CHAPITRE VII
A propos d'assignats Gambon avait formulé en ces termes une proposition qu'il présentait à l'Assemblée : « Si vous démonnayez dès aujourd'hui les assignats de 50 livres, vous allez occasionner une secousse; mais je ne vois pas de danger à démonnayer ceux d'une valeur d'au dessus de cent livres. » Quelques membres avaient demandé l'ajournement.
Danton.— Je demande à parler contre l'ajournement. Il y a plus de six mois que j'ai dit ici qu'il y a trop de signes représentatifs en circulation; il faut que ceux qui possèdent immensément paient la dette nationale. Quels sont ceux qui supportent la misère publique, qui versent leur sang pour la liberté, qui combattent l'aristocratie financière et bourgeoise? ce sont ceux qui n'ont pas en leur pouvoir un assignat royal de cent livres. Frappez, que vous importent les clameurs des aristocrates ; lorsque le bien sort en masse de la mesure que vous prenez, vous obtenez la bénédiction nationale. [On applaudit.) On a dit que cette loi aurait un effet rétroactif, c'est ici une loi politique, et toutes les lois politiques qui ont rasé le despotisme, n'ont-elles pas eu un effet rétroactif? Qui de vous peut les blâmer?
On a dit que celui qui n'a qu'un assignat de cent livres sera grevé, parce qu'il sera obligé de vendre son assignat. Je réponds qu'il y gagnera, car les denrées baisseront ; d'ailleurs ce ne sont pas les hommes de la Révolution qui ont des assignats. Soyez comme la nature, elle voit la conservation de l'espèce ; ne regardez pas les individus. (Applaudissements.) Si le despotisme triomphait, il ferait disparaître tous les signes de la liberté. Eh bien, ne souillez pas les yeux des amis de la liberté de l'image du tyran dont la tète est tombée sous le glaive de la loi. Les despotes de l'Europe diront : quelle est cette nation puissante qui par un seul décret améliore la fortune publique, soulage le peuple, fait revivre le crédit national, et prépare de nouveaux moyens de combattre les ennemis. Cette mesure n'est pas nouvelle, Canibon l'a longtemps méditée ; il est de votre devoir de l'adopter ; si vous ne l'adoptez pas, la discussion qui vient d'avoir lieu produira les inconvénients qui peuvent être attachés à la loi, et n'en présentera aucun avantage. Je ne me connais pas grandement en finances, mais je suis savant dans le bonheur de mon pays. Les riches frémissent de ce décret ; mais je sais que ce qui est funeste à ces gens est avantageux pour le peuple. (On applaudit.) Le renchérissement des denrées vient de la trop grande masse d'assignats en circulation ; que l'éponge nationale épuise cette grande masse, l'équilibre se rétablira. Je demande que la proposition de Cambon soit adoptée. {Moniteur du 1" août 93,)
Nous avons pu'remarquer déjà que Danton appuie presque toujours les mesures financières de Cambon; homme de génie lui-même, comment aurait-il été envieux de la supériorité des autres? je ne crois qu'à l'envie des impuissants.
2Ci DANTON (l79ô).
Les Girondins vaincus au 2 juin s'étaient pour la plupart répandus dans tous les départements de la France; au crime de n'avoir pas su sacrifier leurs ressentiments personnels au salut de la patrie attaquée de tous côtés par les armées étrangères, ils allaient ajouter celui d'allumer la guerre civile entre les Français; déjà les principaux s'étaient réfugiés dans le Calvados; ils y organisaient une armée contre-révolutionnaire à la tête de laquelle ils nommaient un royaliste, Wimpfen; il était permis de croire qu'ils s'unissaient ou tout au moins allaient s'unir à la Vendée triomphante; ils détachaient du parti de la Convention les fonctionnaires publics; la plus complète anarchie désorganisait le gouvernement; l'autorité centrale était méconnue; jamais, en réalité, le péril n'avait été plus imminent.
Danton monte à la tribune.
Couthon venait de proposer que l'on décrétât que tous les Français qui placeront des fonds sur la banque de Londres, tussent condamnés à une amende égale a la somme placée.
Danton. — J'appuie d'autant plus ces propositions, que le moment est arrivé d'être politique. Sans doute un peuple républicain ne fait pas la guerre à ses ennemis par la corruption, l'assassinat et le poignard. Mais le vaisseau delà raison doit avoir son gouvernail, c'est la saine politique. Nous n'aurons de succès que lorsque la Convention, se rappelant que l'établissement du comité de salut public est une des conquêtes de la liberté, donnera à cette institution l'énergie et le développement dont elle peut être susceptible. 11 a, en effet, rendu assez de services pour qu'elle perfectionne ce genre de gouvernement. N'en doutez pas.ee Cobourg qui s'avance sur votre territoire, rend le plus grand service à la République. Les mêmes circonstances que l'année dernière se reproduisent aujourd'hui; les mêmes dangers nous menacent... Mais le peuple n'est point usé, puisqu'il a accepté la constitution J'en jure par l'enthousiasme sublime qu'elle vient de produire. Il a, par cette acceptation, contracté l'engagement de se déborder tout entier contre les ennemis. {On applaudit.) Eh bien, soyons terribles, faisons la guerre en lions. Pourquoi n'établissons-nous pas un gouvernement provisoire qui seconde, par de puissantes mesures, l'énergie nationale. Je le déclare, je n'entrerai dans aucun comité responsable. Je conserverai ma pensée tout entière, et la faculté de stimuler sans cesse ceux qui gouvernent, mate je vous donne un conseil, j'espère que vous en profiterez. Il nous faut les mêmes moyens qu'emploie Pitt, à l'exception de ceux du crime. Si vous eussiez, il y a deux mois, éclairé les départements sur la situation de Paris; si vous eussiez répandu partout le tableau fidèle de votre conduite; si le ministre del'inté-