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CHAPITRE III

La société consultée adopte à l'unanimité la motion de M. Danton.

Le jour venu, personne ne manqua à l'appel du tribun; on savait que Danton devait parler, la salle était comble.

M. Danton. — Vous avez ordonné l'impression de l'excellent discours de M. Brissot, de cet athlète vigoureux de la liberté, de cet homme de qui nous attendons de si grands services et qui ne trompera pas nos espérances. Si la question était de savoir si, en définitif, nous aurons la guerre, je dirais, oui, les clairons de la guerre sonneront; oui, l'ange exterminateur de la liberté fera tomber ces satellites du despotisme. Ce n'est point contre l'énergie que je viens parler. Mais, messieurs, quand devons-nous avoir la guerre ? N'est-ce pas après avoir bien jugé notre situation, après avoir tout pesé; n'est-ce pas surtout après avoir bien scruté les intentions du pouvoir exécutif qui vient nous proposer la guerre. Mais qu'il me soit permis avant d'entrer en discussion de dire que je soutiendrai mes principes. Le peuple m'a sommé de défendre la Constitution, et quelles qu'aient pu être mes opinions contre ceux qui en ont empêché l'étendue, je déclare maintenant que je ne défendrai le peuple, que je ne terrasserai ses ennemis qu'avec la massue de la raison et le glaive delà loi.

Qu'il me soit permis d'examiner la situation dans laquelle se trouve l'empire. M. Brissot paraît penser que toutes les puissances de l'Europe veulent se conduire d'après la combinaison sage qu'il leur prête, il croit que les rois et leurs agents peuvent être philosophes. Si on eut dit avant la Révolution que le ministère français, en allant toujours d'absurdités en absurdités, forcerait la liberté, vous auriez pu croire d'autres combinaisons à des hommes qui paraissaient exercés dans l'art du gouvernement. Par cela seul que la combinaison défend la guerre aux rois, leur orgueil l'ordonne. Oui, nous l'aurons cette guerre, mais nous avons le droit de scruter la conduite des agents qui seront employés. 11 existe deux factions : l'une qui tient aux préjugés de l'ancienne barbarie, ce sont ces mêmes hommes qui, en voulant figurer au commencement de la Révolution, ont fait confédération entre les Saint-Priest, les Breteuil, les aristocrates de l'Europe. Ceux-là veulent la contre-révolution absolue.

Examinons maintenant quel est l'autre parti à redouter. Cette faction est la plus dangereuse. C'est colle de ces hommes qui n'ont pas déguisé leur opinion, que j'ai accusés dans cette assemblée face à face, qui ont dit que l'on pouvait faire rétrograder la révolution, que l'on pouvait reproduire un système équivalent à celui de M. Mounier.

Nous avons à nous prémunir contre cette faction d'hommes qui veulent mettre à profit une guerre générale, qui voudraient, comme je l'ai dit, nous donner la Constitution anglaise dans l'espérance de nous donner bientôt celle de Constantinople. Je veux que nous ayons la guerre, elle est indispensable; nous devons avoir la guerre; mais il fallait avant tout épuiser les moyens qui peuvent nous l'épargner. Comment se fait-il que ces mêmes ministres n'aient

DANTON (i792)

i»<i - senti qu'ils sont plus que suspects quand ils viennent nous dire que le moyen de rendre à la France sa prépondérance en Europe, c'est une déclaration de guerre. Et que pourrait dire ce pouvoir exécutif qui reproche à l'Assemblée nationale de ne pas seconder ses intentions, quand il aurait dû faire disperser lui-même les forces des éniigrants* Quand j'ai dit que je m'opposais à la guerre, j'ai voulu dire que l'Assemblée nationale, avant de s'engager dans cette démarche, doit faire connaître au roi qu'il doit déployer tout le pouvoir que la nation lui a confié contre ces mêmes individus, dont il a disculpé les projets, et qu'il dit n'avoir été entraînés hors du royaume que par les divisions d'opinion

(Journal des débats de la société des amis delà Constitution, n* Ut.)

En résumé Danton voulait qu'on sauvegardât l'honneur du pays en acceptant la guerre, mais qu'on surveillât bien les agents du pouvoir exécutif pour n'être pas leur dupe, car il y avait tout à craindre de leur part.

Malheureusement tous ses discours aux Jacobins ne sont pas reproduits en entier dans le Journal des débats de la société ; le rédacteur n'en donnait que la partie la plus saillante, souvent même le résumé. Témoin cette circonstance :

Danton demande que tous ceux qui font ou ont fait partie de la société des Feuillants ne puissent être reçus dans celle des Jacobins.

I ne nouvelle discussion s'élève pour savoir si le roi doit influencer la formation de la haute cour nationale. Danton prouve l'inconvenance de la mesure qui accorderait au roi quelqu'mflueuce sur la formation de ce tribunal.

(Journal des débats de la société, n* 124.)

Cela tient à ce que Danton ne préparait pas ses allocutions; elles ne devenaient discours que par la facilité avec laquelle son génie oratoire saisissait tout d'un coup tous les côtés d'une question ; et comme, à cette époque, la sténographie était encore très peu perfectionnée, si l'orateur ne pouvait pas livrer son discours écrit à l'impression, il s'exposait à n'en retrouver au journal que ce que la mémoire des auditeurs avait pu retenir. C'est ce qui arriva à Danton qui se souciait peu de se survivre. Tout cela décèle bien plus un tempérament révolutionnaire qu'un tribun ambitieux.

II s'agissait un autre jour de donner une garde à l'Assemblée législative, quelques membres proposaient les gardes françaises.

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