‹ DantonChapitre 173 sur 208 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Voici le projet de décret :

La Convention nationale, après avoir entendu le rapport des comités de sûreté générale et de salut public, décrète d'accusation Camille Desmoulins, Hérault, Danton, Philippoaux, Lacroix, prévenus do complicité avec d'Orléans et Dumouriez,avec Fabre d'Epiant ine et les ennemis de la république, d'avoir trempé dans la conspiration tendante à rétablir la monarchie, à détruire la représentation nationale et le gouvernement républicain. En conséquence elle ordonne leur mise en jugement avec Fabre d'Eglanline.

Ce décret est adopté à l'unanimité et au milieu des plus vifs applaudissements.

[Moniteur du t avril 1794, v ieux style.)

Levasseur rend ainsi compte de cette fameuse séance :

La séance qui suivit l'arrestation de Danton, prouva toute l'influence de ce célèbre orateur sur l'Assemblée. Depuis longtemps peu de discussions s'élevaient dans le sein de la Convention; l'ancien enthousiasme de ses membres semblait engourdi ; celte fois la tristesse était peinte sur tous les visages, l'agitation régnait sur tous les bans; tout semblait annoncer un réveil subit. A l'ouverture de la séance, Delmas, ami de Danton, demanda que les comités de gouvernement fussent mandés dans le sein de l'Assemblée, et sa motion fut adoptée avec empressement. Legendre lui succéda à la tribune, Legendre l'ami intime des députés incarcérés. Mais combien il ressemblait peu à ce qu'il avait été jadis; au lieu de l'orateur fougueux qui avait lutté contre Lanjuinais dans la séance du 31 mai, on ne vit en lui qu'un avocat timide, craignant presque autant de se compromettre que de perdre, la cause de ses amis. Interrompu à ses premières paroles, il fut bientôt rassuré par l'appui de la majorité; le président Tallien l'encouragea encore par une allocution dirigée indirectement contre le comité de salut public, autant que contre les interrupteurs; Legendre alors plaida moins froidement la cause de Danton ; il conclut en demandant que les accusés fussent entendus

à la barre La réponse de Robespierre est le premier discours où il ait pris

un ton d'autorité et d'arrogance qui pourrait faire croire qu'après avoir abattu toutes les factions, il sentit tourner sa tête et aspira a la dictature populaire de Marius. Cette phrase : ceux qui tremblent aujourd'hui sont coupables, suffit pour caractériser la sinistre éloquence qu'il déploya, toute la Convention trembla, et toute la Convention voulut dissimuler sa terreur pour ne pas devenir suspecte au comité qu'elle pouvait renverser d'un seul mot. Legendre descendit jusqu'à des excuses; Delmas se tut et Tallien qui était presque allé jusqu'à une déclaration de guerre, laissa tomber la discussion sans user de sa position comme président pour lui donner une tournure favorable aux représentants sacrifiés.

Le rapport de Saint-Just ne se fit pas attendre. Jamais sa parole rude et sèche n'avait produit un tel effet : jamais aussi son âpre énergie ne s'était prononcée à un tel point.

(Citation du commencement du rapport.)

Après cet exorde, Saint-Just essaya de prouver que Danton conspirait en faveur du duc d'Orléans, et qu'il avait été complice de Demouriez et des Girondins ; personne ne pouvait admettre une pareille supposition. 11 ne s'agissait évidemment que d'une guerre de parti dans laquelle le comité de salut public n'employait les armes de la patrie que pour frapper ses ennemis personnels. La Convention accepta cependant en silence le décret d'accusation ; et, dès lors, au lieu de ses délégués les membres du comité devinrent ses maîtres.

(Mémoires de Lcvasseur, chap III, du 3* volume.)

Nous n'avons à répondre ici à aucune des accusations formulées par Saint-Just, elles ont été réfutées dans le cours de notre ouvrage. Nous n'avons pas d'avantage à récriminer contre l'accusateur public ou contre l'Assemblée, c'est l'affaire de l'historien à qui nous ne devions que des documents. Si l'on en croit Levasseur, Delmas aurait hasardé quelques mots de défense, le Moniteur n'en fait pas mention ; suivant d'autres, des marques d'improbation auraient accueilli Robespierre, la feuille officielle se tait prudemment sur cette circonstance; il paraît même que les observations du président Tallien sont tronquées. Mais n'oublions pas que toutes ces allégations ont été faites après coup, peut-être pour couvrir la lâcheté de tous; je me défie des réclamations trop tardives. Ce qui bien certainement ressort de tout cela, c'est que jamais terreur plus profonde ne pesa sur tout une population ; et, dans ce cas, esclaves et maîtres, tous sont jugés.

Saint-Just a parlé d'une lettre révélatrice de l'ambassadeur d'Espagne à Venise, adressée au duc d'Alcudia, ministre du roi d'Espagne à Madrid. Cette lettre se trouve fort heureusement dans les papiers saisis chez Robespierre à sa mort, et publiés à la suite du rapport présenté à l'Assemblée par Courtois de l'Aube dans la séance du 46 ventôse, an III. Nous allons la copier textuellement, on jugera de son importance.

Votre excellence aura appris que le 3 juillet on a séparé le jeune roi de France de la reine, les chefs maratistes qui sont en grand nombre dans le comité de salut public, prirent ce parti à l'insu de ce même comité, lequel n'ayant eu connaissance de cette mesure prise par les maratistes qu'après qu'elle fut exécutée, n'osa pas s'y opposer.

Les royalistes croient que ce plan a été imaginé afin d'accréditer davantage les intrigues de cette princesse qui, à chaque instant, l'exposent à se perdre,

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