CHAPITRE XIII
aille à Arcis, ils n'ont jamais quitté la ville; qu'on prenne des informations, il en est encore temps, les fils en conjurent ceux qui pourraient avoir des doutes.
Donc ce qu'il possédait au moment de sa mort est à peu de chose près l'équivalent de ce qu'il avait vendu sa charge. A-t-il été acheté par d'Orléans, par Louis XVI; a-t-il dilapidé en Belgique? Mais alors que sont devenues ces sommes énormes? Il ne reste qu'une réponse. Il les a mangées de son vivant. Croit-on qu'il ait été possible à cette époque de mener le train dévie qu'une telle dépense suppose? Mais il vivait en ménage; mais personne n'a jamais parlé de son luxe ; mais- on ne dit pas qu'il ait eu la passion du jeu; on lui reproche des repas à* 300 francs; je voudrais savoir qui eut osé se porter à ces excès dans ce moment de misère générale où tout le monde était épié, surtout un homme public, surtout un Danton?
Tout cela tombe de soi ; et il reste le Danton ni plus ni moins sobre que ne l'est un homme qui ne veut pas poser pour cette vertu non plus que pour toute autre ; d'un homme ennemi de tout espèce de charlatanisme ; qui voulait qu'on le prit pour ce qu'il était et rien de plus. Il aimait à réunir ses amis, et il ne s'en cachait guère, pourquoi l'aurait-il fait? Son tempérament le portait à avoir un grand besoin de femmes, il se remarie au bout de quatre mois de veuvage. Est-ce le fait d'un débauché? En 1791 il reçoit environ 80,000 fr. pour le remboursement d'une charge, il se hâte d'acheter une petite maison, une ferme, quelques arpents de pré, bois, saussaie; je ne vois là qu'un homme très prévoyant, plutôt économe que grand dépensier, c'est une nature de paysan, il se dit : l'argent se vole, les papiers baissent de valeur, achetons de la terre, c'est toujours là, ça ne s'envole ni ne se vole; ne me forcez pas d'y trop songer, je dirais plutôt qu'il est avare, si tout à l'heure ses propres enfants n'allaient pas nous révéler le secret de ces achats, si ces secrets n'allaient pas nous révéler le cœur du fils.
Certes nous avons relevé les textes d'assez de calomnies, pour qu'il nous soit permis aussi, et sans qu'on soit en droit de suspecter notre bonne foi, pourqu'il nous soit permis, disons-nous, de citer quelques faits à la louange de l'homme privé. Arcis tout entière peut aujourd'hui encore répondre de notre véracité; il
DANTON (mi).
est encore des hommes qui ont été les témoins de ce que nous allons affirmer. Qu'on se hâte d'aller consulter les témoins avant que la mort ne les ait moissonnés, et nous défions qu'on nous convainque de fausseté.
Sur le même acte passé le 15 avril 1791, par devant maître Odin, qui en a gardé la minute, et maître Etienne son collègue, notaires à Troyes, Danton fait donation entre-vifs pure, simple et irrévocable à sa mère de 600 livres de rentes annuelles et viagères, payables de six mois en six mois. En cas de décès de sa mère, de ces 600 livres 400 seront réversibles sur Jean Récordani son beau-père. Rentes à prendre sur la maison située à Arcis, et 'qui se louait en totalité 600 livres. Quelque temps après, la maison devient libre, il y loge sa mère, son beau-père, M. Menuel, sa femme et leurs enfants. (M. Menuel était le mari de sa sœur aînée.) « Nous serons tous en famille, dit-il ! »
En août 92, le parti royaliste devient plus hostile, quelque grande catastrophe menace; la lutte sera terrible, on peut y succomber. Il songe qu'il n'a pas suffisamment assuré le sort de sa mère, le 6 il se rend en personne à Arcis et par devant maître Finot un nouvel acte est passé : « Danton voulant donner à sa mère des preuves de sentiments de respect et de tendresse qu'il a toujours eus pour elle, lui assure sa vie durant une habitation convenable et commode, lui fait donation entre-vifs pure, simple et irrévocable de l'usufruit de telles parts et portions qu'elle voudra choisir dans la maison et dépendances, et de l'usufruit de trois denrées de terrain à prendre dans tel endroit qu'elle voudra choisir, pour jouir desdits objets à compter du jour de la donation. Si M. Récordani survit à sa femme, donation lui est faite de la moitié des objets dont aura joui sa femme. » Nous savons maintenant pourquoi le lâche s'était enfui à la veille du 10 août.
Ces actes ne témoignent-ils pas en même temps et de son amour filial et de la modicité de sa fortune?
Qu'on nous permette encore une citation. Le 17 août 94, Marguerite Hariot adresse une pétition aux administrateurs du département de Paris : Danton, dont elle était la nourrice, lui avait assuré et constitué une rente viagère de 100 livres dont elle devait commencer à jouir à partir du jour du décès de