Je somme Cambon, sans personnalités, sans s'écarter de la proposition qui vient d'être décrétée, de s'expliquer sur un fait d'argent, sur 100 mille écus qu'on annonce avoir été remis a Danton et à Delacroix, et de dire la conduite que la commission a tenue relativement à la réunion...

Plusieurs voix. — Le renvoi à la commission!

Celte proposition est décrétée.

Danton retourne à sa place; toute l'extrémité gauche se lève, et l'invite à retourner à la tribune pour être entendu. {Des applaudissements s'élèvent dans les tribunes et se prolongent pendant quelques instants.)

Danton s'élance à la tribune.— (Les applaudissements des tribunes continuent avec ceux d'une grande partie de l'Assemblée.)

Le président se couvre pour rétablir l'ordre et le silence.— {Le calme renaît.)

Le Pre'sident. —Citoyens, je demande la parole, et je vous prie de m'écouter en silence.

Différentes propositions ont été faites : on avait provoqué une explication

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