‹ DantonChapitre 147 sur 208 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

ce sont de petits intrigants qui ont usurpé le nom d'un grand homme, pour donner de l'importance à leurs petits moyens. [Journal de la montagne, 143.)

Ici, nous trouvons, en effet, une lacune de six semaines environ ; ce qui ne veut pas dire que Danton se soit absente; pendant un mois et demi, mais qu'il ne prit pas la parole à lu Convention ou bien aux Jacobins, ou que ses paroles n'ont pas été reproduites. Et quand il se serait reposé après quatre années d'une telle lutte, qui oserait le lui reprocher? Et quand ses forces se seraient momentanément épuisées, avons-nous prétendu qu'il fût plus qu'un homme? I/odieux, en ce cas, a été de faire entendre que cette fatigue provenait d'excès conjugaux, et cela pour faire suite à des insinuations d'habitudes de débauches. Pour preuve d'impartialité, à défaut de vices publics, on lui en a supposé de privés; il semble qu'on ait peur de trouver un homme complet; nous ne prétendons pas que Danton l'ait été, mais nous ne voulons reconnaître pour vrai que ce qui est démontré.

Pendant ces six semaines Danton s'était retiré à Arcis au sein de sa famille, au milieu de laquelle il aimait tant h se trouver.

Cependant de grands événements s'étaient accomplis. Lyon avait été prise par Kellermann, nous étions vainqueurs à Wattignies, et le 31 octobre vingt et un conventionnels, désignés sous le nom de fédéralistes, étaient conduits à l'échafaud. Ici qu'on nous permette de dire ce que pensait Danton de cette déplorable nécessité. On n'a pas oublié tous les efforts qu'il gvait faits pour amener les Girondins, au nom de la patrie, ù des concessions d'amour-propre ; on sait à quelles odieuses personnalités ils se portèrent contre le chef de la Montagne, il n'est pas de forfaits dont ils ne l'aient accusé sans pouvoir jamais apporter une preuve authentique ; on se rappelle enfin que ce n'est qu'à bout d'efforts, et se voyant en danger lui-même, qu'il se résigna à les sacrifier au 31 mai. Voici ce que rapportent à l'occasion du supplice, les fils mêmes de Danton :

Il se promenait dans son jardin avec M. Doulet qui, sous r empire, fut longtemps maire de la ville. Arrive une troisième personne tenant un journal à la main. — « Bonne nouvelle ! bonne nouvelle ! — Quoi? dit Danton. — Les

Girondins sont condamnés et exécutés. — Et tu appelles cela une bonne nouvelle, malheureux! s'écrie Danton dont les yeux s'emplissent aussitôt de larmes. — Sans doute, n'étaient-ils pas des factieux?-- Des factieux? Est-ce que nous ne sommes pas des factieux? Nous méritons tous la mort autant que les Girondins ; nous subirons tous les uns après les autres le même sort qu'eux. »

(D'après le mémoire des fils de Danton.)

De retour à la Convention, il ne tarda pas à reprendre la parole. Le 25 novembre, Désaudrais était venu à la tête d'une députation du Lycée des arts, il demandait qu'il lui fût permis de faire hommage à la République d'une pension de 1000 livres qui lui a été accordée par l'Assemblée nationale.

Danton. — 11 faut d'abord savoir si la pension dont fait hommage le citoyen Désaudrais, est celle que lui fit donner Lafayette pour avoir travaillé avec lui à l'organisation contre-révolutionnaire de la garde nationale ; car si c'était cette pension, la nation ne lui devrait aucun remerciement.

Le comité des finances prendra des renseignements. (Moniteur du 27 novembre 93.)

C'est encore le même homme qu'au jour où il rejetait l'aumône faite par le roi aux soldats de Château-Vieux : La main qui donne doit être pure.

Il a dit un peu plus haut qu'il serait l'éperon des comités; il lient parole. Richard dénonce les autorités de la ville de Tours qui auraient calomnié de bons patriotes.

Danton. — Je demande le renvoi au comité de salut public qui vous fera un rapport sur cet objet. Il faut enfin que la Convention sache gouverner. Elle saura faire taire la calomnie. On envoie les uns en Suisse, on donne aux autres des châteaux en Espagne. Le comité de salut public est pris, ou présumé pris, dans l'élite des membres de la Convention; il examinera toutes les dénonciations. Je demande qu'on passe à un ordre de travail qui donne des résultats utiles à la République.

Le renvoi est décrété.

(Moniteur du 28 novembre 93.)

Son absence motivée ou non n'avait pas laissé que de donner à ses ennemis le temps de dresser leurs batteries. Il est curieux de voir comme on s'y prend en pareil cas. C'est tout un cours de machiavélisme.

Quelques députations de communes apportent les dépouilles de leurs églises et des ci-devant prêtres.

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