‹ DantonChapitre 38 sur 208 · CHAPITRE FI · texte numérisé non relu

CHAPITRE FI

Dans une chanson sur la chute des barrières, on lisait le couplet suivant :

Voulez-vous de sûrs moyens

Pour que cela dure?

Formez de bons citoyens

La législature.

Ne prenez que des Dantons, Et toujours nous chanterons :

La bonne aventure au gué,

La bonne aventure.

(Fréron, V Orateur du peuple , n' 59, S* vol.)

Cependant d'autres élections se présentaient, on allait renouveler la municipalité de Paris. Pétion venait d'être nommé maire en remplacement de Bailly; on espérait du moins que Danton n'échouerait pas comme procureur de la commune. Dans cette intention, Fréron s'adressait en ces termes aux sections :

Sections, écoutez-moi. Tout ce que je vous ai prédit n'est-il pas arrivé? Eh bien, je vous prédis encore que Danton sauvera la France, si vous le mettez à portée de la sauver. Il vous faut des hommes à grand caractère , qui sachent se déployer devant vos ennemis, qui aient Part de les faire trembler; il vous faut des hommes attentifs à observer leurs démarches, prompts à pénétrer leurs projets, avides de les faire avorter. Qui mieux que Danton a rempli cette tâche pénible et laborieuse? Qui mieux que Danton a déjoué tous les complots? Quel est, en un mot, celui qui a le plus d'ennemis dans Paris? C'est Danton. Pourquoi cela? Je vais vous le dire: parce qu'il a pour ainsi dire, créé le district des Cordeliers, qu'il lui a donné une âme de feu, et qu'il l'a rendu propre à soutenir les intérêts du bien public.

Danton a ses ennemis parce qu'il s'est montré ouvertement le défenseur des droits de l'homme et du citoyen; parce qu'étant du parti populaire, il a dû nécessairement faire sauter après lui les tigres royaux qui ont cherché à le dévorer. Hais, comme Hercule, il fourre sa main dans la gueule du lion, et saisissant la langue de l'animal furieux, il l'étouffé et le jette à ses pieds.

Oseriez-vous, sections, le mettre en parallèle avec un Manuel qui avec

Cahier de Gerville qui

Cependant il n'est que trop vrai que Danton est ballotté entre ces deux mauvais citoyens. Sections, il vous reste une seconde épreuve à faire; le mal que vous vous êtes fait n'est point sans remède, puisque la nomination du procureur de la commune est encore sur le métier.

(Fréron, l'Oratatr du peuple, n' 9 du vol. 9'.)

Manuel avait remporté les suffrages. Cependant les patriotes ne se décourageaient pas.

DANTON (î79i).

C'est surtout le club des Cordeliers, si glorieux de son premier président, qui prenait à cœur cette nomination.

A la séance des Jacobins du 16 novembres, on a admis une députation envoyée par la société des amis des droits de l'homme pour proposer de porter M. Danton à la place de procureur-syndic. M. Dubois de Crancé faisant les fonctions de président a répondu : «Je rends justice, messieurs, au patriotisme de M. d'Anton, il s'est bien montré dans la révolution ; mais la liberté des suffrages est le droit le plus précieux des citoyens ; demain notre conscience seule décidera notre choix. »

{Journal des débats de la société des amis de la Constitution, n* 95)

Dans la séance du 22, Dufourny rend compte de l'état des scrutins relatifs à cette promotion :

Le plus grand nombre de voix est pour M. Manuel, puis pour M. Cahier de Gerville, les autres sont à M. Danton. Il n'y a pas majorité, il s'ensuit que M. Manuel sera ballotté avec M. Cahier de Gerville. (/Md.,n-98.)

Tant d'efforts ne furent pas tout à fait sans résultats.

Aujourd'hui les 48 sections se sont réunies pour procéder à l'élection du second substitut adjoint du procureur de la commune; les suffrages des patriotes ont dû se porter sur MM. Danton et Collot d'Herbois. (Le Patriote français, par Brissot, n* 848.)

M. Danton est nommé substitut-adjoint du procureur de la commune. Ce choix fait le plus grand honneur au bon esprit des citoyens de Paris. 11 prouve qu'ils ne se laissent pas égarer par les calomnies, quelque nombreuses, quelque soutenues qu'elles soient. Il prouvera au parti ministériel que s*il est possible de corrompre ou de tromper la majorité d'une assemblée électorale, il est impossible de corrompre les assemblées primaires , et de les tromper longtemps.

Voici le résultat du scrutin :

M. Danton 1,162 voix ; M. ColIot-d'Herbois 654. (Ibidem, n*851.)

Danton, nommé substitut, prononça le jour de son installation un discours dont il est important de peser chaque parole, car l'orateur y répond sommairement à son tour à toutes les calomnies dont on l'a couvert, dont nous avons essayé de le défendre; et puisque ses accusateurs existent encore, il semble les défier d'apporter leurs preuves. Pourquoi ceux-ci ne Pontils pas fait? Ce qui commande surtout l'attention, c'est que,

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