‹ DantonChapitre 162 sur 208 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ment de la liberté ; elle doit être aujourd'hui bienveillante envers ceux qui l'ont servie, et ne pas se départir de ce système qu'elle ne soit convaincue qu'il blesse la justice. Je crois qu'il importe à tous que l'avis du comité soit adopté; préparez-vous à être plus que jamais impassibles envers vos vieux ennemis, difficiles à accuser vos anciens amis. Voilà, je le déclare 1 , ma profession de foi, et j'invite mes collègues à la faire dnns leur cœur. Je jure de me dépouiller éternellement de toute passion, lorsque j'aurai à prononcer sur les opinions, sur les écrits, sur les actions de ceux qui ont servi la cause du peuple et de la liberté. J'ajoute qu'il ne faut pas oublier qu'un premier tort conduit toujours à un plus grand. Faisons d'avance cesser ce genre de division que nos ennemis, sans doute, cherchent à jeter au milieu de nous ; que l'acte de justice que vous allez faire soit un germe d'espérance jeté dans le coeur des citoyens qui, comme Vincent et Ronsin, ont souffert un instant pour la cause commune, et nous verrons naître pour la liberté des jours aussi brillants et aussi purs que vous lui en avez déjà donné de victorieux. {On applaudit.)

La mise en liberté de Ronsin et de Vincent est décrétée. {Moniteur du 4 février 91)

Convention nationale.

Le président venait de prononcer l'abolition de l'esclavage, au milieu des applaudissements et des cris mille fois répétés de vive la République ! vive la Convention ! vive la Montagne î

Danton. — Représentants du peuple français, jusqu'ici nous n'avions décrété la liberté qu'en égoïstes et pour nous seuls. Mais aujourd'hui nous proclamons à la face de l'univers, et les générations futures trouveront leur gloire dans ce décret ; nous proclamons la liberté universelle. Hier, lorsque le président donna le baiser fraternel aux députés de couleur, je vis le moment où la Convention devait décréter la liberté de nos frères. La séance était trop nombreuse. La Convention vient de faire son devoir. Mais après avoir accordé le bienfait de la liberté, il faut que nous en soyons pour ainsi dire les modérateurs. Renvoyons au comités de salut public et des colonies, pour combiner les moyens de rendre ce décret utile à l'humanité, sans aucun danger pour elle.

Nous avions déshonoré notre gloire en tronquant nos travaux. Les grands principes développés par le vertueux Las Casas avaient été méconnus. Nous travaillons pour les générations futures, lançons la liberté dans les colonies, c'est aujourd'hui que l'Anglais est mort. {On applaudit.) En jetant la liberté dans le Nouveau Monde, elle y portera des fruits abondants, elle y poussera des racines profondes. En vain Pitt et ses complices voudront par des considérations politiques écarter la jouissance dece bienfait, ils vont être entraînés dans le néant, la France va reprendre le rang et l'influence que lui assurent

sou énergie, sou sol et sa population. Nous jouirons nous-mêmes de notre générosité, mais nous ne rétendrons point au delà des bornes de la sagesse. Nous abattrons les tyrans comme nous avons écrasé les hommes perfides qui voulaient faire rétrograder la révolution. Ne perdons point notre énergie, lançons nos frégates, soyons sûrs des bénédictions de l'univers et de la postérité, et décrétons le renvoi des mesures à l'examen du comité. {Moniteur du 5 janvier 94.)

C'était bien le cri de la France qu'il jetait à la veille de sa mort, de cette France qui n'a pas plus tôt conquis la liberté pour elle-même, que déjà elle croit n'avoir rien fait, si elle ne la conquiert pour tous. Qu'il y a loin de cette déclaration de la République universelle aux mesquines discussions de partis qui préoccupent trop l'Assemblée. Cette motion n'avait-elle pas encore cet enseignement pour but?

Quelle différence entre la destinée de l'bomme public qui veut la justice pour tous, et le sort de celui qui ne la demande que pour son parti. Celui-ci est toujours sûr de trouver des amis dans ceux qu'il a défendus; l'autre, poursuivant l'injuste partout où il se trouve, semble l'ennemi de tous, car l'injustice est partout; aussi se voit-il abandonné au moindre échec. Ce fut la destinée de Danton. Hier il dénonçait les aristocrates, aujourd'hui il demande qu'on épure les comités des faux patriotes à bonnets rouges. De quel parti est-il donc, devaient se demander les Jacobins partisans exclusifs de la forme?

Saint-Just, au nom du comité de salut public, lit un rapport sur les détentions, sur les moyens les plus courts de reconnaître et de délivrer l'innocence et le patriotisme opprimés, comme de punir les coupables. Ce rapport se terminait par le décret suivant :

« Le comité de sûreté générale est investi du pouvoir de mettre en .liberté les patriotes détenus : toute personne qui réclamera sa liberté, rendra compte de sa conduite depuis le 1 er mai 1789. »

Danton.— Je demande à présenter un article additionnel. De même qu'il faut, d'après les principes du rapporteur, que chaque homme qui réclamera sa liberté justifie de sa conduite depuis 1789, je pense quMl faudrait que chaque comité révolutionnaire envoyât au comité de sûreté générale le tableau des membres qui le composent, ainsi que de leurs travaux révolutionnaires. C'est ainsi que vous centraliserez le bien; c'est ainsi que le comité

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