CHAPITRE VIII
Le citoyen Bercy Sirault écrit d'Arcis-sur-Aube le 18 : Frères et amis,
J'ai lu dans le dernier numéro, intitulé Journal delà Montagne, que Danton était accusé d'avoir émigré, et que pour, cet effet, il avait supposé une maladie. Je ne connais point Danton, et je crois même ne lui avoir jamais parlé, mais je suis son voisin, et de ma croisée je pouvais voir ce qui se passait chez lui ; en conséquence, je puis attester qu'il a passé à Arcis le temps qu'il fut absent de son poste ; que de plus toutes les fois qu'il a paru à sa croisée ou sur sa porte ce fut toujours en bonnet de nuit et vêtu de manière à ne pas laisser de doute sur sa convalescence. Ami de la vérité j'ai cru devoir en instruire la société, non pas pour disculper Danton parmi ses concitoyens dont il est connu, car je suis bien persuadé qu'ils étaient éloignés de croire à de pareilles calomnies, mais c'est afin de faire connaître avec plus d'éclat de quoi sont capables ces êtres qui, ne sachant plus quel rôle jouer, cherchent à perdre les patriotes dans l'esprit public ; ils sont assez stupides pour ne pas voir qu'ils se casseront encore le nez, car le peuple sait toujours distinguer les véritables défenseurs de ses droits.
Je suis avec fraternité, votre concitoyen en République une et indivisible,
Bercy Sirallt.
Nous savons comme le citoyen Bercy que le républicain Danton n'a pas besoin d'être disculpé. Tous les patriotes le connaissent, et ils ne furent jamais les dupes des petits moyens des scélérats qui veulent nous diviser; mais nous insérons celle lettre par les mêmes motifs qui ont engagé le citoyen Bercy à l'écrire.
Aristide Valcour.
(Journal de la Montagne, n* 34 du V volume.)
A propos des mesures à prendre contre les suspects :
Danton. — Il faut nous convaincre d'une vérité politique, c'est que parmi les personnes arrêtées, il en est de trois classes ; les unes qui méritent la mort, un grand nombre dont la République doit s'assurer, et quelques-unes sans doute qu'on peut relaxer sans danger pour elle. Mais il vaudrait mieux, au lieu d'affaiblir le ressort révolutionnaire, lui donner plus de nerf et de vigueur. Avant que nous en venions à des mesures combinées, je demande un décret révolutionnaire que je crois instant. J'ai eu, pendant ma convalescence la preuve que des aristocrates, des nobles extrêmement riches, qui ont leurs fils chez l'étranger, se trouvent seulement arrêtés comme suspects, et jouissent d'une fortune qu'il est juste de faire servir à la défense de la liberté qu'ils ont compromise.
Je demande que vous décrétiez que tout individu qui a des fils émigrés, et qui ne prouvera pas qu'il a été ardent patriote, et qu'il a fait tout au
monde pour empêcher leur émigration, ne soit plus que pensionnaire de l'État, et que tous ses biens soient acquis à la République. La proposition de Danton est décrétée.
(Moniteur du 9 décembre 93.)
Dans la discussion sur l'instruction publique un député lit un projet contenant que les pères et les mères pourront, à leur choix, envoyer leurs enfants aux écoles primaires. Charlier demande qu'au lieu de pourront, il soit mis seront tenus. Thibaudeau s'oppose à cet amendement, et s'appuie principalement sur les droits de la nature.
Danton.— Il est temps de rétablir ce grand principe qu'on semble méconnaître : que les enfants appartiennent à la République avant d'appartenir à leurs parents. Personne plus que moi ne respecte la nature. Mais l'intérêt social exige que là seulement doivent se réunir les affections. Qui me répondra que les enfants travaillés par Tégoïsme des pères, ne deviennent dangereux pour la République. Nous avons assez fait pour les affections, nous devons dire aux parents : nous ne vous arrachons pas vos enfants; mais vous ne pourrez les soustraire à l'influence nationale.
Et que doit donc nous importer la raison d'un individu devant la raison nationale? Qui de nous ignore les dangers que peut produire cet isolement perpétuel* C'est dans les écoles nationales que l'enfant doit sucer le lait républicain. La République est une et indivisible. L'instruction publique doit aussi se rapporter à ce centre d'unité. A qui d'ailleurs accorderions-nous cette faculté de s'isoler. C'est au riche seul. Et que dira le pauvre, contre lequel peut-être on élèvera des serpents? J'appuie donc l'amendement proposé. [Vifs applaudissements.) (Moniteur du 14 décembre 93.)
On pourrait affirmer que son assiduité aux séances avant son départ pour Arcis, son activité dès son retour, témoignent suffisamment de la légitimité de son absence.
Club des Jacobins.
Nioche est dénoncé pour s'être mal conduit à Lyon, pour avoir adhéré à la suspension de la municipalité patriote.
Danton.— Pour isoler la mission de Nioche de toute sa conduite antérieure, je vais prendre Nioche au moment de son arrivée à Lyon. Dès son arrivée Nioche donna la mesure de ce qu'il voulait faire, en répandant avec Gauthier la terreur parmi les aristocrates, au moyen des mesures vigoureuses qu'ils prirent.