‹ DantonChapitre 49 sur 208 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

alors il tombe à la discrétion du corps législatif et de tous les patriotes. Ne nous faisons pas illusion. C'est dans les grandes choses que la liberté prend le plus d'énergie. Si, M. Lafayette paraissant à l'Assemblée nationale, celle-ci oubliait le grand caractère qu'elle doit déployer en cette circonstance, et si, la faiblesse présidant à ses délibérations, il lui fallait avoir recours à des moyens secondaires, alors il lui resterait pour ressource de décréter que Lafayette ayant été membre du corps constituant, il ne peut pas avoir le commandement de nos armées. Ainsi vous voyez que ce moyen répond à toutes les chances. Voyez que le corps législatif se mette en mesure de pouvoir procéder avec sangfroid. Par là tous les complots demeureront avortés. Car il n'est pas douteux que Lafayette ne soit le chef de celte noblesse coalisée avec tous les tyrans de l'Europe ; et s'il est vrai que la liberté soit descendue du ciel, elle viendra nous aider à exterminer tous nos ennemis (Applaudissements.)

{Journal des débats de la société, n # 217.)

Aucun journal, même patriote ne parle de la participation directe de Danton à la journée du 20 juin. Mais qu'importe que la part ne soit pas directe, l'invasion des Tuileries fut le résultat du soulèvement des sections, et nous avons vu que l'armement du peuple avait été proposé aux Jacobins. Croyons bien qu'il n'en aurait pas rejeté la responsabilité : à son point de vue la mesure première était bonne provoquée par des hostilités d'une cour qui venait d'appeler l'étranger ; tant pis pour ceux qui auraient à souffrir des conséquences. Mais croyez-bien aussi qu'il n'entrait point dans son humeur de combiner les pitoyables humiliations auxquelles descendit un monarque sans caractère; ses vues étaient plus hautes, c'est bien plus à la royauté qu'il en voulait qu'au roi : tandis que les esprits vulgaires ne s'en prennent qu'aux individus, les hommes supérieurs ne s'attaquent qu'aux principes. On ne peut guère citer que Lafayette que Danton ait pris à partie. C'est qu'aussi Lafayette était chef de la force armée, c'est que le grand danger pour les patriotes était là. Il y avait, sans nul doute, quelque bravoure à s'attaquer personnellement à celui qui tenait sous ses ordres toutes les forces brutales du pays.

Mais dès le lendemain de cette journée où l'insultant me semble aussi pitoyable que l'insulté, le roi prenait sa revanche, il déclarait, dans une proclamation hardie, qu'il ne sanctionnerait rien de ce qu'il croyait contraire aux intérêts de la monarchie ; le 28, Lafayette en personne, au nom de l'armée, exigeait

ùla barre même de l'Assemblée, qu'on punit les chefs de sections; des adresses de quelques départements appuyaient cette demande. Presqu'au même moment l'administration départementale suspendait le maire de Paris, et le roi confirmait l'arrêt; le 25 enfin, Brunswick généralissime des cours alliées, mettait le comble à l'indignation publique par un manifeste ridicule à force de bravades. De son côté l'Assemblée, républicaine en partie, déclarait le 11 juillet la patrie en danger, et des bataillons improvisés se levaient dans toutes les parties de la France; le 13, elle annulait l'arrêt lancé contre Pétion, et le maire était réintégré dans ses fonctions; le 15, elle décrétait que les troupes de ligne sortiraient de Paris sous trois jours et seraient éloignées à quinze lieues; le 23, des fédérés réclamaient à la barre la suspension du monarque et de Lafayette ; six jours après, Brissot demandait la déchéance de Louis XVI; le 1 er août, Pétion accusait le roi d'avoir conspiré contre le peuple et demandait l'abolition de la royauté. Enfin les Marseillais arrivaient pour soutenir les patriotes. Nous sommes au 10 août.

Nous n'avons pas à raconter les événements de cette journée, mais nous devions rappeler les faits qui les ont préparés, pour justifier la participation de Danton, qui le 30 juillet faisait prendre par les Cordeliers l'arrêté suivant.

La section du Théâtre-Français déclare, que la patrie étant en danger, tous les hommes français sont de fait appelés à la défendre; qu'il n'existe plus ce que les aristocrates appelaient des citoyens passifs, que ceux qui portaient cette injuste dénomination sont appelés tant dans le service de la garde nationale que dans les sections et dans les assemblées primaires pour y délibérer

Signé : Danton, président.

Extrait du régistre des délibérations du 20 juillet 1792. — Séance permanente.

(Orateur dupeuple, n'42, vol. 13.)

La preuve que les Cordeliers étaient les vrais hommes d'action, c'est que Danton s'adressait surtout à eux quand il fallait agir ; il les avait dantonisés.

Il ne paraît pas qu'il ait pris directement part à l'attaque du

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