‹ DantonChapitre 206 sur 208 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Danton, celui-ci ajoutant que, de son vivant, il ne bornerait pas sa générosité à cette somme. L'acte passé par devant maître Finot, notaire à Arcis, porte la date du ii décembre 1791.

C'était sans doute dans cette visite qu'il faisait à sa mère le 6 août 92, qu'il lui disait, en l'embrassant avec effusion : « Ma bonne mère, quand aurai-je le bonheur de venir demeurer auprès de vous pour ne plus vous quitter, et n'ayant plus a penser qu'à planter mes choux. »

Nous pourrions faire bien d'autres citations de paroles qui prouvent la bonté de son cœur, son peu d'ambition et la simplicité de ses goûts; mais nous nous sommes promis de ne rien avancer qui ne puisse être appuyé de preuves notariées. Puissent tous les partis en faire autant, et la calomnie est à jamais réduite à l'impuissance. En bien comme en mal, n'accueillons qu'avec une grande réserve tout ce qui se débite; l'humanité sera peut-être moins riche en grands hommes, mais aussi que de monstres en moins! Peut-être serons-nous alors plus près du vrai. L'homme n'est capable ni d'une aussi grande perfection, ni d'une aussi profonde scélératesse qu'on se complaît à le dire. Nous avons tous en nous les germes de l'une et de l'autre. Le but de la vraie politique est de protéger l'éclosion des premiers et d'étouffer les seconds ; le but de la fausse politique est de diviser les hommes en deux classes pour faire des maîtres et des sujets, pour nier l'égalité, pour perpétuer le privilège. Donc, à l'avenir, plus d'idole, mais aussi plus de bouc émissaire.

Qu'on nous permette de répondre à une dernière objection sur ce qui précède, par les paroles textuelles des deux fils de Danton.

On ajoutera : « Est-ce que pour juger un homme la postérité devra s'en rapporter aux déclarations de la mère et des fils de cet homme? Non, sans doute, elle ne le devra pas, nous en convenons. Mais aussi pour juger ce même homme, devra-t-ellc s'en rapporter aux déclamations de ses ennemis? Elle ne le devra pas davantage. Et pourtant que ferait-elle si, pour juger Danton, elle ne consultait que les mémoires de ceux qu'il a toujours combattus?

Les sans-culottes de la société populaire de Chàlons-sur- Saône écrivent à la municipalité de Marseille :

v Danton devait trouver place dans votre lettre . aussi ne l'avez- vous point oublié. C'est un voleur, dites-vous. Oh oui ! Danton tu es bien coupable; tu es un grand voleur, car tu as, par ton courage et ton énergie, dérobé à Guillaume et à François, Paris et toute la République. C'est toi dont la voix tonnante réveilla le lion populaire endormi, et dérobas, par cet acte d'héroïsme, à Condé et à d'Artois, les très nobles et très royales vengeances qu'ils se promettaient d'exercer sur tous les Jacobins du monde. » {Journal de la Montagne, n° î.)

Nous ne pouvions mieux terminer. Si Ton se récrie contre la dernière assertion des Républicains de Saône et Loire, on ne pourra nier du moins que Danton ait sauvé la France en 4792 et 1793. A ce seul titre, il a droit à la justice de tous, de ses ennemis politiques même.

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