CHAPITRE XI
Le public n'était pas moins inquiet de savoir ce qu'on penserait au club des Jacobins qu'à la Convention, du coup d'État de Robespierre.
Séance des Jacobins du 11 Germinal.
(Présidence de Legendre.)
Après la lecture de la correspondance, Renaudin demande que Saint-Just soit invité à donner à la société la communication d'un rapport intéressant qu'il a présenté ce matin à la Convention.
On annonce que Saint-Just vient d'envoyer chercher ce rapport à l'Imprimerie. Pendant ce temps Couthon va rendre compte de ce qui s'est passé à l'Assemblée.
Couthon. — Enfin l'horizon politique s'éclaircit, le ciel devient serein, et les amis de la République respirent. La Convention va, comme les armées, au pas de charge. Nous avons dit au peuple, à la Convention, aux comités de salut public et de sûreté générale, et aux véritables Jacobins, que nous péririons plutôt que de souffrir que le peuple fut gouverné par la tyrannie ou par le crime. Nous vous avions annoncé depuis quelques jours qu'il fallait attaquer une nouvelle faction ; ce n'est peut-être pas la dernière. La Convention a tenu sa parole ; les chefs de la faction qu'elle a enchaînés aujourd'hui, étaient des hommes qui ont paru mériter quelquefois la confiance du peuple; ce sont Danton, Lacroix, Camille Desmoulins ; ces hommes se donnaient la qualification de Vieux Cordeliers, ils n'étaient que de vieux conspirateurs...
Des mouvements se sont manifestés avant d'entendre les comités de salut public et de sûreté générale. Legendre qui doit se reprocher de s être trop
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approché de l'impur Lacroix, Legcndrc dont je ne veux pas attaquer les principes, a fait une proposition dont le but perfide était d'établir un privilège en faveur des députés arrêtés. Elle tendait à les appeler à la barre ou dans le sein de la Convention pour entendre les inculpations qui leur sont faites et y répondre sur le champ. 11 est certain que les principes s'opposaient à cette admission qui a été refusée à d'autres. Les représentants sont comme les autres citoyens, ils doivent être cités devant les tribunaux, et jugés comme eux.
Sous le rapport de la simple violation d'un principe qui doit être sacré dans tous les temps, la proposition de Legendre était au moins très déplacée; elle avait un but contraire au salut de la liberté; l'intention machiaveliste des conspirateurs avait été aperçue depuis quelques jours; on les entendait dire qu'ils n'étaient pas tranquilles, caries traîtres ne le sont jamais; on les voyait disputer sans cesse avec leur conscience et dire entre eux : il faut nous préparer à une grande résistance et savoir si les comités de salut public et de sûreté générale veulent détruire les membres de la Convention les uns après les autres. Leur but, après leur arrestation, était d être entendus de la Convention, de calomnier les patriotes les plus purs, et d'établir une lutte scandaleuse qui aurait peut-être amené l'avilissement de la Convention, ou quelque chose de plus. Robespierre s'est trouvé là au moment où la proposition a été faite. Il a parlé avec son énergie ordinaire ; il a détruit de fond en comble la proposition, et à peine lui a-t-on fait l'honneur de l'écarter par la question préalable. Saint-Just a fait alors son rapport. Il en est résulté que depuis les premiers temps de la Révolution, Lacroix et Danton étaient les chefs que le ci-devant d'Orléans avait choisis. Ces hommes ont servi tous les partis, excepté celui do peuple. La Convention indignée du récit des faits multipliés à la charge des conspirateurs, a décrété d'accusation Lacroix, Danton, Hérault, Desmoulins et Philippeaux.
Cette circonstance est une nouvelle raison pour les véritables amis de la liberté, de se rallier plus que jamais. Ce ne sont pas les derniers que nous ayons à combattre ; mais nous exterminerons tous les scélérats, parce que nous sommes soutenus de toute la puissance du peuple qui veut la liberté.
Le système des scélérats que nous poursuivons est de répandre dans l'opinion publique de la défiance sur les plus zélés défenseurs de la liberté; on débite avec affectation que les comités de salut public et de sûreté générale sont coalisés pour s'emparer de l'autorité. Les comités ne répondent pas à de pareilles injures qu'ils méprisent ; ils ne font pas de promesses, mais c'est à leurs actions que vous les connaîtrez ; ils sont toujours les mêmes ; ils poursuivront les conspirateurs, soit que nous les ayons vus à côté de nous depuis la Révolution, soit qu'ils aient été éloignés.
Je dois ici invoquer l'opinion publique : peuple, compte sur tes représentants ; ils sont prêts à faire tous les sacrifices. Ils ont besoin de toute ta puissance, mais sois tranquille, la liberté sera triomphante malgré tous les malveillants
Nous ne craignons ni l'examen du passé, ni celui de l'avenir; qu'on