CHAPITRE X
ne cessèrent de propager la même calomnie contre le général que Ton voulait immoler.
J'ai entendu Lacroix et Danton dire : « 11 faudra que Brissot passe une heure sur les planches à cause de son faux passe- port.... h
Danton fil tous ses efforts pour sauver Brissot et ses complices. Il s'opposa à leur punition; il voulait qu'on envoyât des otages à Bordeaux. Il envoya on ambassadeur à Wimpffen dans le Calvados.
Danton et Lacroix voulaient dissoudre la Convention nationale et établir la Constitution du Vl juin 1793.
Danton m'a dit un jour : « 11 est fâcheux qu'on ne puisse pas proposer de céder nos colonies aux Américains : ce serait un moyen de faire alliance avec eux. » Danton et Lacroix ont depuis fait passer un décret dont le résultat vraisemblable était la perte de nos colonies.
Leurs vues furent de tout temps semblables à celles des Brissotins. Le N mars, on voulait exciter une fausse insurrection, pour donner à Dumouriez le prétexte qu'il cherchait de marcher sur Paris, non avec le rôle défavorable de rebelle et de roy aliste, mais avec l'air d'un vengeur de la Convention. Dcsfieux en donna le signal aux Jacobins : un attroupement se porta au club des Cordcliers, de là à la commune. Fabre s'agitait beaucoup dans le même temps, pour exciter ce mouvement, dont les Brissotins tirèrent un si grand avantage. On m'a assuré que Danton avait été chez Pache, qu'il avait proposé d'insurger, en disant que, s'il fallait de l'argent, il mettrait la main dans la caisse de la Belgique.
Danton voulait une amnistie pour tous les coupables ; il s'en est expliqué ouvertement, il voulait donc la contre-révolution. Il voulait la dissolution de la Convention, ensuite la destruction du gouvernement : il voulait donc la contre-révolution.
(Projet rédigé par Robespierre, du rapport fait à la Convention nationale par St-Just. — Manuscrit inédit publié sur les autographes, par France.' — Paris, 1841. Extraits du premier fragment).
Danton, en qualité de président du journal : le Vieux Cordelier, a corrigé les épreuves de ses numéros; il y a fait des changements de son aveu. On reconnaît son influence et sa main dans ceux de Philippeaux et même dans ceux de Bourdon. Les dîners, les conciliabules où ils présidaient, étaient destinés à propager ces principes et à préparer le triomphe de l'intrigue. C'est dans le même temps qu'on accueillait à la barre les veuves des conspirateurs lyonnais, qu'on faisait décréter des pensions pour celles des contre-révolutionnaires immolés par le glaive de la justice, que l'on arrachait des conspirateurs à la peine de leurs crimes par des décrets surpris, que l'on cherchait à rallier à soi les riches et l'aristocratie. Que pouvaient faire de plus des conspirateurs dans les circonstances...? {Ibidem, deuxième fragment J.
Les amis de Danton disaient de lui qu'il était insouciant, que son tempérament était contraire à la haine et à l'ambition.
Danton disait de Fabre que sa tête était un imbroglio, un répertoire de
comédie ; et le représentait comme ridicule pour qu'il ne passât pas pour conjuré.
Danton parlait de chasse, de bain, de plaisir à ceux dont il craignait l'œil. Fabre dénonça Ronsin et Vincent. Danton les défendit; il défend tout le monde.
{Ibidem, fragment de Saint-Just.)
La même brochure donne le fac simile suivant :
Le Comité de Salut Public invite le citoyen Dumas, vice-président du tribunal criminel, à se rendre au lieu de ses séances demain à midi. Paris, le 12 germinal l'an 1 de la République.
Robespierre.