‹ DantonChapitre 187 sur 208 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

chie, a détruire la représentation nationale et le gouvernement républicain;

« Que Danton est convaincu d'avoir trempé dans cette conspiration.

« Le tribunal faisant droit sur Je réquisitoire de l'accusateur public, condamne le dit Danton à la peine de mort, conformément à la loi du 23 ventôse dernier; déclare les biens dudit condamné acquis à la République conformément à l'article 2 du titre 2 de la loi du 10 mars 1793.

« Ordonne qu'à la diligence de l'accusateur public, le présent jugement sera mis à exécution dans les 24 heures, sur la place de la Révolution, à Paris, imprimé et affiché dans toute la République. » (Numéro 26 du Bulletin du tribunal révolutionnaire.)

Les réflexions de Levasseursur ce jugement semblent résumer celui des patriotes attérés.

Danton et Camille Dcsmoulins furent confondus sur les bancs du tribunal révolutionnaire avec les Chabot, les Bazire et les Fabrc d'Églantine quoiqu'il n'y ait aucune connexité entre les faits qu'on leur imputait ; il était tellement faux qu'ils fussent amis politiques, que Camille Desmoulins s'écria avec indignation: «Ne peut-on pas nous sacrifier seuls! Quel rapport y a-l-il entre nous et des fripons ! » Au reste ces patriotes voués à la mort par d'autres patriotes, moururent comme des héros. Au tribunal révolutionnaire, d'accusés ils devinrent accusateurs; leur défense fut tellement énergique que le comité de salut publique en conçut quelques craintes; il demanda et la Convention déchue décréta, que tout accusé révolté contre ses juges pourrait être mis hors des débats, expression inventée pour couvrir la lâcheté avec laquelle on interdisait à des accusés, même le droit de la défense. {Mémoire de Levasseur, t. 111, chap. III.)

Note historique donnée par Fréron, lors de la reprise de son journal :

D'après le registre du tribunal révolutionnaire, le nombre des guillotinés de Paris se monte à 2665. Jusqu'au moment de la mort de Camille, de Philippeaux et de Danton, il n'y en avait eu, depuis rétablissement du tribunal que 375; de sorte qu'en moins de i mois, (depuis le 11 germinal, jour de l'arrestation de ces grandes victimes, jusqu'au 9 thermidor) il y en a eu près de 2,300; ce qui prouve jusqu'à l'évidence qu'on n'attendait que la mort de ces patriotes, traités d'indulgents et de modérés par Saint-Jusl dans son rapport, et dont on redoutait le talent, l'énergie et l'humanité, pour se baigner dans le sang à loisir, et pour>.ssassincr sans obstable. {Orateur du peuple, n° 75, 25 pluviôse.)

Le Moniteur rend aussi compte de l'exécution des condamnés:

Après trois jours de débats, Danton, Fabre, Lacroix, Philippeaux, Desmoulins, Chabot, Bazire, Delaunay, Hérault, Westermann, Gusman, Espagnac, les deux frères Frey et Diédéricksen, ont été condamnés à la peine de mort. Ils ont subi leur jugement le même jour à cinq heures et demie, à la place de la Révolution.

(.Moniteur du 6 avril 94.)

Ordre général du jour.

Les 1", 2«" et 3°" légions tiendront chacune une réserve de 200 hommes prêts à se porter dans les lieux où la tranquillité publique serait menacée. Les 4 me , i» mc et 6'» r n'auront que leurs réserves ordinaires, à moins que des circonstances extraordinaires ne nécessitent une augmentation de force.

Mes frères d'armes, maintenez votre zèle et votre activité; ayez sans cesse un œil attentif près des prisons et des établissements publics; que notre union et notre amour pour la patrie fassent trembler ceux qui oseraient attenter aux jours de la République naissante.

Signé : Henriot.

Commandant-général.

[Journal delà Montagne, 141, 2" ,e vol.)

Sur la charrette Danton promenait un regard calme et plein de mépris sur la troupe immonde qui les entourait, il dit à Camille : Reste donc tranquille et laisse là cette vile canaille.

Matton aîné, parent de Cam. Desraoulins.

(Extrait du volume de correspondance de Desnioulins, t. 2 n,e des Œuvres. Paris, Ébrard, 1888.)

Danton mourut avec un courage et une fermeté héroïque, sa gaieté ne l'abandonna point ; il consolait Lacroix que l'idée de sa femme et de ses enfants jetait dans une douleur extrême; il consolait Camille qui ne pouvait se faire à l'idée d'aller à la mort comme conspirateur; il plaisantait Fabre d'Eglantines, qui était enveloppé d'une mélancolie dont on ne pouvait le distraire. La multitude ne vit pas leur supplice avec plaisir, et le silence du peuple sur ce crime des comités fut peut-être cause, qu'en frappant chaque jour tant de victimes, ils n'osèrent plus frapper aussi subitement d'autres membres de l'assemblée.

(Uistoire de la Révolution, par deux amis de la liberté, tome 12, 3" pa/tie, 3"" époque.)

On serait tenté d'admettre une sorte de fatalité qui préside aux destinées de quelques hommes, quand on voit deux colosses de la puissance physique et morale, Danton et Lacroix escamotés pour ainsi dire par un embryon politique et lâche, nommé Robespierre ; il est vrai qu'il n'a rien moins fallu que

Page 1