CHAPITRE VII
fait point de grâce au méchant. Signalons la vengeance populaire par le glaive de la loi sur les conspirateurs de l'intérieur; mais sachons donc mettre à profit cette mémorable journée. On vous a dit qu'il fallait se lever en masse; oui, sans doute , mais il faut que ce soit avec ordre.
C'est une belle idée que celle que Barrèrc vient de vous donner, quand il vous a dit que les commissaires des assemblées primaires devaient être des espèces de représentants du peuple, chargés d'exciter l'énergie des citoyens pour la défense de la constitution. Si chacun d'eux pousse à l'ennemi vingt hommes armés, et ils doivent être à peu près huit mille commissaires, la patrie est sauvée. Je demande qu'on les investisse de la qualité nécessaire pour faire cet appel au peuple ; que, de concert avec les autorités instituées et les bons citoyens, ils soient chargés de faire l'inventaire des grains, des armes, la réquisition des hommes, et que le comité de salut public dirige ce sublime mouvement. C'est à coups de canons qu'il faut signifier la constitution à nos ennemis. J'ai bien remarqué l'énergie des hommes que les sections nationales nous ont envoyés, j'ai la conviction qu'ils vont tous jurer de donner, en retournant dans leurs foyers, cette impulsion à leurs concitoyens. (On applaudit. — Tous les commissaires présents à la séance se lèvent en criant ; Oui, nous le jurons.) C'est l'instant de faire ce grand et dernier serment, que nous nous vouons tous à la mort, ou que nous anéantirons les tyrans. {De nouvelles acclamations se font entendre. Tous les citoyens selèvent, et, agitant en l'air leurs chapeaux : Oui, nous le jurons, est plusieurs fois répété dans toutes les parties delà salle et dans les tribunes.)
Je demande donc qu'on mette en état d'arrestation tous les hommes vraiment suspects; mais que cette mesure s'exécute avec plus d'intelligence que jusqu'à présent, où, au lieu de saisir les grands scélérats, les vrais conspirateurs, on a arrêté des hommes plus qu'insignifiants. Ne demandez pas qu'on les mène à l'ennemi, ils seraient dans nos armées plus dangereux qu'utiles. Enfermons-les, ils seront nos otages. Je demande que la Convention nationale, qui doit être maintenant pénétrée de toute sa dignité, car elle vient d'être revêtue de toute la force nationale ; je demande qu'elle décrète qu'elle investit les commissaires des assemblées primaires du droit de dresser l'état des armes, des subsistances . des munitions , et de mettre en réquisition 400 mille hommes contre nos ennemis du Nord. (On applaudit.)
Les deux propositions de Danton sont décrétées. (Moniteur du 14 août.)
En quoi le Danton de 93 est-il inférieur au ministre de la justice de 92? Voilà pourtant une assertion passée à l'état de vérité historique. Il y a deux mois il faisait décréter le comité de salut public, hier c'était le gouvernement révolutionnaire, aujourd'hui il crée une armée de 450,000 hommes au moyen d'une simple motion, et le Montagnard, dit-on, a perdu de son énergie ! Ne qualifions pas les appréciateurs.
Le jour même où il armait les frères aînés, il faisait décréter que l'instruction serait donnée gratuite aux plus jeunes.
Danton. — Citoyens, après la gloire de donner la liberté à la France, après celle de vaincre ses ennemis, il n'en est pas de plus grande que de préparer aux générations futures une éducation digne de la liberté ; tel fut le but que Pelletier se proposa. Il partit de ce principe que tout ce qui est bon pour la société doit être adopté par ceux qui ont prit part au contrat social. Or, s'il est bon d'éclairer les hommes, notre collègue assassiné par la tyrannie, mérita bien de l'humanité. Mais que doit faire le législateur? Il doit concilier ce qui convient aux principes et ce qui convient aux circonstances. On a dit contre le plan que l'amour paternel s'oppose à son exécution : sans doute il faut respecter la nature, même dans ses écarts. Mais si nous ne décrétons pas l'éducation impérative, nous ne devons pas priver les enfants du pauvre de l'éducation.
La plus grande objection est celle de la finance; mais j'ai déjà dit qu'il n'y a point de dépense réelle là où est le bon emploi pouiTintérêt public, et j'ajoute ce principe, que l'enfant du peuple sera élevé aux dépens du superflu des fortunes scandaleuses. C'est à vous, républicains célèbres, que j'en appelle; mettez ici tout le feu de votre imagination, mettez-y toute l'énergie de votre caractère; c'est le peuple qu'il faut doter de l'éducation nationale. Quand vous semez dans le vaste champ de la République, vous ne devez pas compter le prix de cette semence. Après le pain, l'éducation est le premier besoin du peuple. (On applaudit.) Je demande qu'on pose la question : sera-t-il formé aux dépens de la nation des établissements, où chaque citoyen aurâ la faculté d'envoyer ses enfants pour recevoir l'instruction publique?
Et plus loin.
C'est aux moines, cette espèce misérable, c'est au siècle de Louis XIY, où les hommes étaient grands parleurs connaissances, que nous devons le siècle de la philosophie, c'est à dire de la raison mise à la portée du peuple ; c'est aux jésuites qui se sont perdus par leur ambition politique, que nous devons ces élans sublimes qui font naître l'admiration. La République était dans les esprilsvingt ans au moins avant sa proclamation. Corneille faisait desépîtres dédicatoires à Montholon, mais Corneille avait fait le Cid, Cinna; Corneille avait parlé en Romain, et celui qui avait dit : « Pour être plus qu'un roi tu te crois quelque chose, » était un vrai Républicain.
Allons donc à l'instruction commune; tout se rétrécit dans l'éducation domestique, tout s'agrandit dans l'éducation commune. On a fait une objection en présentant le tableau des aflections paternelles ; et moi aussi je suis père, et plus que les aristocrates qui s'opposent à l'éducation commune, car ils ne sont pas sûrs de leur paternité. (On rît.) Eh bien, quand je considère ma personne relativement au bien général, je me sens élevé; mon fils ne m'appartient pas, il est à la République ; c'est à elle à lui dicter ses devoirs pour qu'il la serve bien.