CHAPITRE X
malgré les conseils qu'on lui a fait donner, et qu'il est très difficile aujourd'hui de lui continuer, à cause de l'àpreté et de la manière resserrée avec lesquelles sa majesté est traitée, occasionnées par ce que je vais vous dire.
La Commune prétend qu'il y a à Paris un agent du prince de Cobourg qui a des intelligences avec la reine, que Danton et Lacroix qui étaient du parti de la Montagne se sont faits Girondins, et qu'ils ont eu des conférences avec sa majesté ; que cet agent de Cobourg est cousin du général Ferraris ; et qu'il va et vient à Paris, faisant toujours ses voyages à pied pour mieux se cacher, et que le 7 il partit dans la nuit, emportant des lettres de la reine, lesquelles pour arriver jusqu'à lui onldû passer par les mains du commissionnaire du Temple, auquel sa majesté avait cru devoir se fier. Ce misérable les porta à la Commune qui les lut et en prit copie ; c'est avec ces pièces que la Commune veut elle-même dénoncer la reine au tribunal révolutionnaire ; elle a donné un acte contenant dix-sept chefs d'accusation.
Cette situation critique suffit seule pour faire trembler; cependant le 11 on apprit la nouvelle de la suppression du comité de sûreté publique et son renouvellement ; neuf des principaux chefs maratistes y sont entrés, Marat lui-même en est président et Robespierre le secrétaire. La fortune publique est en partie entre les mains de ces neuf. J'ai un espion complètement royaliste, mais bien masqué en maratiste. Nous devons bien présumer quel sera le parti que ces scélérats prendront, les connaissant pour ce qu'ils valent. D'y penser seulement cela fait horreur. J'écrivais à votre excellence le 17 du courant qu'il était venu à Paris un courrier portant des nouvelles de la prise de Nantes par l'armée de Gaston; les dernières nouvelles de Paris, en date du 13, la révoquent en doute, et l'on craint que les royalistes n'aient donné un avis trop précipité, ayant compté sur leur position, et sur ce que le combat qui se donnait aux environs de la ville leur était favorable. Antraigues croit que les nouvelles sont sûres, et moi aussi qui les donne pour certaines à votre excellence, d'après ce que l'on m'écrit; cependant nous suspendons un peu notre jugement pour que votre excellence ne nous accuse pas de contradiction et de légèreté.
Custine a été bien battu le 5 et le 8. On ignorait les détails de cette affaire à Paris, ou du moins la Commune les cachait: elle paraissait fort Iriste.
Le même jour survint encore l'avis que Wimpffen avait envoyé son avantgarde jusqu'à Caen, et aux environs de Falaise en Normandie; qu'elle y prit beaucoup de chevaux de remonte destinés pour les hussards patriotes, sans que le maire de Caen, qui en fut témoin, eut pu s'y opposer.
Le comité qui s'assemblait à Bagatelle, a arrêté qu'il fallait prendre tous les moyens possibles pour amener le peuple à ce qu'il consente que la Convention prenne ses vacances, comme le Parlement d'Angleterre , et que le comité de salut public, le pouvoir exécutif, le département et la Commune restent à Paris, pour conduire toutes sortes d'affaires. La Commune s'y est fortement opposée, et le projet n'a pas été suivi.
Je ne sais comment se conduisent les généraux qui les servent ; tantôt ils
les mandent à la barre de la Convention, et leur demandent compte de leur conduite, puis les mettent en état d'accusation pour quelqu'échec essuyé par leurs armées. Biron, Custine, Westermann et Sandos se trouvent dans ce cas; ils ont ordre se présenter à la barre, et probablement, ils n'obéiront pas.
L'on n'est pas encore certain de la réunion des Marseillais avec les Lyonnais; en général, ces troupes inclinent au républicanisme; mais, comme la majeure partie de leurs chefs sont royalistes, l'on ne craint pas le soldat qui se laissera persuader par ses supérieurs, et fera ce que ceux-ci voudront.
Les Bretons sont les plus purs royalistes.
J'ai déjà rendu compte à Votre Excellence de la liberté que je pris, croyant réussir, d'instruire les inquisiteurs d'État du voyage de Sémonville : cet homme, ni ses compagnons n'ont pas encore paru. Il a dû leur être enjoint, dans quelques autres villes de l'État de rétrograder, d'après les ordres rigoureux qui avaient été donnés à cet effet aux divers podestats. Je viens d'être instruit qu'il porte avec lui pour deux millions de diamants qui furent voles au garde-meuble de la couronne. Le général Salis qui en est informé, et qui a beaucoup d'influence dans la Valtelinc, en a donné avis à plusieurs de ses affldés, en leur indiquant certains défilés où ils pourront rencontrer ce mauvais sujet, et lui enlever ses papiers et ses diamants.
L'archiduc de Milan fait, de son côté, tout ce qu'il peut pour faire réussir ce projet.
Sainte-Croix a écrit de Constantinoplc à la Convention quelle est la situation dans cette capitale; c'est de quoi j'ai déjà instruit Votre Excellence, ainsi que de la guerre vigoureuse que lui font les ministres d'Autriche et de Russie, afin que personne ne le protège. Il a cependant trouvé à qui s'attacher, et c'est le ministre d'Angleterre, son intime ami, jacobin par inclination qui fait tout son possible pour brouiller la Porte avec Vienne et Pétersbourg.
Que Dieu accorde à Votre Excellence de longues années.
Très excellent seigneur, de Votre Excellence le très respectueux serviteur.
Signé : Clément de Campoz.
Venise, 31 juillet 1793.
A Son Excellence le duc d'Alcadia.
(Extraite du numéro 50 du rapport de Courtois de l'Aube.)
En 1841, l'éditeur France a fait imprimer un manuscrit de Robespierre, contenant l'esquisse du rapport présenté par Saint-Just à la Convention. Quelques extraits suffiront pour faire voir la part que Maximilien a prise à cette affaire; cette curieuse révélation est d'une importance historique bien autre que l'assertion de Charlotte Robespierre.
Danton vécut avec Lafayette et avec les Lameth ; il eut à Mirabeau une