CHAPITRE VII
tances voisines font des préparatifs sur nos frontières; quand il aura la conviction que ces préparatifs sont dirigés contre nous, ne doit-il pas tacher de les prévenir? En théorie, en raison et en justice, l'agression, là, n'est pas une guerre offensive. Quand je vois un ennemi qui me couche en joue, je tire sur lui le premier, si je peux, et je ne fais en cela que me défendre. Voilà donc un genre de guerre que les puissances ennemies caractériseront peutcire de guerre offensive, mais qui ne sera que purement défensive, et que le corps législatif doit pouvoir déclarer.
Une guerre offensive serait celle où, sans aucune provocation, nous combinerions des attaques inopinées et injustes, dans des vues d'agrandissement de notre territoire. Le corps législatif ne serait jamais secondé dans une telle entreprise. Sans doute, si des puissances ennemies nous ont suscité une guerre injuste, si elles nous ont entraîné à des dépenses énormes, nous pouvons séquestrer momentanément une portion de leur territoire, pour nous indemniser; mais c'est encore au corps législatif à veiller à cet égard aux intérêts de la nation. Celte espèce de séquestre sera une chose tellement juste et simple, qu'il n'y aura aucune nécessité de convoquer le peuple pour le faire.
Thuriot dans sa réplique avait demandé que la déclaration de guerre fut mise au nombre des lois, et, à ce titre, soumise à la ratification du peuple.
Danton reprit. — Je demande a expliquer ma pensée, et à proposer un moyen conciliatoire. S'il est possible de combiner la manière de retarder le fléau de la guerre, et la rigueur des principes avec la nécessité d'une défense, ce moyen doit s'appliquer à la guerre défensive : car si la guerre offensive est toujours injuste, celle-ci peut quelquefois s'éviter par quelques sacrifices ; et ces sacrifices, il n'appartient qu'au peuple de les faire. Supposez que le corps législatif voie dans l'attitude de l'Europe une apparence de guerre, il faut qu'il soit autorisé à faire immédiatement tous les préparatifs de défense; il faut même, si la sûreté de l'État l'exige, qu'il puisse porter les premiers coups à l'ennemi, ce que j'appelle un acte légitime de défense contre #h ennemi déclaré; mais ces préparatifs, et même ce commencement d'hostilités n'empêche pas que le peuple ne soit ensuite convoqué pour délibérer sur la nécessité de terminer ou de convoquer la guerre. Je me réfère donc à demander que la déclaration soit soumise à une ratification populaire dont le mode sera fixé, et que le comité de salut public soit chargé de présenter la rédaction de ce principe.
L'Assemblée décrète ces propositions.
{Moniteur du 18 juin 93.)
On avait répandu à nouveau dans le Calvados le bruit d'une prétendue dictature partagée entre Danton, Marat, Robespierre
258 DANTON (l79ô).
et Garât. A ce propos l'Ami du peuple répond à l'égard de Danton :
Il réunit et les talents et l'énergie d'un chef de parti, mais ses inclinations naturelles l'emportent si loin de toute idée de domination, qu'il préfère une chaise percée à un trône.
(Maral, lepubliciste de la République, n*221.)
A coup sûr, Marat aurait mieux choisi le trône qu'il destinait à Danton, s'il se fut rappelé l'éloge qu'il en avait fait plus haut comme orateur.
Encore une preuve de plus que Danton si violent en parole inclinait toujours à la clémence quand il s'agissait de l'application d'un décret.
Levasseur venait d'annoncer que deux bataillons de la Gironde voulaient quitter l'armée pour retourner dans leurs départements; il proposait en conséquence de décréter que les bataillons qui quitteront leur poste seront déclarés traîtres à la patrie et traités comme tels.
Danton. — Il est impossible de rendre un pareil décret. Ce ne sont point les bataillons qui sont coupables, ce sont quelques scélérats qui sèment la division dans les armées, et à cet égard je demande que le ministre de la guerre prenne des renseignements sur les malveillants, et nous en rende compte ; mais il ne faut point calomnier les bataillons, comme il ne faut point dire non plus que les départements sont en révolte ; mais bien que les administrateurs sont d'adroits coquins qui veulent envahir la puissance nationale. N'en doutez pas, le vœu national s'est manifesté, la conduite de Buzot est jugée; citoyens, vous avez créé une constitution populaire et elle sera rivée par le peuple, et la France entière se ralliera autour d'elle. Or, si dans un moment où la France n'avait point encore de gouvernement, l'étranger n'a pu entamer le territoire de la République, quel sera donc le peuj^ français lorsqu'il défendra cette constitution qui devient son ouvrage. Ranimez les sociétés populaires; car il ne faut pas que la législature qui va bientôt se former, soit influencée par ce modérantisme et ce lâche Brissoltisraequi a faibli nous perdre. Il faut qu'elle soit composée à la fois d'hommes capables de conserver votre ouvrage et de diriger le mouvement révolutionnaire. Je demande l'ajournement de toutes les propositions relatives aux bataillons, jusqu'à ce que nous ayons reçu des renseignements plus certains. Je demande aussi qu'en envoyant à Paris deux, députés pour apporter le procès-verbal de son vote pour la constitution, chaque Assemblée primaire envoie deux hommes armés qui, réunis à Paris, pourront former une armée centrale de réservé pour rétablir la paix intérieure, et se porter aux points