‹ DantonChapitre 150 sur 208 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

de la Convention, qui seule a reçu du peuple la faculté législative : rappelons ceux de nos commissaires qui, avec de bonnes intentions sans doute, ont pris les mesures qu'on nous a rapportées, et que nul représentant du peuple ne prenne désormais d'arrêté qu'en concordance avec nos décrets révolutionnaires, avec les principes de la liberté, et d'après les instructions qui lui seront transmises par le comité de salut public. Rappelons-nous que si c'est avec la pique que l'on renverse, c'est avec le compas de la raison et du génie qu'on peut élever et consolider l'édifice de la société. Le peuple nous félicite chaque jour sur nos travaux; il nous a signifié de rester à notre poste: c'est parce que nous avons fait notre devoir. Rendons-nous de plus en plus dignes de la confiance dont il s'empresse de nous investir ; faisons seuls la loi et que nul ne nous la donne. J'insiste sur le rappel et l'improbation des commissaires qui ont pris l'arrêté qui vous a été dénoncé.

Enfin je demande que le comité de salut public soit chargé de notifier à tous les représentants du peuple qui sont en commission, qu'ils ne pourront prendre aucune mesure qu'en conséquence de vos lois révolutionnaires, et des instructions qui leur seront données.

Fayau— J'appuie deux des propositions de Danton ; mais il en est une sur laquelle je demande la question préalable. Les localités peuvent rendre nécessaires des mesures révolutionnaires dont nous ne sentirions pas ici la nécessité ; il faut laisser de la latitude pour pouvoir atteindre tous nos ennemis. Certes, on ne devrait pas sitôt avoir oublié le bien qu'ont fait nos commissaires, au moyen des pouvoirs illimités qui leur ont été révolutionnairement confiés. D'ailleurs tous les inconvénients qu'a pu craindre Danton disparaissent devant le décret qui ordonne aux commissaires de rendre compte dans les vingt-quatre heures, au comité de salut public , des arrêtés qu'ils prennent.

Danton. — Je suis d'accord sur l'action prolongée et nécessaire du mouvement et de la force révolutionnaire. Le comité de salut public examiuera celles qui seront nécessaires et utiles; et s'il est utile d'ordonner la remise de l'or et de l'argent, sous peine de mort, nous le ratifierons, et le peuple le ratifiera avec nous; mais le principe que j'ai posé n'en est pas moins constant : c'est au comité de salut public à diriger les mesures révolutionnaires sans les resserrer; ainsi tout commissaire peut arrêter les individus, les imposer même, telle est mon intention. Non seulement je ne demande point le ralentissement des mesures révolutionnaires , mais je me propose d'en présenter qui frapperont et plus fort et plus juste ; car, dans la République, il y a un tas d'intrigants et de conspirateurs véritables qui ont échappé au bras national qui en a atteint de moins coupables qu'eux. Oui, nous voulons marcher révolutionnairement, dût le sol de la République s'anéantir; mais, après avoir donné tout à la vigueur, donnons beaucoup à la sagesse; c'est de la constitution de ces deux éléments que nous recueillerons les moyens de sauver la patrie.

Le renvoi de ces propositions au comité de salut public est décrété. (Moniteur du i décembre 93.)

5592 DANTON (t793).

Convention nationale.

Un citoyen se présente à la barre, et commence la lecture d'un poème à la louange de Marat. — Il est interrompu.

Danton. — Et moi aussi j'ai défendu Maral contre ses ennemis , et moi aussi j'ai apprécié les vertus de ce républicain ; mais après avoir fait son apothéose patriotique, il est inutile d'entendre tous les jours son éloge funèbre, et des discours ampoulés sur le même sujet :

Il nous faut des travaux, et non pas des discours.

Je demande que le pétitionnaire dise clairement et sans emphase, l'objet de sa pétition.

(Moniteur du 4 décembre 93.)

Nous devons encore faire observer que si Danton occupe peu la République de son individu, jamais on ne Fa vu flagorner qui que ce soit. N'a-t-il pas dit quelque part déjà : « Les grands hommes ne doivent pas plus être distingués dans une nation , que les plus hauts arbres dans une forêt. » Combien compterait-on de citoyens, je dis parmi les plus éminents, qui pensassent ainsi?

Nous allons assister à un nouveau mode d'attaque, on peut y apprendre l'art de tuer un homme en le défendant; on ne doit pas s'étonner que la réaction se soit dit : frappons d'abord nos adversaires à la tête ; ce roc abattu, la Montagne est entamée.

En voici un exemple tiré d'une séance des Jacobins.

Un citoyen demande que la Convention soit invitée à fournir un local à chaque société populaire des départements.

Danton. — Je combats cette proposition ; les citoyens se rassemblent d'après le droit que leur en a donné la nature ; ils n'ont donc pas besoin de recourir à d'autres autorités pour opérer ce rassemblement. Remarquons l'énergie révolutionnaire du peuple pendant la crise actuelle. La constitution doit être endormie, pendant que le peuple s'occupe de frapper ses ennemis, et de les épouvanter par ses opérations révolutionnaires : telle est ma pensée, qu'on ne calomniera pas sans doute ; mais je demande que Ton se défle de ceux qui veulent porter le peuple au delà des bornes de la révolution, et qui proposent des mesures ultra-révolutionnaires.

Coupé, de l'Oise. — Le peuple est le souverain et le possesseur de tous les biens que l'on dit appartenir à la nation ; il peut disposer de ces biens à sa volonté pour s'assembler dans les locaux qui lui paraîtront le plus com-

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