CHAPITRE IX
de sûreté générale pourra épurer ces comités des faux patriotes à bonnets rouges; c'est ainsi que les instruments révolutionnaires deviendront encore plus utiles, et que la terreur restant constamment à l'ordre du jour contre les ennemis de la révolution, les patriotes pourront être sûrs de la paix et de la liberté. Je demande le renvoi de ma proposition au comité de salut * public.
Le renvoi est décrété.
[Moniteur du 27 février 94.)
Convention nationale.
Fa tau. — La Convention a décrété que, parmi les détenus, ceux qui voudraient obtenir leur liberté, seraient obligés de fournir des preuves de leur civisme depuis 1789. Il me semble que ce décret ne suffit pas, parce que plusieurs de ces détenus, désespérant de pouvoir fournir ces preuves, et pour priver la République des biens que doit lui procurer leur détention, se dessaisiront de ce qu'ils possèdent entre les mains des personnes qu'ils voudront choisir. Il faut que la Convention déclare nulle toutes les transactions, donations ou ventes qui auront été faites par eux depuis l'époque de leur détention.
Danton. — Je demande le renvoi au comité de salut public parce qu'il est possible que Ton soit obligé de déclarer nulles, les transactions faites antérieurement. Vous manqueriez votre but, en fixant ainsi l'époque de la nullité... 11 n'y a point de danger à décréter le principe dans toute sa latitude; mais pour ne rien précipiter, j'insiste pour le renvoi au comité de salut public.
La Convention décrète le renvoi.
{Moniteur du 1" mars 94.)
Convention nationale.
Saint-Just, au nom du comité de salut public, demande que les biens provenant des ennemis de la Révolution soit affectés aux citoyens qui l'ont servie et sont restés dans l'indigence.
Danton. — Sans doute nous désirons tous voir mettre à exécution le vaste plan que vient de vous soumettre le comité de salut public, sans doute le moment n'est pas éloigné où l'on ne rencontrera plus un seul infortuné dans toute l'étendue du territoire de la République; mais comme c'est par la jouissance qu'on attache l'homme à la patrie, je crois qu'il serait bon de faire promptement un essai des grandes vues du comité.
Citoyens, il existe dans la République beaucoup de citoyens qui ont été mutilés en défendant la cause du peuple, ne croyez-vous pas utile de leur accorder des terres aux environs de Paris, et de leur donner des bestiaux, afin de mettre en activité, sous les yeux mêmes de la Convention, cette
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colonie de patriotes qui ont souffert pour la patrie. Alors, citoyens, tout soldat de ia République se dira : si je suis mutilé, si je perds un membre en défendant les droits du peuple, je sais le sort qui m'attend ; déjà plusieurs de mes frères jouissent des services qu'ils ont rendus; j'irai grossir leur nombre et bénirai sans cesse les fondateurs de la République. Je demande que le comité de salut public combine l'idée que je viens de soumettre à l'Assemblée, afin que nous ayons la satisfaction de voir bientôt ceux de nos frères qui ont bien mérité de la patrie en la défendant, manger ensemble et sous nos yeux à la gamelle patriotique.
La proposition est renvoyée au comité.
[Moniteur du 4 mars 94.)
Après la victoire, la récompense aux combattants. Les économistes se récrieront sans doute au nom de la solution scientifique qu'ils élaborent. Hommes sublimes, accordez vos (lûtes; mais en attendant, laissons les Dantons de l'avenir aller au plus pressé.
Convention nationale.
Levasseur avait demandé qu'on mît en dépôt, entre les mains des fermiers et des cultivateurs, des étalons des différentes espèces d'animaux les plus utiles.
Danton. — Je demande le renvoi des idées de Levasseur. Mais je ne pense pas, comme Merlin, que la République ne doive mettre en réserve aucune élite d'animaux pour la prospérité des campagnes. C'est quand une grande nation consomme beaucoup qu'elle doit prendre des précautions pour conserver et faire reproduire les espèces qu'elle consomme. Les anciennes républiques appliquaient ces principes même à la population, et après une guerre longue et meurtrière, les législateurs d'Athènes, qui s'y connaissaient aussi, pour réparer la perte que l'État avait fait de ses concitoyens, ordonnèrent à ceux qui restaient d'avoir plusieurs femmes. (On rit et on applaudit.) Sans vouloir faire l'application d'une telle mesure, et pourtant sans en faire un objet de plaisanterie, je dis que, puisqu'on entre dans notre plan, lorsque la liberté aura triomphé, de distribuer les dépouilles des ennemis du dedans et du dehors à ceux qui auront vaincu pour la liberté; c'est dans cet esprit qu'il faut discuter les vues présentées par Levasseur. Soit donc que la République accorde des primes à ceux qui élèveront ces élites d'animaux, soit que ces animaux soient élevés pour le compte de la République, les comités de commerce et d'agriculture doivent méditer et approfondir ces idées, et en faire un rapport à la Convention.
Le renvoi aux comités est décrété.
(Moniteur du 5 mars 94.^