‹ DantonChapitre 188 sur 208 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

le lour de gibecière de Vadier... Mais le peintre David n'aurait-U point à se reprocher aussi d'avoir trempé ses mains dans le sang de l'innocent? Ne serait-ce pas lui par hasard qui aurait dit le matin du jour de ce fameux jugement, à Tapinos-Lcbrun, Sambot et Trinchard, jurés du tribunal révolutionnaire, qui lui avouaient franchement qu'il n'y avait rien à la charge des accusés et qu'il leur répugnait de se prononcer contre des compatriotes : — Comment, vous êtes assez lâches pour reculer? Vous êtes des modérés. Est-ce que l'opinion publique ne les a pas déjà condamnés? Si vous hésitez encore, je cours vous dénoncer... Homme de sang tu l'as bien mérité ce mot qui t'échappa en présence de plusieurs artistes connus : que si tu aimais le sang, c'est que la nature t'avait fait naître pour l'aimer. Poursuis, âme atroce, poursuis tes projets homicides; va, cours attendre, au coin du café de la Régence, la fatale charrette qui conduira au supplice tes anciens amis Desmoulins et Danton, jouis de leur moment suprême, trace, d'après leurs traits flétris par la douleur, les caricatures les plus indécentes ; insulte encore à ce dernier en l'indiquant du doigt, et en criant de toutes tes forces : Le voilà le scélérat ! C'est ce scélérat qui est le grand juge !

(Extrait du rapport de Courtois, imprimé par ordre de la Convention nationale. Paris, imprimerie nationale, floréal, an iv. — Cité au 12* volume de ["Histoire de la Révolution, par deux amis de la liberté.)

Si, lors du jugement de Danton et Delacroix, on ne dévoila pas leur complicité dans deux fabriques de faux assignats, c'est que le comité de sûreté générale voulait préserver quelques-uns de leurs complices. Ce délit si vil et si bas fut dénoncé par Miazinski avant sa mort ; il écrivit à la Convention qu'il avait de grands secrets à révéler; des commissaires furent envoyés, et Miazinski déclara ces fabriques de faux assignats et des faits de trahison contre quelques autres. On rapporta à la Convention que Miazinski était ivre de punch, qu'il n'avait pas l'usage de ses sens; mais Miazinski, irrité de la légèreté de la visite des commissaires, écrivit et sa lettre fait la base de ces renseignements; il en résulte que Lacroix et Danton avaient élevé et soutenu deux fabriques de faux assignats, sous la direction du nommé La Pallière, lour confident et l'intime de Delacroix; lequel La Pallière a été en arrestation, et sortit après le 9 thermidor, par l'intrigue de Bourdon de l'Oise. L'une de ces fabriques était à Liège, dans la ville même; l'autre au château de Mérode, près d'Aix-la-Chapelle.

Il ne faut pas oublier la confidence que fit Danton, quelques instants avant de partir pour son exécution : « Qu'importe, dit-il, si je meurs? J'ai bien dépensé, bien ribolté, bien caressé les filles; allons dormir! >» Telles furent les dernières paroles de cet homme, que l'on dit si pur et si délicat.

{Mémoires deSenart, publiés par A. Dumesnil, chapitre M.)

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