‹ DantonChapitre 179 sur 208 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

examine nos fortunes, notre existence première; on verra que nous avons toujours été Sans-Culottes, nous le serons jusqu'à la fin, parce qu'il est impossible qu'un député qui augmente de fortune, ne soit pas un conspirateur. Notre bonheur est dans celui du peuple. Que la liberté s'établisse ; que le peuple soit heureux et nous serons satisfaits. Les représentants ne demandant après leur travaux, qu'à retourner sous le chaume et à mourir sous les yeux de la nature, entre les bras de leurs parents et de leurs amis.

Tels sont les sentiments de chacun d'eux; mais, je le répète, ils ont besoin de l'appui du peuple et des Jacobins, ce nom de Jacobins, l'effroi des tyrans, nous est nécessaire. La Convention ne serait forte qu'à demi, si elle n'était pas composée de Jacobins.

Citoyens, la conjuration dévoilée aujourd'hui a des ramifications étendues. 11 faut que les patriotes qui, à l'occasion de la conjuration d'Hébert, ont rendu de grands services à la liberté en faisant arrêter les malveillants, les arrêtent encore dans les places publiques, dans les cafés, dans les hôtels garnis. Les gens de bien connaissent les fripons à la mine; il n'est pas permis à un citoyen de se permettre d'arrêter et de conduire des individus dans les maisons d'arrêt ; mais il a droit de -traduire devant les magistrat s, ceux qui lui paraissent suspects. Le zèle et la surveillance sont nécessaires en ce moment plus que jamais; les amis, les partisans de Lacroix vont s'agiter en tous sens. C'est aux bons citoyens à les faire arrêter, et aux lois à les punir. La République doit se purger des crimes qui l'infectent. La justice et la vertu en sont les bases ; sans elles, il est impossible qu'elle subsiste ; avec elles, elle est impérissable.

(Ce discours est fréquemment interrompu par de vifs applaudissements.)

Legendre. — Je demande à justifier la proposition que j'ai faite ce matin à la Convention. Je déclare que depuis que je connais Danton, je l'ai toujours regardé comme un patriote pur, et que c'est dans cette idée que j'ai pris la parole. Si j'ai commis une erreur, je proteste qu'elle est involontaire. Quant à Lacroix je l'ai fréquenté dans le département de la Seine-Inférieure ; j'ai toujours cru qu'il avait de bonnes intentions, mais jamais je ne l'ai autant estimé que Danton. Au reste, je m'en rapporte au jugement du tribunal révolutionnaire ; et je déclare que je serais le premier dénonciateur de Celui qui voudrait entraver l'exécution du décret rendu aujourd'hui par la Convention ; j'invite en outre tous ceux qui auraient à me reprocher des intrigues, à se présenter pour m'accuser.

Saint-Just communique le rapport qu'il a fait à la Convention. Il est accueilli par des applaudissements unanimes et multipliés.

La séance est levée à 10 heures.

(Moniteur du 5 avril 94.)

Avant d'être lu à la Convention, le rapport de Saint-Just avait été soumis à l'acceptation des trois comités de législation, de sûreté et de salut public.

su

DANTON (l794).

Il n'est pas inutile de connaître les signataires de Tordre d'arrêter, j'allais dire de condamner.

Au comité de législation : Merlin de Douai, Cambacérès, Treilhard, Berlier.

Au comité de sûreté : Vadier, Lebas, Louis, Jagot, Voullaud, Dubarrau, Élie Lacoste, Amar, Moïse Bayle, Lavicomterie, David, Héron.

Au comité de salut public : Billaud, Carnot, Collot, Barrère, Saint-Just, Prieur, Couthon, Robespierre.

Le 2 avril, Herman, président du tribunal révolutionnaire et Fouquier-Tinville, accusateur public, tirèrent au sort les jurés; ils étaient sans témoin.

Le chef du jury fut Trinchard; puis vinrent Renaudin, Fauvetti, Topino-Lebrun, Souberbielle, Ganney, Leroy de Mont- Flobert, Sambat.

Coffinnalil rédigeait le compte rendu du tribunal révolutionnaire, et l'arrangeait toujours dans le sens du maître; nous allons donner la copie textuelle du Bulletin du tribunal, mais on peut regarder comme certain que les réponses des- accusés et notamment de Danton, y sont tronquées, faussées, et le plus souvent omises.

Nicolas était l'imprimeur, un homme tout dévoué à Robespierre.

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