‹ DantonChapitre 152 sur 208 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

des fil$ les plus importants de la trame ourdie contre les patriotes. Je déclare aux aristocrates que bientôt nous les connaîtrons tous, et peut-être manquait-il ce dernier renseignement à nos découvertes. Nous l'avons. Au surplus, je demande que chacun dise, comme moi, franchement ce qu'il pense de Danton. C'est ici que l'on doit surtout dire la vérité, elle ne peut que lui être honorable ; mais dans tous les cas, la société doit la connaître tout entière.

Merlin de Tbionville. — Je déclare que Danton m'arracha des mains du juge de paix Larivière , qu'au 10 août il sauva la République avec ces paroles : De l'audace, encore de l'audace, et puis encore de l'audace! Voilà Danton!

Momoro. — Personne ne se présente pour parler contre Danton, il faut en conclure que personne n'a rien à alléguer contre lui : Je demande l'ordre du jour.

La discussion se termine par la demande que fait un membre, que le président accorde l'accolade fraternelle à Danton. Il la reçoit au milieu des applaudissements les plus flatteurs.

{Moniteur du 6 décembre 93.)

Levasseur rend ainsi compte de la réconciliation :

Cependant Robespierre sentait le besoin d'appui contre l'ennemi le plus à craindre , le royalisme et l'étranger qui nous menaçait sous le masque

ultra-révolutionnaire 11 sentait le besoin de s'assurer l'aide de Danton,

dont la mâle éloquence avait exercé un pouvoir magique sur le peuple ; mais depuis que Danton avait abandonné les affaires publiques, les hommes intéressés à semer la discorde dans le camp républicain avaient aigri l'un contre l'autre les chefs de la Montagne, et suscité d'amèrcs défiances entre Danton et Robespierre. Cependant l'intérêt rallia ces" deux hommes; une entrevue eut lieu entre eux, et ils s'entendirent sur les moyens de renverser la faction des immoraux. Leur réconciliation eut de l'éclat ; la société des Jacobins en fut le théâtre. Pendant l'absence de Danton des bruits absurdes avaient été semés contre lui par les hébertistes. On avait été jusqu'à l'accuser d'émigration, et ces inculpations folles ayant trouvé de l'écho dans la société des Jacobins, Robespierre se chargea de la défense de son collègue, et saisit cette occasion pour en faire l'éloge.

Depuis ce moment Danton remonta sur la brèche

On pense bien que la réunion d'un athlète tel que Danton au parti du comité de salut public, était plus que suffisante pour étouffer l'hydre de la commune ; mais l'entourage de Danton était bien loin de nous rassurer et de mettre un terme aux dangers qui nous obsédaient. Cependant l'éloquent orateur n'embrassait pas les querelles particulières de ses amis. Par exemple, lorsque je crus devoir attaquer Philippeaux aux Jacobins à propos de son étrange rapport sur la Vendée, Danton garda la plus stricte neutralité. Robespierre de son côté, usa envers Philippeaux d'une modération qui ne lui était pas habituelle ; mais ces égards réciproques étaient plutôt une trêve

armée qu'un accord parfait ; Robespierre était jaloux de sortir du gouffre révolutionnaire par sa propre énergie et sans concession à aucun des partis vaincus. Danton au contraire, effrayé des maux qui frappaient ses yeux, voulait en finir à tout prix avec l'anarchie.

(Mémoires de René Lcvasseur, t. II, chap. XX.)

Dans son premier numéro du Vieux Cordelier, Camille s'exprime ainsi à propos de cette défense de Danton par Robespierre.

C'est hier surtout, à la séance des Jacobins que j'ai vu ses progrès avec effroi, ô Pitt, et que j'ai senti toute ta force, même au milieu de nous. J'ai vu dans ce berceau de la liberté, un Hercule près d'être étouffé par tes serpents tricolores. Enfin les bons citoyens, les vétérans de la Révolution, ceux qui ont fait les cinq campagnes, depuis 1789, ces vieux amis de la liberté qui, depuis le 12 juillet ont marché entre les poignards et les poisons des aristocrates et des tyrans, les fondateurs de la République, en un mot, ont vaincu. Mais que cette victoire même leur laisse de douleur, en pensant qu'elle a pu être disputée si longtemps dans les Jacobins ! La victoire nous est restée, parce qu'au milieu de tant de ruines de réputations, colossales de civisme, celle de Robespierre est debout ; parce qu'il a donné la main à son émule de patriotisme, notre président perpétuel des anciens Cordeliers, notre Horatius Coclès, qui, seul, avait soutenu sur le pont tout l'effort de Lafayctte et de ses 4,000 Parisiens assiégeant Marat, et qui semblait maintenant terrassé par le parti de l'étranger. Déjà fort du terrain gagné pendant la maladie et l'absence de Danton, ce parti, dominateur insolent dans la société, au milieu des endroits les plus touchants, les plus convaincus de sa justification, dans les tribunes huait, et dans le sein de l'Assemblée secouait la tête et souriail de pitié, comme aux discours d'un homme condamné par tous les suffrages. Nous avons vaincu cependant, parce qu'après le discours foudroyant de Robespierre, dont il semble que les talents grandissent avec les dangers de la République, et l'impression profonde qu'il avait laissée dans les âmes, il était impossible d'oser élever la voix contre Danton, sans donner, pour ainsi dire quittance publique des deniers de Pitt Robespierre, les oisifs que la curiosité avait amenés hier à la séance des Jacobins, et qui ne cherchaient qu'un orateur et un spectacle, en sont sortis ne regrettant plus ces grands «acteurs de la tribune, Rarnave et Mirabeau, dont tu fais oublier souvent le talent de la parole.

(Le Vieux Cor délier, n'1.)

On vient de voir comment avait été interprétée l'absence de Danton, nous allons enfln en savoir la vraie raison, car voici à ce propos une attestation bien précieuse, elle fut présentée le 3 décembre aux Jacobins.

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