CHAPITRE VII
des frontières où la République serait le plus iraminemment menacée. {On applaudit.)
La proposition est renvoyée en comité de salut public. [Moniteur du 9 juillet 93.)
Si nous avons bien suivi tous les détails qui précèdent sur l'homme qui nous occupe dans ce livre, on a dû remarquer qu'il fut toujours en butte aux mêmes insinuations; après les royalistes purs les constituants, après ceux-ci les Girondins, après la Gironde les Jacobins ; et toujours même tactique. Décidément, il est bon de le répéter, ce n'est pas impunément qu'on se montre supérieur par son talent ou par son caractère. Qu'est-ce, à plus forte raison, quand un citoyen excelle à la fois et par le cœur et par l'intelligence?
Nous allons voir poindre la calomnie dans le trait qui va suivre. Pour être légères encore, presque insignifiantes en apparence, ses tentatives n'en sont pas moins remarquables.
Club des Jacobins.
Le ministre de la marine écrit une lettre dans laquelle il répond aux inculpations dirigées contre lui dans la dernière séance parles citoyens Essendi et Issoire. Il a nommé un homme suspect pour inspecter le port de Toulon, mais cet homme lui fut présenté par un membre du comité de salut public qui répondait de son civisme et de ses talents. (Il s'agit ici de Peyron présenté au ministre par Danton. )
Danton. — Je demande que la lettre du ministre me soit communiquée; car c'est moi qui, après avoir pris des renseignements auprès de Granct de Toulon et d'autres patriotes, ai dit au ministre qu'après tout on pouvait envoyer à Toulon l'homme dont il s'agit, en prenant toutefois la précaution de le faire surveiller par d'autres.
(On lit une seconde fois la lettre du ministre.)
Danton.— Je n'ai qu'une très petite explication à donner sur cet article à la société. Je ne m'occupe pas de la dénonciation en elle-même qui ne regarde que le ministre ; c'est à lui à se disculper. S'il est comme moi, il ne craindra jamais les dénonciations.
Je n'ai qu'un point de contact en cette affaire et c'est celui de la recommandation que j'en ai fait au ministre. Voici les faits.
J'ai vu Peyron cinq à six fois, particulièrement lors de l'arrivée des Mar-
seillais à Paris; il me sembla excellent patriote. Il me dit qu'il avait commandé les 6,000 hommes levés à Marseille par nos commissaires, et qui devaient se transporter d'ici aux frontières du Nord. J'appris qu'il avait été emprisonné par le tribunal anti-populaire établi alors dans cette ville. C'en fut assez pour fixer mon opinion.
Que voulait-on que je fisse? Quel intérêt avais-je de procurer une place à Peyron? Mais d'ailleurs je n'ai point répondu de Peyron. Si j'eusse dit au ministre, voilà un homme dont je suis sûr, employez-le sur ma parole, je serais véritablement responsable des fautes qu'il aurait pu commettre ; mais lorsque j'y mets la condition expresse de ne l'envoyer qu'en le faisant surveiller lui-même, je crois que mes intentions doivent être à l'abri du soupçon comme du reproche. Je sens bien qu'on a dû envenimer prodigieusement cette démarche aux yeux de la société.
Il est impossible que quand j'étais enchaîné au comité de salut public, des hommes qui y avaient leur petit intérêt ne se soient pas déchaînés contre moi; qu'on ait fait circuler sur mon compte un tas de petites histoires fort bien imaginées, et qui ne laissent pas que d'obtenir créance dans l'esprit des faibles ou de ceux qui se laissent trop aisément prévenir; mais je vous dis la vérité, la vérité toute nue. J'ai cru faire à la République le cadeau d'un patriote et d'un homme à talent.
Un membre rappelle que dans la dernière séance on avait seulement cité le fait sans dénoncer.
Danton répète qu'il ignorait tous ces faits, mais qu'il savait seulement que Peyron avait été présenté par le tribunal soi-disant populaire ; que c'était pour lui une présomption favorable, et qu'on a eu tort de ne pas écrire un mot. Danton finit par déclarer qu'il sera toujours disposé à rendre à la société un compte exact de ses moindres actions.
{Journal de la Montagne, n* 43.)
Séance des Jacobins.
Desiieux déclare que dans la section de 92 on a nommé des commissaires pour aller dans le département de l'Eure, qu'ils sont entrés en accommodement avec les rebelles, auxquels ils ont promis leur grâce, s'ils voulaient s'en rapporter a eux.
Danton.— Ce n'est pas seulement la démarche en elle-même qui est criminelle, mais c'est un abus de pouvoir des plus grands. 11 y a ici un crime positif. Non seulement ils ont outrepassé leur mission qui était de fraterniser; mais ils se sont rendus coupables au premier chef, en promettant de leur propre mouvement et sans y être autorisés par la République, la grâce à des révoltés.
Je demande qu'ils soient traduits au tribunal révolutionnaire. Je demande qu'on éclaire partout les mêmes manœuvres. Un vieux coquin, Dupont de