CHAPITRE III
De janvier 92 au 10 août nous n'avons à relever que peu de faits notoires; Danton ne nous apparaît guère qu'à la commnne où il remplit sa modeste charge de substitut , et aux Jacobins où il assiste assidûment. Quelques arrêtés municipaux signés de son nom au Moniteur , mais trop insignifiants pour être rapportés ici, suffisent toutefois pour constater que c'est à tort qu'on l'a accusé d'une indolence coupable surtout en temps de révolution chez un fonctionnaire public. On confond trop avec le véritable zèle patriotique cette espèce d'activité fébrile qui pousse certains individus à se mêler de tout, à faire acte d'apparition partout, à tout contre-signer, à placer leur mot dans toute discussion; ce n'est au fond que l'envie défaire parler de soi, c'est pure ambition; c'est la gens ardelionum des républiques ; il y a peu de profit à en tirer; mais la foule qui voit leurs noms affichés partout, finit par les croire importants quand ils ne sont qu'importuns.
Danton n'était pas de ces empressés; on ne le rencontre jamais dans les circonstances insignifiantes, jamais il ne montait à la tribune pour soutenir une discussion générale; il s'ingéniait peu à ce qu'on parlât de lui dans tous les carrefours, dans les feuilles publiques; il serait peut-être impossible de trouver dans les journaux du temps un article de lui ; mais en revanche qu'on cite un événement principal dans lequel il n'ait
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figuré, une lutte dans laquelle il n'ait combattu, une grande question politique qu'il n'ait éclairée, une mesure réactionnaire sur laquelle il n'ait apposé son véto. Nous aurons l'occasion encore de revenir sur cette observation que la calomnie a rendue nécessaire. Mais les faux zélés de 93 se sentaient indirectement condamnés parce dédain de leurs petites menées, et pour donner le change au public, ils accusèrent Danton d'indolence, et le public s'habitua à le considérer en effet comme un de ces lutteurs terribles qui portent, à la vérité, des coups mortels au plus fort de l'action, mais qui retombent bientôt affaissés sur eux-mêmes, comme accablés de leurs propres efforts.
Les historiens modernes qui raffolent des oppositions, se sont bien donné de garde de vérifier les pièces du procès.
Ceux qui connaissent l'histoire de la Révolution française, se rappellent qu'une des questions qui souleva le plus de débats et marqua les premiers dissentiments des patriotes, fut celle de la guerre. Ceux qu'on désignera plus tard sous le nom de Girondins poussaient aux hostilités, ceux qu'on appellera Montagnards soutenaient l'opinion contraire. On va voir ce qu'en pensait Danton.
M. Biauzat venait de s'écrier à la tribune des Jacobins: « N'ayons point de méfiance des intentions du roi... »
M. Danton. — Je dirai comme M. Robespierre que l'on ne doit accorder aucune considération à ce que vient de dire l'insignifiant M. Biauzat. Oui , messieurs, nous avons cette grande question à discuter et nous devons la discuter, et c'est pour demander que la discussion soit continuée à la première séance que j'ai demandé la parole. Je vous prouverai les dangers de cette guerre; je vous donnerai les développements de la coalition, je vous ferai voir ce Lafayette que j'ai démasqué en votre présence ; je prévois qu'il a calculé les moyens d'arriver au rôle de ce Chauvel qui perdit la liberté brabançonne. Je vous démontrerai que cette envie de se faire nommer maire de Paris était une feinte, que son véritable rôle il le joue maintenant, et qu'il célait le point de réunion de toute cette faction; qu'il veut nous donner la Constitution anglaise avec l'espérance ultérieure de nous donner bientôt celle de Conslantinople ; que ceux qui se complaisent dans une confiance stupide, se préparent à entrer en lice avec moi à la prochaine séance. Je prie M. le président (Isnard) de consulter l'assemblée pour savoir si son intention est de donner à celte question la solennité qu'elle mérite.
{Journal des débats de la société des amis de la Constitution, n' 111.)