‹ DantonChapitre 138 sur 208 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

marcher la nation sur les frontières ; je me dis : qu'on me calomnie, je le prévois, il ne m'importe; dût mon nom être flétri, je sauverai la liberté. Aujourd'hui la question est de savoir s'il est bon que le comité de gouvernement ait des moyens de finances, des agents, etc., etc. Je demande qu'il ait à sa disposition cinquante millions, avec cet amendement, que les fonds resteront à la trésorerie nationale, et n'en seront tirés que sur des arrêts du comité.

Plusieurs autres membres parlant dans le sens de Barrère, Danton ajoute :

Je déclare que puisqu'on a laissé à moi seul le poids de la proposition que je n'ai faite qu'après avoir eu l'avis de plusieurs de mes collègues, même des membres du comité de salut public; je déclare, comme étant un de ceux qui ont toujours été les plus calomniés, que je n'accepterai jamais de fonctions dans ce comité ; j'en jure par la liberté de ma patrie.

La Convention renvoie la proposition à l'examen du comité de salut public.

{Moniteur du 3 août 93.)

Singulier ambitieux, il fait voter une institution qui n'a jamais eu sa rivale en puissance, et il refuse d'en faire partie ! Singulier dilapidateur, la puissance qu'il institue lui livre la clef du trésor public, et il jure que jamais il n'acceptera l'offre qu'on lui fait !

On va voir si le Mirabeau de la populace, sut dignement soutenir la dignité de la Convention comme président.

Une députation de Nantes vient réclamer en faveur d'un général destitué, elle termine par le vœu de voir, à l'époque du 10 août, les Français réunis jurer le respect des lois et l'oubli de toutes les haines. « Seulement alors, on pourra ne plus désespérer du salut de la patrie. »

Danton, président. — Sans être coupable, on n'a jamais pu dire qu'on désespérait du salut public. Vous venez réclamer la justice de la Convention en faveur d'un général qu'elle a destitué, d'un de ses membres qu'elle a accusé. La Convention distinguera toujours l'innocent du coupable. Le premier a tout à espérer de sa justice; le second doit la craindre. L'Assemblée vous invite à la séance.

{Moniteur du 4 août 93.)

A cette époque où rien ne se décidait que par la passion, il serait difficile de citer un discours animé d'un plus grand sentiment de justice que celui qu'on va lire.

Le ministre de l'intérieur comparaît à la barre, inculpé d'avoir proposé aux conseils généraux des questions insidieuses, celle-ci, par exemple : A-t-on confiance aux assignats?

Danton descend de son fauteuil. — J'espère que de cette discussion il ne ressortira ni exaspération, ni division. Je le dis à la Convention et à la nation entière, personne plus que moi ne rend justice aux intentions du ministre de l'intérieur Garât ; mais il a dans ses bureaux une infinité de gens suspects : par exemple, un Champagneux qui a servi Roland dans tous ses projets de corruption • tous ces hommes auraient dû disparaître de ses bureaux. Je crois que le ministre a outrepassé ses pouvoirs en convoquant les municipalités ; il devrait seulement tourner l'esprit public vers le grand développement de la force nationale. Quant à la question qu'il proposait sur les assignats, elle pouvait être nuisible; mais il ne faut pas ériger en conspiration ce qui n'est qu'une erreur.

Garât a bien servi la chose publique, lorsque la commission des douze ourdissait sa conspiration. Le ministre a de la philosophie, il aime la révolution, il n'a pas reçu de la nature cette fermeté de caractère nécessaire dans une grande secousse, pour lutter contre les orages. Au moment où l'on frappait des grands coups, il a montré de la faiblesse; il a été sur le point de donner sa démission. Je lui ai dit de rester à son poste, et de prendre pour règles de sa conduite, ses opinions philosophiques. Lorsque vous avez frappé du décret d'arrestation les trente-deux membres conspirateurs, il devait disséminer des écrits où cette mesure fut justifiée en montrant la vérité au peuple ; il devait employer tous les moyens pour éclairer la nation sur cette grande affaire ; mais le ministre ne doit point être confondu avec les commis; il y en a qui ont concouru avec Roland à pesliférer l'opinion publique , il aurait dû les chasser de ses bureaux.

Je crois que la Convention satisfaite des bonnes intentions du ministre, doit rapporter le décret d'arrestation rendu contre lui, et renvoyer tout ce qui concerne cette affaire au comité de salut public.

Le décret d'arrestation est rapporté.

Cependant la France est menacée d'une invasion nouvelle, Danton redevient ce qu'il était en 92. On peut dire sans métaphore que c'est lui qui va encore une fois armer le pays, soulever les masses, insurger les preux de la liberté.

Des députés envoyés par les Assemblées primaires sont admis à la barre, et demandent qu'immédiatement tous les suspects soient mis en état d'arrestation.

Danton. — Les députés des assemblées primaires viennent d'exercer parmi nous l'initiative de la terreur contre les ennemis de l'intérieur. Répondons à leurs vœux ; non, pas d'amnistie à aucun traître. L'homme juste ne

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