CHAPITRE VIII
C'était une guerre centrale, et non pas sur les rayons et même sur les points de la circonférence qu'il fallait faire aux ennemis ; et du moment qu'on sépara les forces, qu'on divisa les bataillons, on dut présager les défaites.
Je rends aussi justice à Santerre; sa modestie surtout et sa franchise me sont d'un bon augure. Rossignol avait été sous son commandement; il fut si satisfait du choix qu'en avait fait la République, comme général en chef, qu'il déclara qu'il servirait avec grand plaisir sous lui.
Le nombre des députés qui sont dans les armées est aussi un obstacle aux grands succès ; l'ordre donné par celui-ci est presque toujours contremandé par celui-là; cl peut-être d'ailleurs qu'on peut leur faire le même reproche qu'aux généraux, de vouloir perpétuer cette malheureuse guerre pour leurs intérêts.
J'invite la société à émettre son vœu sur le rappel de la nuée de commissaires qui sont en ce moment dans la Vendée : deux ou trois su fusent pour le service des armées qu'ils occupent. Que la même adresse contienne le vœu de Rossignol, déjà chargé en chef de la conduite de cette guerre; qu'il prenne en même temps tous les moyens qu'il croira propre à en assurer l'événement ; qu'il soit autorisé à présenter la liste des hommes suspects et de ceux dont les mauvaises intentions lui sont connues, de tous ceux enfin qui pourraient entraver ses opérations; qu'il puisse les destituer, qu'il puisse surtout nommer à leur place; enfin qu'on lui abandonne le soin de nommer aux postes dont il est obligé de répondre, sans quoi on ne peut pas lui imposer de responsabilité. (Arrêté.)
(Moniteur du 17 septembre 93).
Le but de ce discours est évident, il s'agit moins pour Danton de soutenir personnellement Rossignol, que de centraliser les forces en quelques mains que ce soit, puisque nos désastres ne provenaient que du tiraillement.
Destitution du comité des marchés.
Danton. — Nos frères de l'armée du Nord viennent de rétablir l'honneur français ; c'est au moment où ils vont être encore secourus que nous devons nous occuper d'eux; il existe un comité qui ne fait qu'entraver la marche des opérations, c'est celui du comité des marchés. Nous nous sommes convaincus qu'il a tout paralysé, au point que, si nous ne nous hâtons de le détruire, au commencement de l'hiver, nos soldats, comme l'année dernière manqueront de tout. Sans doute les soldats français ne sont pas, comme les soldats autrichiens faits pour recevoir des coups de bâton pour une tache à leur habit ; mais il faut qu'ils soient vêtus. Le comité de salut public a toujours été composé d'excellents patriotes, il faut lui donner l'initiative de la présentation des membres qui composeront le nouveau comité. Il ne s'agit pas de consulter son goût privé, il faut que tout le monde se dirige ici au
bien général, il faut que tout marche ; il faut que les défenseurs de la liberté soient bien vêtus et bien nourris , nous déshabillerons tous les muscadins de la République.
Je demande donc la destitution des membres de l'ancien comité, et que le comité de salut public présente la liste de ceux qui recomposeront le nouveau, ainsi que tous les autres comités dans lesquels il se trouve encore des membres dont les opinions touchaient au moins au fédéralisme. Je ne suis point suspect, mais je ne veux être membre d'aucun comité; mais je serai l'éperon de tous. Je ne veux que servir mon pays. (On applaudit.)
Les propositions de Danton sont décrétées.
{Moniteur du 15 septembre 93.)
Au 21 septembre, Hébert était peut-être plus puissant aux Jacobins que Robespierre. Cela ne devait pas durer longtemps, mais il est curieux de voir comme le père Duchéne essaie de se mettre au niveau du géant; comme il est heureux de rappeler que Danton recherchait son amitié; il traite aujourd'hui de puissance à puissance, plus tard il le sacrifiera , si on lui en laisse le temps.
Hébert. — Souvent on m'a dit que je devrais tâcher de réunir les bons patriotes. Je me croyais fait pour y réussir et je le désirais de tout mon cœur: mais la société exige la vérité, je vais la lui dire tout entière. Vous vous rappelez le jour où, après une légère discussion que j'eus ici avec un homme qui jouit à juste titre de votre confiance, il entra dans des explications dont la société fut satisfaite; je le fus aussi et dès lors j'eus l'âme tranquille sur son compte. Le lendemain je le rencontrai, il me tendit la main, m'embrassa, m'appela son meilleur ami, je le crus... Je crois bien encore qu'il était sincère et que ce sont des petits intrigailleurs qui ont usurpé son nom pour donner à leurs manœuvres beaucoup d'importance : mais quelque temps après, Fabricius dit à quelques-uns de mes amis : vous croyez Danton réconcilié avec vous , il ne l'est pas; souvenez-vous bien qu'il fera tout ce qu'il pourra pour vous perdre.
L'orateur termine en déclarant qu'il lui est très pénible de penser qu'un bon patriote dont le nom est devenu illustre parmi les citoyens, puisse avoir sur son compte de tels projets; il repousse cette idée.
David (député). — Le lendemain du jour où Hébert eut avec Danton une explication dans cette Assemblée, je vis Danton à la Convention, il me dit : « Je suis fort aise de m'être expliqué avec Hébert ; car il me coûtait d'être mal avec ce garçon-là que j'aime beaucoup. » Je crois donc comme Hébert que